Réforme des retraites: le gouvernement, qui n'est «pas sourd», doit maintenant écouter

REACTIONS Au lendemain des manifestations, l'opposition et les syndicats ne se font pourtant pas beaucoup d'illusions...

Corentin Chauvel avec AFP

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L.VENANCE / AFP

Même si elle a peu de chances de faire bouger les choses, la forte mobilisation de mardi n’est pas passée inaperçue. «Il y a avait du monde», a déclaré, très observateur, Xavier Bertrand ce mercredi sur RTL, qui a précisé que le gouvernement s’y «attendait parce que c’est une réforme importante». Celui-ci «n'est pas sourd, il entend les interrogations», a ainsi ajouté Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, sur Europe 1. Les millions de manifestants «n’ont pas défilé pour rien», a renchéri Jean-François Copé, sur France Inter.

«Ce n'et pas la rue qui gouverne»

Oui, mais «on ne changera pas sur l’essentiel», a tempéré le chef de file des députés UMP qui a concédé qu’il pourrait bien y avoir «des arrangements». Xavier Bertrand parle, lui, d’«aménagements», évoque «de la place pour le dialogue», mais retirer la réforme, comme le souhaite le Parti socialiste (PS), «c’est pas possible». «Nous sommes attachés à l'aspect juste de cette réforme», a justifié Luc Chatel, qui a lui aussi averti: «Nous ne bougerons pas sur l'âge» légal de départ à la retraite.

«Non, ce n'et pas la rue qui gouverne, c'est la rue qui s'exprime, qui exprime une inquiétude qu'il faut entendre! La réforme est une réforme très importante, donc il y a des manifestations importantes, c'est parfaitement cohérent, parfaitement logique et habituel», a rappelé pour sa part Georges Tron, le secrétaire d'Etat à la Fonction publique, sur RMC, qui a jugé que «la seule façon pour garantir aux Français que leurs retraites seront payées au même montant minimum qu'aujourd'hui, c'est de prendre les mesures que nous prenons».

«Quand la population est dans la rue, on doit écouter, on doit entendre»

Cette inflexibilité, l’opposition et les syndicats s’y attendaient. «Je ne me fais pas d’illusions. Sur le cœur (de la réforme), on ne peut pas bouger», a estimé Jean-Claude Mailly sur France Info. D’après le secrétaire général de Force ouvrière (FO), ce sont toujours les trois mêmes thèmes (polypensionnés, carrières longues et pénibilité) qui reviennent dans les concessions, mais ce que désire son syndicat, c’est bien l’abandon du projet et «on reprend tout depuis le début».

Même son de cloche pour Martine Aubry qui a estimé ce mercredi sur France 2 qu'il fallait «reprendre à zéro» la réforme des retraites, selon elle «injuste et inefficace». «Dans une démocratie, quand la population est dans la rue, quand il y a plus de 2 millions de personnes et beaucoup de gens qui les soutiennent, on doit écouter, on doit entendre», a déclaré la première secrétaire du PS.

Il faut «arrêter le débat parlementaire»

Moins fataliste que Jean-Claude Mailly, qui ne voit pas non plus «comment empêcher une autre journée de mobilisation», Martine Aubry «demande vraiment très solennellement au président de la République, puisque c'est lui qui porte aujourd'hui cette réforme et il va s'exprimer ce mercredi matin, de recevoir les syndicats, de recevoir l'opposition, dont les socialistes, puisque nous avons un contre-projet».

Selon la maire de Lille, il faut aussi «arrêter le débat parlementaire» qui a débuté mardi à l'Assemblée nationale. «Si ce n'était pas le cas, nous continuerons à faire (...) nos propres propositions pour montrer aux Français que bien sûr il faut une réforme, bien sûr il faut prendre en compte l'allongement de la durée de vie mais il faut le faire de manière juste».

«On a aujourd'hui un gouvernement qui passe son temps à dire des contre-vérités»

«On a aujourd'hui un gouvernement qui passe son temps à dire des contre-vérités», a-t-elle accusé. Quant à Nicolas Sarkozy, «il donne l'impression d'être un dur, d'arriver à régler des problèmes mais il le fait sur le dos des plus fragiles, c'est ça qui est honteux», a encore lancé la numéro un du PS. Mais d’après Xavier Bertrand, la posture de cette dernière est d’une «hypocrisie totale», assurant qu’il fallait du courage pour réformer, même si «c’est pas bon pour les sondages».

De son côté, le président du Mouvement démocrate (MoDem), François Bayrou, a jugé ce mercredi sur Canal + que l'ampleur de la mobilisation la veille contre la réforme des retraites avait «changé l'ambiance» et qu'il serait «impossible d'arrêter ce mouvement» sans «des corrections fortes» du projet. «La discussion» sur ce projet «n'a pas eu l'ampleur qu'elle aurait dû avoir» et «c'est l'Elysée qui décide oui ou non ce que va voter ou non le Parlement», a-t-il dénoncé.