Réforme des retraites: la stratégie de la majorité dans les jours à venir

SOCIAL Rester ferme sur l'âge légal de départ à la retraite, mais lâcher un peu de lest sur la pénibilité...

M.P.

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HADJ/SIPA

C’est la réforme clé du mandat de Nicolas Sarkozy, celle qui doit montrer qu’il a réformé la France, qu’il a tenu ses promesses. Une réforme qu’il veut «juste», du moins comprise comme telle par les Français, ce qui semble loin d'être le cas. Sauf que le gouvernement a touché à un symbole, l’âge légal de départ à la retraite. Pour les conseillers du chef de l’Etat, tout l’enjeu, c’est de dire que ce n’est pas une «réforme idéologique», de droite, mais dictée par la démographie, le vieillissement de la population. La majorité compte donc rester ferme sur le fond mais lâcher un peu sur la pénibilité notamment. Et faire bloc autour d’Eric Woerth, ministre affaibli. Le point sur la stratégie adoptée à compter de mardi, jour de mobilisation nationale et d'ouverture du débat à l'Assemblée.

>> Le point sur les perturbations de mardi, c'est ici

Qui va monter au créneau?
Jusqu’au printemps dernier, il était évident quEric Woerth serait en première ligne pour défendre ce dossier. L’ex-ministre du Budget avait été installé rue de Grenelle pour sa solidité, sa maîtrise des dossiers, sa capacité à négocier. Sauf que l’affaire Bettencourt – et ses soupçons de conflits d’intérêts, de financement illégal de parti politique et de trafic d’influence - est passée par là. Le ministre du Travail est plus qu’affaibli à la veille de l’examen du texte à l’Assemblée. D’où la volonté de le protéger en faisant monter au créneau d’autres personnalités. Ce week-end par, exemple, point de ministre du Travail dans les médias: c’est Henri Guaino, conseiller spécial du Président, et Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, qui sont montés en première ligne pour évoquer la réforme des retraites et les éventuelles concessions du gouvernement.
François Fillon a également été prié de prendre en charge le dossier et de peser de tout son poids politique sur le dossier, afin de soulager Eric Woerth. A l’Assemblée, quatre députés de la majorité ont été désignés pour défendre le projet: Valérie Rosso-Debord, Marie-Christine Dalloz, Michel Heinrich et Arnaud Robinet. Il n’est pas prévu que Nicolas Sarkozy s’exprime sur le sujet.

Quand?
Le projet de loi est présenté mardi après-midi à l’Assemblée... au même moment, des centaines de milliers de personnes sont attendues dans la rue pour manifester contre la réforme. Quelque 75 heures de débats sont prévues, dont une cinquantaine dédiée à l’opposition, pour examiner près de 700 amendements. Le gouvernement espère un vote solennel le 15 septembre, afin qu’il soit examiné au Sénat à partir du 5 octobre, pour une adoption définitive fin octobre. Le texte est en procédure d’urgence, il n’y aura donc pas de navettes entre les deux assemblées. Le gouvernement a déjà annoncé qu’il était prêt à «des propositions supplémentaires», des concessions, notamment sur  les polypensionnés, les carrières longues et la pénibilité.
Dès mardi, l’UMP devrait présenter un amendement de dernière minute sur la pénibilité, sur demande du gouvernement, afin de montrer l’esprit d’ouverture. Le midi, François Fillon s’adressera aux députés de la majorité avant le début de l’examen du texte, pour leur donner le cap à tenir lors des débats: être ferme mais montrer que la réforme est juste.  Au niveau médiatique, le grand rendez-vous avec les Français, c’est jeudi soir dans A vous de juger. Eric Woerth, prévu depuis longtemps, sera finalement accompagnoé de François Fillon, qui s’est invité à la dernière minute sur France 2, toujours dans l’idée de soulager son ministre.

Comment?
Depuis le début, le gouvernement veut faire vite tout en donnant l’impression de négocier. Lors de l’examen du projet de loi par la Commission des Finances, peu d’amendements, en tout cas aucun qui changeait en profondeur le texte, n’a été adopté. A la demande du gouvernement, qui a tout renvoyé au mois de septembre et au débat en séance plénière. L’exécutif voulait ainsi garder un peu de marge de manœuvre, après d’ultimes discussions avec les partenaires sociaux. Mais apparemment, syndicats et ministre n’ont pas vraiment discuté cet été. Ils attendent certainement de connaître la mobilisation du 7 pour estimer le rapport de force.

Malgré tout, le gouvernement l’a dit et répété, pas question de toucher aux 62 ans, âge légal de départ à la retraite. C’est «le marqueur» de la volonté de réforme pour Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat ne peut pas échouer sur ce qu’il qualifie de «réforme emblématique» de son mandat, sa «priorité absolue».  «Rien n'est absolument intangible, sauf l'âge de départ à la retraite, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'efforts à faire pour les carrières longues et les carrières courtes, pour tenir compte de la pénibilité, pour tenir compte du rythme du travail des femmes», a expliqué Henri Guaino ce week-end.