Retraites: Quel scénario pour une sortie de crise?

DECRYPTAGE Chacun campe sur ses positions...

Maud Pierron

— 

Nicolas Sarkozy a réuni les syndicats le 15 février 2010 lors du sommet social.
Nicolas Sarkozy a réuni les syndicats le 15 février 2010 lors du sommet social. — P. WOJAZER

Nicolas Sarkozy l’a redit ce mercredi, il n’y aura pas de nouvelles concessions sur le texte des retraites, qui doit être définitivement adopté mercredi au Sénat. Malgré cette fermeté affichée, la contestation ne faiblit pas, avec une nouvelle manifestation prévue samedi, des grèves reconduites dans certains secteurs et des lycées perturbés. Comment sortir de cette crise? 20minutes.fr fait le point sur les différents scénarios.

Scénario n°1 : Le calendrier assomme la mobilisation
Le gouvernement semble déterminé à jouer la montre. On ne change rien, à peine recule-t-on le vote final sur le texte, prévu initialement pour vendredi au Sénat, mais reculé à mercredi prochain. L'idée est de ne pas braquer encore un peu plus les manifestants. En attendant, les syndicats maintiennent leur appel à la mobilisation pour samedi. Mais la continuation du processus législatif peut mettre un coup de massue aux manifestants. «Il peut y avoir un phénomène d’étiolement de la mobilisation, avec simplement de petits noyaux durs de contestation», explique Pascal Perrineau, directeur du Cevipof. «Il suffit que le gouvernement tienne quelques jours de plus» pour que la réforme passe. C’est «le scénario le plus probable», selon le politologue, celui «de l’entêtement», pour Joël Sohier, spécialiste du mouvement social, auteur de Le syndicalisme en France. «Il n’y a pas de sortie de crise par le haut dans le cas présent», estime-t-il.  

L’Elysée fait le pari d’un tassement, d’un pourrissement de la situation. «On raconte une histoire, on la déroule, on passe à une autre. On fait se succéder les annonces, comme celle sur le bouclier fiscal. C’est du marketing politique», résume Stéphane Sirot, spécialiste du mouvement social.

Pourquoi Nicolas Sarkozy ne fait-il pas un geste en direction des manifestants vu le niveau de mobilisation?. D’abord, «il y a déjà eu de vraies concessions de faites», insiste Pascal Perrineau, concédant qu’elles ont peut-être mal été mises en scène, «avec un ministre du Travail affaibli». Surtout, il est trop tard pour changer quoi que ce soit: après avoir été inflexible, si le gouvernement renégocie le texte, ce ne sera pas mis à son crédit. Au contraire. «Nicolas Sarkozy a en tête le scénario du CPE, une défaite en rase campagne qui avait marqué l’échec de Chirac et plombé toute la fin de son mandat», insiste Pascal Perrineau.

Enfin, et c’est peut-être la principale raison, cette réforme ne lui est pas coûteuse électoralement. «Dans la rue, ce sont les électeurs de la gauche ou de l’extrême gauche. Il n’est pas en contradiction avec son électorat», juge le politologue. Mieux, il peut faire de ce passage difficile un argument de campagne pour 2012. «Cette réforme peut être un «plus» pour lui.  Il construit l’image du président qui réforme, qui prépare l’avenir», ajoute Pascal Perrineau.

Scénario n°2 : Le mouvement se radicalise
«Une mobilisation qui s’amplifie encore peut amener le gouvernement à retirer son projet», nuance Pascal Perrineau. Sauf que, insiste le chercheur, si la mobilisation augmente, le nombre de grévistes est plutôt à la baisse. Pour faire fléchir le gouvernement, il faudrait que toutes «les organisations syndicales s’unifient autour d’un appel à la grève interprofessionnelle», estime Joël Sohier. Un seul mot d’ordre, simple, qui mobilise. 

D’après le spécialiste, il y a déjà dans les manifestations «un affermissement» des positions avec des «appels au retrait du projet» et non plus à des aménagements sur tel ou tel point. C’est un scénario qui n’est pas pour le moment privilégié mais «c’est tout l’enjeu des jours à venir». Avec sa fermeté affichée, le gouvernement «créé lui-même une situation où, du point de vue des salariés, l’affrontement est la seule sortie de crise possible».  Un jugement partagé par Stéphane Sirot, pour qui «le seul espoir des manifestants, c’est la radicalisation du mouvement». Et d’ajouter: «Le gouvernement ne reconnaît pas d’autres légitimité que celle qui lui a été donnée il y a trois ans, malgré la série d’élections perdues entre-temps et de conflits sociaux depuis trois ans.»

Quand bien même les syndicats n’obtiendraient pas le retrait du texte au final, la situation actuelle «va marquer le paysage social du pays dans les mois et les années à venir vu l’ampleur de la mobilisation», souligne Joël Sohier.  «S’il passe en force, ça peut coûter très cher à Nicolas Sarkozy, car cette crise sera porteuse de conflits à venir, sur d’autres sujets comme la réforme de la Sécurité sociale ou de la branche vieillesse. Le conflit va rester latent», explique Joël Sohier. Et le risque existe pour les syndicats de se faire dépasser par la base. «Ils doivent faire attention à ne pas se couper des salariés en suivant les plus radicaux. Sur le terrain, les syndicats subissent la concurrence de l’extrême gauche», juge Pascal Perrineau. Notamment à la CGT.