Affaire Bettencourt: Woerth de plus en plus sur la sellette

POLITIQUE Même si, officiellement, les dernières révélations n'ont rien changé, le ministre n'est plus autant soutenu qu'auparavant...

B.D. avec AFP
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Le ministre du Travail Eric Woerth, à la sortie du premier conseil des ministres après les vacances d'été, à Paris le 25 août 2010.
Le ministre du Travail Eric Woerth, à la sortie du premier conseil des ministres après les vacances d'été, à Paris le 25 août 2010. — SIPA / AP / Jacques Brinon

A cinq jours du débat sur la réforme des retraites à l'Assemblée nationale, la situation d'Eric Woerth apparaît de plus en plus intenable, après qu'il a reconnu être intervenu pour l'attribution de la Légion d'honneur au gestionnaire de la fortune de Liliane Bettencourt. Le ministre du Travail avait jusqu'alors toujours nié ce geste en faveur de Patrice de Maistre, l'employeur pendant deux ans et demi de sa femme dans la société gérant la fortune de l'héritière de L'Oréal, par ailleurs donatrice de l'UMP.

Pour la gauche, il a «menti»

Et 48 heures après les révélations sur l'existence d'une lettre en ce sens à Nicolas Sarkozy, lui qui s'était d'abord insurgé qu'on puisse douter de sa bonne foi, a donné une autre version ce jeudi. Preuve pour plusieurs voix à gauche qu'il a «menti». Eric Woerth a finalement reconnu avoir rédigé ce courrier en mars 2007, en pleine campagne présidentielle, envoyé, a-t-il dit, «comme un simple député» - à l'époque il était aussi trésorier de l'UMP et de la campagne de Nicolas Sarkozy.

«C'est d'une grande banalité tout ça», a tenté de balayer le ministre, assurant n'avoir jamais nié l'existence de la lettre. Officiellement, cette lettre et les explications contradictoires d'Eric Woerth n'ont rien changé. Le ministre du Travail a toujours «toute la confiance» du président pour défendre devant les députés la réforme des retraites, a-t-on répété à l'Elysée.

L'UMP lui apporte «tout son soutien»

Dès mercredi, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, avait jugé à la sortie du Conseil des ministres que le soutien du président à son ministre ne faisait «pas l'ombre d'un doute». Et, ce jeudi soir, l'UMP a apporté «tout son soutien à Eric Woerth face à la nouvelle entreprise de déstabilisation à son encontre, menée par l'opposition et les médias».

Dans un communiqué, le porte-parole adjoint du parti, Dominique Paillé, affirme que «les prises de parole successives des différents leaders de la gauche pour demander la démission d'Eric Woerth démontrent qu'il s'agit d'une chasse à l'homme organisée, d'une cabale». L'UMP «dénonce cette attitude déplorable qui nuit à la démocratie et qui permet au Parti socialiste d'esquiver le débat sur le fond et le rôle qui est le sien en tant que parti d'opposition».

Autre son de cloche

Mais en coulisse, la musique est un peu différente. «Ca devient vraiment très compliqué», lâche un proche du chef de l'Etat. «On ne pourra pas tenir comme ça pendant deux mois encore», abonde une source gouvernementale. A en croire certains signes, l'appui présidentiel a déjà perdu un peu de sa vigueur du début de l'été. Ainsi que l'a concédé Luc Chatel, Nicolas Sarkozy s'est abstenu de soutenir Eric Woerth devant ses camarades du gouvernement mercredi.

Et jeudi, François Fillon a redit que la réforme serait «conduite par le ministre en charge qui ira la défendre devant le Parlement», mais sans prononcer le nom du ministre. C'est bien évidemment Eric Woerth, a-t-on précisé dans son entourage, et «toute autre interprétation serait pure malveillance». Mais la participation du Premier ministren jeudi prochain à une émission télévisée consacrée aux retraites a été perçue comme un nouveau camouflet à Eric Woerth, déjà considéré comme une des victimes du remaniement annoncé pour novembre.

Mort politique

«Il est mort politiquement et ne sera pas reconduit, c'est clair», parie sans l'ombre d'un doute un cadre de la majorité. Ces derniers jours, le ministre est apparu les traits tirés, physiquement marqué par deux mois de polémique. «Il a une très grande lassitude», dit un membre de l'UMP. Peut-il tenir le vif débat qui s'annonce dès mardi sur les retraites? Les députés PS le jugent «totalement disqualifié». Un avis partagé par le PCF et le NPA, qui réclament de nouveau sa démission, en plus du retrait de la réforme.

Pour Benoît Hamon, porte-parole du PS, les «mensonges» d'Eric Woerth invalident la parole de Nicolas Sarkozy et François Fillon qui, «en toute connaissance de cause [l']ont protégé». Roland Cayrol (CSA) juge «curieuse» la stratégie de défense du ministre «consistant à faire un pas en avant, avec dans un premier temps des dénégations, puis deux pas en arrière. La solution qui mettrait tout le monde à l'aise serait que le ministre prenne lui-même la décision de partir», ajoute le politologue.