«Incontestablement, Sarkozy a fait sauter des tabous»

INTERVIEW C'est ce qu’explique à 20minutes.fr Jean Guarrigues, spécialiste d'histoire politique…

Propos recueillis par Maud Pierron

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L.BONAVENTURE / AFP

A-t-on passé un cap dans la droitisation de la droite en France comme semble l'affirmer Newsweek?
Il y a un double durcissement depuis 2007. La première lors de la campagne présidentielle, avec la revendication d’une droite décomplexée autour d’une forme de libéralisme économique et d’une politique sécuritaire. Après les régionales, il y a une nouvelle phase de radicalisation, non plus dans le discours économique et social, car la crise est passée par là et on ne peut plus capitaliser sur la valeur travail, mais sur le terrain de la sécurité. Avec la volonté de reconquérir l’électorat de l’extrême droite. Il faut voir sur le long terme pour expliquer les phénomènes et l’évolution des thèmes dans la vie politique française. Incontestablement, Nicolas Sarkozy a contribué à faire sauter des tabous sur les questions de sécurité et d’immigration. Il a joué un rôle dans la publicité de ces tabous qui étaient le fonds de commerce du Front national dans les années 80.

Au niveau européen, avec la polémique sur les Roms, les dégâts sont importants, comme en témoigne la une de Newsweek…
Cette provocation de Nicolas Sarkozy n’est pas gratuite. C’est une façon de revendiquer un renouveau du nationalisme, face à une Europe tentaculaire, toujours dans l’optique de reconquérir cet électorat frontiste. Ce qu’il perd au niveau de l’image en Europe, il fait le pari de le reconquérir au niveau national pour 2012.

Roms, débat sur l’identité nationale, loi sur la maîtrise de l’immigration: les dossiers polémiques s’accumulent, n’est-ce pas dangereux à la fin pour Nicolas Sarkozy?
Cela correspond à un engagement programmatique et à une cohérence dans la stratégie. Il n’y a jamais eu une rupture dans la radicalisation du discours sécuritaire de la part de Nicolas Sarkozy. C’est un aspect de la stratégie électorale qui est très important. Ce n’est pas un hasard si la question des Roms est instrumentalisée aujourd’hui. On est entrée dans la campagne 2012. C’est une stratégie qui peut s’avérer payante a priori, on l’a vu en 2007, mais est-ce que ça suffira pour reconquérir ces électeurs frontistes? Est-ce qu’il ne va pas se priver d’un électorat centriste ou de droite conservatrice? Et il y a le risque que Marine Le Pen, plus policée, morde sur l’électorat de la droite classique. L’intérêt de la droite, c’est d’ailleurs que ce soit Bruno Gollnisch qui soit désigné.