Longuet a-t-il payé sa maison avec des timbres? «Jamais de la vie!»

POLITIQUE C'est ce qu'assure le directeur de cabinet du sénateur UMP, alors que dans un livre sur les conflits d'intérêts, Martin Hirsch révèle une vieille pratique sur le don de timbres de luxe aux hautes personnalités de l’Etat...

Maud Pierron

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Le sénateur Gérard Longuet, le 1er mars 2010 à Paris.
Le sénateur Gérard Longuet, le 1er mars 2010 à Paris. — E. POL/SIPA

Echappé du gouvernement, Martin Hirsch a retrouvé toute sa liberté de parole. Et son goût pour balancer les mauvaises manies des politiques et haut-fonctionnaires. C’est ce qu’il fait dans Pour en finir avec les conflits d’intérêts, (sortie fin septembre) dans lequel il épingle les nombreuses situations pouvant relever du conflit d’intérêts. Sans forcément livrer de noms, comme pour l’épisode des timbres de luxe, relevé par Marianne2.fr, datant de l’époque où La Poste était une «administration avant de devenir un établissement public».

L’habitude voulait, raconte l’ancien haut-commissaire pour les solidarités actives et à la jeunesse, que «chaque fois que sortait un nouveau timbre, d’en envoyer une épreuve de luxe aux plus hautes autorités de l’Etat et de La Poste», un pratique qui s’est arrêtée au milieu des années 90. Dont, évidemment, le président de la République, le Premier ministre, le ministre en charge de La Poste «et probablement quelques autres ministres et quelques hauts fonctionnaires», ce qui a été le cas de Gérard Longuet entre 1993 et 1994. Anodin? Pas du tout, explique l’ex-président d’Emmaüs, car ces épreuves ont une très forte valeur marchande. «Leur rareté créait leur valeur».

Les timbres «doivent être dans un carton d’archives» 

Il a pu s’en rendre compte au milieu des années 90, lorsque, secrétaire général adjoint du conseil d’Etat (1993-1995) il est devenu mécaniquement secrétaire général adjoint de la commission pour la transparence financière de la vie politique. Dans le patrimoine d’une personnalité, était apparue «une maison dans le Sud de la France», hors budget de cette personne «compte tenu des revenus pendant la période». Et c’est là que la personne «révèle qu’il a pu financer une grande partie de cette acquisition par la vente de timbres» qu’il concède avoir reçu «pendant son mandat». Des timbre dont les ventes «se chiffraient à plusieurs centaines de milliers de francs». Parle-t-il, comme le suggère Marianne2.fr de Gérard Longuet, ministre des Télécommunications d’Edouard Balladur entre 1993 et 1994? L’actuel patron des sénateurs UMP avait d’ailleurs dû quitter le gouvernement Balladur en raison de doutes sur le financement de la construction de sa villa à Saint-Tropez, une affaire pour laquelle il a été blanchi par la suite.

«Jamais de la vie, vous faîtes erreur sur la personnalité!», s’étrangle le directeur de cabinet de Gérard Longuet, Jean Philippe, joint pas 20minutes.fr. «Vous me confirmez une tradition ancestrale lorsque l’administration La Poste donnait des timbres à un certain nombre de personnalités, pas de problème, mais qu’il ait financé sa maison avec, c’est totalement faux», assure-t-il, soulignant que justement il y avait eu «une procédure judiciaire, une expertise, deux procès et deux relaxes dans cette affaire». Vendre des timbres n’a pourtant rien d’illégal, soutient-on. «C’est n’importe quoi, vous ne pensez pas que ce serait sorti à l’époque des procès?», insiste le directeur de cabinet.  Gérard Longuet a-t-il vendu ces fameux timbres? «Je n’en sais rien, ils doivent être dans un de ses nombreux cartons d’archives», assure Jean Philippe. Qui en profite pour tacler Martin Hirsch: «il commet un délit, il est tenu au secret professionnel, c’est dans la loi».