Les premiers ministrables passés au banc d'essai

POLITIQUE 20minutes.fr a fait un test comparatif des différents candidats à la succession de François Fillon...

Maud Pierron

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Photo-montage des premiers ministrables: Christine Lagarde, Luc Chatel, Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo, François Baroin, François Fillon (de g. à dr.).
Photo-montage des premiers ministrables: Christine Lagarde, Luc Chatel, Michèle Alliot-Marie, Jean-Louis Borloo, François Baroin, François Fillon (de g. à dr.). — AFP

Qui pour remplacer François Fillon à Matignon? Le casse-tête agace Nicolas Sarkozy depuis le mois de juillet, au moins, date à laquelle il a annoncé un remaniement ministériel. Le chef de l’Etat ne peut décemment pas conserver un Premier ministre plus populaire que lui dans l’opinion et dans la majorité. Dans son idée, Eric Woerth avait le profil parfait du chef de gouvernement: sérieux, avec une bonne réputation, même à gauche et au moins, lui, ne ferait pas de l’ombre au Président, vu son charisme. Mais empêtré dans l’affaire Bettencourt, le ministre du Travail ne peut décemment plus prétendre à Matignon. 20minutes.fr a donc fait le tour des premiers ministrables disponibles dans le magasin gouvernemental pour le chef de l’Etat. Et c’est vrai, c’est pas simple.
 
François Fillon
Pour:
Il connaît le boulot. Jusqu’à preuve du contraire, il a plutôt bien mené sa barque. Restant dans l’ombre quand il le fallait (il n’avait de toute façon pas le choix) et tirant ses marrons du feu: sa popularité est au top. Les parlementaires apprécient qu’il joue les pompiers de service  quand le pyromane de l’Elysée met le feu à l’Assemblée, au Conseil européen, etc.
Contre: Comment redonner un nouvel élan au gouvernement sans changer de Premier ministre? On le dit fidèle, mais à combien de reprises a-t-il fait entendre sa petite musique, mettant l’Elysée en porte-à-faux? Et puis le problème, il faut bien le dire, c’est que Nicolas Sarkozy ne veut plus lui parler certains jours d'après L'Express, ce qui est quand même problématique pour la France.
Crédibilité: 40%
 
Jean-Louis Borloo
Pour:
Le ministre de l’Ecologie est intéressé par le poste, lui. La preuve, il a désormais les cheveux courts et des chemises propres, note Le Nouvel Observateur pour accréditer l’idée qu’il est entré dans la danse. Autre preuve, dans un entretien aux Echos paru lundi, Jean-Louis Borloo balaie un vaste champ politique, en passant de la stratégie économique à la fiscalité, en parlant des suites du quinquennat. Il incarne la droite sociale et écologique. Jean-Louis Borloo aurait presque le profil d’un ministre d’ouverture. Radical, légèrement au centre, à la fibre sociale affichée depuis ses années à la mairie de Valenciennes, le ministre d’Etat a des atouts. Il est très populaire auprès de l’opinion.
Contre: Jean-Louis Borloo est quand même très populaire dans l’opinion et il a une vraie crédibilité politique, à la différence de Christine Lagarde. Au moment où Nicolas Sarkozy ne supporte plus la cote de son actuel Premier ministre, peut-il le remplacer par un homme au moins aussi populaire? Et l’ouverture, même aux radicaux de droite, c’est bien, mais ça pourrait agacer les caciques de l’UMP, qui pourraient recommencer à réclamer que «l’ouverture aille jusqu’à l’UMP», comme le disait Patrick Devedjian en 2007. Et puis, certains caciques de l’UMP n’hésitent pas à mettre en avant son côté pour le moins imprévisible.
Crédibilité: 40%
 
Michèle Alliot-Marie
Pour :
La ministre de la Justice a plein d’avantages. Comme Christine Lagarde, elle a l’avantage d’être une femme. Elle est assez populaire, elle arrive juste après la ministre de l’Economie dans les premiers ministrables préférés. Elle a pour elle son expérience: elle est passée par des ministères régaliens: Justice, donc, Défense et Intérieur. Des sujets qui l’air de rien sont proches du thème sécuritaire si cher à Nicolas Sarkozy et qui devrait être au cœur de la fin du mandat présidentiel. Elle représente le gaullisme, une frange qui bouge encore un peu à l’UMP. Et elle serait capable de rassurer des parlementaires parfois déroutés par le chef de l’Etat.
Contre: Nicolas Sarkozy l’aime peu. Il comprend mal cette gaulliste, d’autant qu’elle a été mêlée, de loin certes, à l’affaire Clearstream. Et certains de ses conseillers ont la langue un peu trop bien pendue. L’affaire des fuites dans le dossier Bettencourt, qui sont venues d’un membre de son cabinet, l’a décrédibilisée. D’autant que François Fillon s’est évertué à lui savonner la planche, insistant sur les «fuites répétées» issues de son entourage. En cette période troublée, où il faut un gouvernement resserré autour de son Premier ministre mais surtout de son Président au plus mal dans les sondages, la loyauté est une donnée importante. Et finalement, elle est peut-être un peu trop martiale.
Crédibilité: 40%

Luc Chatel
Pour:
Il est jeune, il est dynamique et c’est un fidèle du cercle présidentiel, apprécié par Nicolas Sarkozy: c’est le bon élève du gouvernement agaçant pour ses camarades. Il faisait d’ailleurs parti du fameux G7, le conseil politique ministériel qui se réunissait autour du chef de l’Etat. Il est porte-parole du gouvernement depuis trois ans et il remplit parfaitement son rôle. A l’Education, où il a pris le relais de Xavier Darcos, il fait le job, sans (trop) provoquer de grève importante. Le chef de l’Etat n’arrête pas de louer ses qualités et c’est bien normal, il relaie également la parole présidentielle au mot près. Il serait un parfait Premier ministre d’un hyper président: un super porte-parole.
Contre: Il est au final un peu lisse, il n’a pas d’identité politique propre. Son côté cadre sup’ (passé d’ailleurs par L’Oréal, ce qui en ce moment n’est pas la panacée) ne le rend pas vraiment charismatique. D’ailleurs, les Français le connaissent peu.
Crédibilité: 30%
 
Christine Lagarde
Pour:
En provenance directe des «States», elle a parfaitement réussi son atterrissage à Bercy. Elle a su gérer la crise financière et ce, grâce à deux qualités: elle parle anglais couramment, ce qui est loin de courir les rues en France et elle a sur son Blackberry les contacts du gratin international de la finance. Tout cela assoit sa crédibilité auprès des partenaires de la France. Elle est jugée sérieuse, elle connaît bien ses dossiers. La ministre de l’Economie est aussi populaire: elle est par exemple jugée efficace par 51% des Français et c’est la préférée des Français pour aller à Matignon (42%). Et puis c’est une femme, ce qui est pas mal vu puisqu’en face, l’opposition est trustée par les femmes, de Martine Aubry à Cécile Duflot en passant par Ségolène Royal et Eva Joly.
Contre: D’abord, la dame de Bercy n’est pas intéressée par le poste. Elle l’a dit au Figaro. Ce qui l’a fait vibrer, Christine Lagarde, c’est préparer le G20 et le G8, puisque la France va être en première ligne. On en arrive à son deuxième défaut: Christine Lagarde, ancienne avocate d’affaires, est un peu monomaniaque. En dehors de l’économie, elle ne semble pas très armée. Et son côté Marie-Antoinette déconnectée du peuple passe mal. On se souvient de son fameux conseil aux Français quand l’essence était trop chère en novembre 2007: «Roulez à vélos». Enfin, c’est une «techno», elle n’est pas très politique et n’a pas de réseaux à l’UMP.   
Crédibilité: 20%
 
François Baroin
Pour:
Il a remplacé Eric Woerth au Budget sans faire de bruit mais avec talent. Ce chiraquien pur sucre a l’avantage d’être jeune (mais moins que ce qu’il paraît quand même) et un peu people. Après sa romance avec Marie Drucker, il vit une idylle avec Michèle Laroque. Au moins au dîner à quatre, Carla Bruni aurait des sujets de conversations avec l’épouse du Premier ministre, ce qui est moins le cas avec la discrète Pénélope Fillon. Les relations humaines, ça compte.
Contre: Il manque quand même d’expérience. Quelques mois à l’Intérieur et quelques mois au Budget ne sont pas suffisants en termes d’expérience. Et sa nomination marquerait le retour des chiraquiens au premier plan, ce qui pour un Président de la rupture, passerait mal.
Crédibilité: 10%