Le ministre du Travail Eric Woerth, à la sortie du premier conseil des ministres après les vacances d'été, à Paris le 25 août 2010.
Le ministre du Travail Eric Woerth, à la sortie du premier conseil des ministres après les vacances d'été, à Paris le 25 août 2010. — SIPA / AP / Jacques Brinon

DECRYPTAGE

«Si les syndicats bougent, Sarkozy sera obligé de liquider Woerth»

C'est l'avis de Gérard Grunberg, politologue au Cevipof...

Un «oui» bref et agacé. C’est la réponse que Nicolas Sarkozy a donnée aux journalistes qui lui demandaient vendredi s’il soutenait toujours son ministre du Travail, Eric Woerth, en marge d’un déplacement en Côte d’Or. A la question, «est-ce que le ministre du Travail est toujours à même de défendre la réforme des retraites?», le chef de l’Etat n’a pas répondu et tourné les talons. Peut-il seulement répondre? Son ministre du Travail est de plus en plus englué dans l’affaire Bettencourt, pris en flagrant déni de mensonge, sur son intervention dans l’attribution de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, à la fois conseiller financier de Liliane Bettencourt, ex-employeur de son épouse et grand donateur de l’UMP.

Woerth, «un vrai problème»

Les appels à la démission se multiplient dans la classe politique, du PCF au NPA en passant par quelques francs-tireurs du PS. Et même les syndicats, jusque-là très sobres sur le sujet, refusant de choisir leur interlocuteur au ministère du Travail, commencent à bouger. Ce vendredi, François Chérèque (CFDT) a estimé que la position de Woerth est «un vrai problème», qui empêche d’aborder «le fond du dossier»: la réforme des retraites.
Et pourtant, l’Elysée et Matignon ont décidé de réaffirmer leur soutien au ministre du Travail, jeudi soir, après tout de même un flottement dans la journée. Dans un communiqué, François Fillon a critiqué la «campagne de dénigrement inacceptable» contre Eric woerth, affirmant clairement qu’il mènerait «à son terme au Parlement» la réforme des retraites. La présidence a mis au point un nouveau dispositif autour de son ministre: faire monter à ses côtés François Fillon, le Premier ministre, qui s’occupera du volet politique et Georges Tron, le secrétaire d’Etat à la Fonction publique, qui sera très présent à l’Assemblée pour encadrer et renforcer Eric Woerth. C’est qu’il est compliqué de changer de ministre à moins d’une semaine du débat sur les retraites par les députés. D’autant que les remplaçants ne se bousculent pas au portillon: à part Xavier Bertrand, personne n’émerge.

Woerth, «la pièce maîtresse»

Or, installer Xavier Bertrand rue de Grenelle impliquerait de lui trouver un successeur à l’UMP. Et Nicolas Sarkozy ne semble pas avoir envie de laisser les clés de son parti à Jean-François Copé. «Lâcher Eric Woerth maintenant, ce serait se désavouer», assure un bon observateur de la vie politique. Mais surtout, «tant qu’on se focalise sur le rôle du ministre du Travail dans l’affaire Bettencourt, on ne parle pas de Nicolas Sarkozy et de son éventuelle implication», ajoute-t-il. Woerth, un écran de fumée? Un scénario balayé par Gérard Grunberg, politologue au Cevipof, selon lequel si Eric Woerth est conservé, c’est qu’il est tout simplement «une pièce maîtresse» de Nicolas Sarkozy. «Le chef de l’Etat lui a confié LE gros dossier de son quinquennat parce qu’il a entière confiance en lui, qu’il l’estime. Il va essayer de le garder jusqu’au bout», c’est-à-dire jusqu’au remaniement, souligne le politologue.

Qui se montre pourtant peu optimiste pour la survie à court terme du ministre. «En général, ces affaires-là se terminent mal. Je ne sais pas si Sarkozy va pouvoir tenir, il y a toujours des bonnes âmes qui vont lui expliquer à quel point son ministre pose problème», raconte-t-il.  La seule chose qui peut définitivement condamner Eric Woerth, d’après lui, c’est l’attitude des syndicats. «S’ils bougent vraiment, qu’ils disent qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas travailler avec Eric Woerth, Sarkozy sera obligé de le liquider», juge le politologue.