Immigration: Le malaise se fait sentir à droite

REPORTAGE Une partie de l'UMP, au-delà des villepinistes, critique le texte d’Eric Besson...

Maud Pierron

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Sipa

La zizanie au sein de la majorité gagne le Palais Bourbon. Le projet de loi sur la maitrise de l’Immigration présenté par Eric Besson ce mardi à l’Assemblée provoque un «certain malaise» dans les rangs des députés UMP, de l’aveu de l’un d’entre eux. Evidemment, les quelques députés Villepinistes, tel François Goulard, ont annoncé qu’ils voteront contre le texte. «Nombre d’entre nous sont choqués par cette surenchère sécuritaire née cet été, qui pose de vraies questions de principes et de valeurs», a-t-il lâché dans la salle des quatre colonnes. «J’espère que de nombreux députés de la majorité voteront en conscience, en s’opposant à certains amendements rajoutés après le discours de Grenoble», a-t-il réclamé. «Cette déchéance de nationalité fabrique le statut de banni de la République, c’est une fausse piste», regrette de son côté Marie-Anne Montchamp, porte-parole de République Solidaire, le parti de Dominique de Villepin.

Mais le malaise dépasse les rangs des  seuls Villepinistes. Le député UMP des Yvelines Etienne Pinte, par exemple, a annoncé qu’il voterait contre le projet de loi. «Je suis hostile à ce texte qui, c'est évident, vise à draguer l'électorat du Front national. Tel que présenté, je ne le voterai pas», explique celui qui s’était déjà opposé aux tests ADN en 2007. Un peu plus tard sur i-télé, il a affirmé que le Premier ministre ne soutenait pas «à 100%» toutes les dispositions du texte en question. D’autres députés de la majorité, comme Nicole Ameline et Lionel Tardy, ont également annoncé qu’ils voteraient contre. Au total, ils pourraient être une vingtaine à voter contre le texte s’il reste en l’état. Rapporteur UMP du texte, Thierry Mariani ne fait guère de cas des états d’âmes de ses collègues: «L'essentiel du groupe UMP est derrière» ce texte. Evoquant la déchéance de nationalité, il assure: «C'est du symbole. En politique, il y a du symbole.» 

«Gauche et droite jouent un jeu de rôles»

Un symbole férocement rejeté par les socialistes, dont Patrick Roy, qui parle de «dérives pétainistes inquiétantes» dans le projet de loi d’Eric Besson. L’élu à l’inusable veste rouge parle d’une loi «d’affichage» et tance l’utilisation, ce mardi matin par Eric Besson, de l’expression «bons Français»: «ce type de propos, quand on connaît l’histoire de France, n’est pas acceptable». Plus mesuré mais tout aussi opposé, Manuel Valls, le député-maire PS d’Evry, fustige un climat «nauséabond et insupportable». «On utilise l’immigré à des fins politiques, comme s’ils étaient responsables de la situation économique du pays. On en fait des boucs émissaires dans un contexte de crise, en pensant que ça va marcher, mais je crois que les Français sont plus intelligents. Nicolas Sarkozy joue avec le feu». André Vallini, le député PS de l’Isère, assure que ce texte «est une course à l’électorat d’extrême droite».

Reste un député à dénoncer les deux camps: Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la République. «Ce texte est une mascarade. La gauche et la droite s’étripent sur des questions dérisoires comme la déchéance de la nationalité. Ils jouent un magnifique jeu de rôle: la gauche joue aux belles âmes et la droite se donne l’impression d’agir. La vraie question, c’est le contrôle des frontières. Il faudrait aussi réduire l’appel d’air des aides sociales et établir une sorte de préférence nationale», explique-t-il.