Retraites: «Au Sénat, on pourra peut-être limiter la casse»

POLITIQUE C'est le voeu d'une sénatrice socialiste. Sans majorité absolue, avec des alliés moins dociles, l'UMP devrait être obligé de négocier...

Maud Pierron

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Le Sénat a imprimé sa marque sur la réforme pénitentiaire qu'il a adopté vendredi, en enrichissant notablement un texte qui vise à mettre les conditions de vie dans les prisons françaises, vivement décriées, au diapason des normes européennes.
Le Sénat a imprimé sa marque sur la réforme pénitentiaire qu'il a adopté vendredi, en enrichissant notablement un texte qui vise à mettre les conditions de vie dans les prisons françaises, vivement décriées, au diapason des normes européennes. — Jacques Demarthon AFP/archives

Adopté dans un climat houleux à l’Assemblée nationale, le projet de loi sur les retraites doit être discuté au Sénat à partir du 5 octobre, pour quinze jours. A la haute assemblée, les groupes affinent déjà leurs positions et tous assurent que les débats se dérouleront dans une ambiance plus sereine. «Une affaire de culture de l’institution, c’est moins démonstratif, et de mode d’élection, les sénateurs ont moins besoin de se montrer», dit-on au bureau du président du Sénat, Gérard Larcher. «Une courtoise de l’institution, il n’y a pas d’obstruction de l’opposition, l’ambiance est plus feutrée», complète Antoine Bueno, administrateur du groupe Union centriste pour les questions sociales. 

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«En général, ça se passe bien. Le président n’essaye pas d’outrepasser la règle commune», corrobore David Assouline, sénateur socialiste de Paris. Mais l’épisode de la suspension de séance à l’Assemblée nationale a tout de même laissé des traces. «Avec ce qui s’est passé, c’est sûr, on ne va pas arriver la fleur au fusil, mais plutôt les poings serrés», annonce Raymonde Le Texier, sénatrice socialiste, qui fustige une «réforme bidon, injuste, qui ne règle rien». Surtout qu’au Sénat, à la différence du Palais Bourbon, il n’y a pas de temps programmé, imposé, qui avait fait hurler les députés socialistes.

«Le texte pose problème aux centristes»

Autre différence, de taille, l’UMP n’a pas la majorité absolue au Sénat  (voir encadré). «Il y a donc une nécessité absolue de dialogue pour trouver un consensus. Chacun doit faire un pas vers l’autre», confirme-t-on au bureau de Gérard Larcher, où l’on insiste sur sa «sensibilité différente» dans la manière de gérer les débats. Manière diplomatique de dire que Gérard Larcher est moins aux ordres de l’Elysée et moins brutal que Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale. Au Sénat, le groupe Union centriste est en position de force car nécessaire pour obtenir la majorité sur un texte. «On est un groupe charnière», insiste Antoine Buéno. Donc coriace. «L’ensemble du texte pose problème aux centristes», annonce-t-il d’emblée, assurant que le groupe «va peser de tout son poids pour obtenir des aménagements». Il y a au moins quatre points qui seront au menu des discussions: l’amélioration du système de la pénibilité, les carrières longues, les polypensionnés et le remplacement du système de l’annuité au système par point.    
 
Ça tombe bien, les sénateurs auront un peu de «marge» sur le texte, a affirmé Nicolas Sarkozy lors d’un déjeuner avec des sénateurs UMP mercredi. «Loin de me rassurer, cette déclaration me fait penser que tout est écrit à l’avance. Nicolas Sarkozy décide en amont de ce qui doit être discuté, il donne des cacahuètes aux sénateurs. C’est une négation du travail parlementaire avec une mise en scène déjà arrêtée», s’emporte David Assouline. Du côté des centristes, on a plutôt vu dans cette annonce un signal positif. «On avait le sentiment que le texte allait arriver complètement ficelé, parce que la marge de manœuvre avait été utilisée auprès des syndicats mais pas du Parlement. Là, cela nous laisse penser que des choses importantes pourraient être abandonnées».

Une ouverture sur le maintien des 65 ans?

Comme le passage de 65 ans à 67 ans pour l’obtention d’une retraite à taux plein. Un point qui a déjà été évoqué par Gérard Larcher, à la veille de l’examen du texte à l’Assemblée, ce qui avait déclenché la fureur de l’Elysée. «Ce serait un marqueur important», reconnaît Antoine Buéno. «C’est effectivement le fil conducteur de Gérard Larcher, qui devrait faire partie des négociations», indique son entourage.
 
Le groupe socialiste pourrait trouver du côté des centristes un peu de soutien. «Il y a quelques personnes ébranlées à l’UMP par ce qui s’est passé cet été, mais ils sont disciplinés. Par contre au niveau des centristes, la coupe est pleine. On pourra peut-être limiter la casse», reconnaît la socialiste Raymonde Le Texier. Ce ne serait pas la première fois qu’un texte voté au Sénat est modifié en profondeur au Sénat. «On parle souvent du train de sénateur, mais finalement, on est bien plus rebelle», assure la sénatrice, également passée sur les bancs de l’Assemblée nationale. Malgré la «rebelle-attitude» du Sénat, la sénatrice assure que «tout dépendra de la mobilisation du 23 septembre. Le gouvernement a très peur que ça finisse en grève générale».     

La composition du Sénat

L'UMP doit composer avec ses alliés car il ne dispose pas de la majorité absolue au Sénat. Le groupe UMP compte 150 sénateurs. Il a donc besoin des 29 sénateurs du groupe de l'Union centriste. Les sénateurs socialistes sont  116 et le groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) compte 24 sénateurs. Celui du rassemblement démocratique et social européen compte 17  élus. Les non-inscrits sont 7. Il y a donc 343 sénateurs: la majorité est à 172.