Assemblée nationale: les députés de l'opposition demandent la démission de Bernard Accoyer

POLITIQUE Lui ne se sent pas «menacé dans ses fonctions»...

Corentin Chauvel
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PIERRE VERDY/AFP

Les présidents de groupe et l'ensemble des députés de l'opposition réclament ce mardi la démission de Bernard Accoyer, qui, selon eux, «a préféré complaire au président de la République plutôt que protéger une institution dont il est le garant», dans une tribune publiée dans Le Monde daté de mercredi.


Dans un long texte, Jean-Marc Ayrault (PS), Yves Cochet (Verts), Roland Muzeau (PCF), Gérard Charasse (PRG), et Martine Billard (PG) reviennent sur cette fameuse journée du 15 septembre, en plein débat sur la réforme des retraites, durant laquelle Bernard Accoyer, dont «l’impartialité fonde l’autorité», a failli à sa mission.

Pas de quoi troubler Bernard Accoyer, qui a affirmé mardi à la presse ne pas se sentir «menacé dans ses fonctions», car il estime «avoir rempli sa mission» et «protégé l'institution» contre «l'obstruction» parlementaire.

Une violation du règlement de l'Assemblée nationale

Retour sur l'affaire. Alors que les députés de l’opposition avaient demandé «à bénéficier d’une explication de vote individuelle», en vertu de l’article 49.13 du règlement de l’Assemblée nationale au dernier jour d'examen du proojet de loi, ce droit leur avait été retiré par Bernard Accoyer. Ce dernier «a pris la grave décision de violer le règlement de l'Assemblée qu'il préside», estiment ainsi les rédacteurs de la tribune.

Pour le président de l’Assemblée nationale, il s’agissait au contraire d’une «obstruction». Cette justification est «une manipulation de l’opinion publique» selon les députés de l’opposition qui voient là l’ombre de l’Elysée planer sur le débat et qui a préféré «le coup de force». «L'honneur de (Bernard Accoyer) aurait dû être de faire respecter le Parlement plutôt que d'imposer l'arbitraire», déplorent les auteurs du texte.

«Bernard Accoyer n'a pas su, pas pu, ou pas voulu s'opposer à cette dérive»

Les députés de gauche regrettent également que «le Parlement travaille dans l'urgence et, de ce fait, de plus en plus mal». Ils mettent en cause notamment «l’usage quasi systématique de la procédure accélérée» (une seule lecture avant l’adoption définitive) qui «ne permet plus de débattre sereinement des sujets essentiels qui engagent l'avenir de la nation», comme la réforme des retraites.

«En fin de compte, notre Assemblée est plus que jamais réduite à une Chambre d'enregistrement des exigences présidentielles», ajoutent les rédacteurs de la tribune qui ne voient plus que le Sénat comme seule «Chambre des débats». Outre le couac intervenu lors du débat sur la réforme des retraites, «Bernard Accoyer n'a pas su, pas pu, ou pas voulu s'opposer à cette dérive». En conséquence, «il n'est plus digne à nos yeux de présider notre Assemblée», concluent les députés de l’opposition.