Retraites: Séance houleuse à l'Assemblée

M.P. avec AFP
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JACQUES DEMARTHON/AFP
Si l'examen du projet de loi sur la réforme des retraites s'est achevé ce mercredi matin, à 7h45, lors d'une séance au long cours, débutée mardi après-midi à 16h, l'affaire est loin d'être terminée tant l'Assemblée est en ebullition en ce jour où le texte doit être voté. Les très nombreux députés - une centaine - ont planché toute la nuit sans interruption dans une ambiance houleuse depuis mardi soir, 21h30, après une seule heure de relâche pour dîner.

Un marathon parlementaire sans précédent depuis 2007 qui peut expliquer la tension qui règne dans l'Assemblée mercredi matin. Après l'examen du texte, pour retarder l’heure du vote, manière de montrer symboliquement leur opposition au vote, quelque 165 députés de l'oppositions ont fait une demande d'explication de vote individuelle, d'une durée de cinq minutes, ce qui devait prolonger le débat de plus de 13 heures. Il s'agit ainsi de relayer «l'exigence populaire», alors que  des rassemblements et actions contre la réforme sont prévus ce mercredi, a expliqué Jean-Marc Ayrault, la patron des députés PS. 

«Démission, démission»

Sauf que Bertrand Accoyer, le président UMP de l'Assemblée ne l'a pas entendu de cette oreille et a décidé de suspendre la séance, sous une bronca des députés de l'opposition qui ont crié «Démission, démission». «Je ne laisserai pas, au travers de petites manoeuvres, l'obstruction qui est paralysante et dévalorisante pour notre Parlement, se réinstaller», a expliqué le président de l'Assemblée, qui a convoqué la prochaine séance à 15h, avec pour ordre du jour, comme prévu, le vote solennel sur la réforme des retraites.

Une décision qui a ulcéré l'opposition. Marie-George Buffet a parlé de «censure». «Ça suffit ces méthodes! Il y en a assez qu'on ne puisse pas débattre», s'est-elle insurgé dans les couloirs de l'Assemblée en ébullition. Martine Aubry a «solennellement» demandé à Bernard Accoyer de reprendre la séance. Mais lui estime que les députés socialistes ne respectent pas l'article 13 du règlement de l'Assemblée, car «ces explications sont destinées à permettre d'exprimer une sensibilité particulière ou une opinion divergente par rapport à leur groupe». En fin de matinée, le groupe socialiste a formellement demandé mercredi la démission «sans délai» de Bernard Accoyer, l'accusant de «forfaiture»pour avoir supendu la séance-marathon sur la réforme des retraites.

«Démocratie, démocratie»

Avant cette suspension de séance, les esprits étaient déjà échauffés dans l'hémicycle. Vers 06h20, la députée socialiste Catherine Coutelle a  attaqué bille en tête le ministre du Travail, Eric Woerth: «vous nous  avez habitué à mentir. Chez vous cela semble une seconde nature». Eric Woerth a alors réagi vivement et certains députés de l’opposition l’ont accusé d’avoir traité leur collègue de «collabo. «Après les mensonges on passe aux injures, où vous arrêterez-vous, M. le ministre?», a alors lancé Laurence Dumont (PS), demandant des excuses à M. Woerth.

Et encore, ce n'était rien par rapport à la colère qui a accueilli la déclaration de Bertrand Accoyer, le président UMP de l'Assemblée, qui a annoncé autour de 7 heures que le temps de parole de l'opposition était dépassé (19 heures sur l'ensemble du texte). «Démocratie, démocratie», ont alors crié les députés de gauche. 

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