«François Fillon a pris une nouvelle dimension»

ANALYSE Ou comment «Mister Nobody» est devenu quelqu’un qui compte énormément...

Maud Pierron

— 

P.VERDY / AFP

A quelques semaines d’un remaniement, François Fillon se porte comme un charme. Populaire dans l’opinion, apprécié de sa majorité, respecté par l’opposition. Un vrai casse-tête pour Nicolas Sarkozy au moment où il réfléchit à son prochain gouvernement: peut-il se séparer de François Fillon et de son insolente popularité au risque qu’il prenne son autonomie et devienne un rival?  En quarante mois à Matignon, de simple «collaborateur», celui qui a théorisé la disparition du poste de Premier ministre s’est mué en élément quasi irremplaçable. «Est-ce lui qui a réussi sa transformation ou est-il resté sur ses fondamentaux et les autres, le Président, les ministres, les députés, ont changé?», demande le politologue Jean-Luc Parodi, penchant nettement pour la deuxième option.

«La Ve République prend une revanche»

D’après le chercheur à Science-Po, le Premier ministre est le même qu’en mai 2007 mais les regards ont changé, à mesure que Nicolas Sarkozy s’est pris les pieds dans «la super-présidentialisation» que les Français sanctionnent par une popularité «catastrophique». Le politologue le résume d’une phrase: «La Ve République prend une revanche: le pouvoir présidentiel n’est pas un pouvoir personnel». Pour aboutir à un «résultat sans précédent»: un Premier ministre plus populaire que le Président, sur la continuité. Pourquoi? Tout simplement parce que François Fillon apparaît aux yeux des Français comme le pendant inverse de Nicolas Sarkozy: «Sa popularité incarne l’antisarkozysme: calme, modération, action réfléchie, délibération collective, refus de saccades extrémistes», détaille le politologue. «Il apparaît comme l’antithèse, le négatif au sens photographique du terme», corrobore Gaël Sliman, de l’institut BVA.

«Il y a une nouvelle donne»

En fait, face à l’hyperprésidence, Fillon a fait le boulot: homme à tout faire du gouvernement, «pompier» quand il fallait éteindre les «foyers» allumés par Sarkozy, mais aussi «avertisseur», notamment sur les déficits. «Très vite, il a trouvé sa spécificité: la crise des finances publiques», souligne Jean-Luc Parodi. On se souvient de sa sortie «Je suis à la tête d’un Etat en faillite» en septembre 2007 qui lui a valu de se faire bâcher par l’Elysée. Et du terme «rigueur» employé en juillet dernier au Japon, banni du vocabulaire présidentiel mais qui ne lui a valu aucune remontrances. C’est qu’entre temps, les faits lui ont donné raison. «Pour l’opinion, il est acquis que François Fillon est un sous-Premier ministre au périmètre restreint, il l’assume depuis le début, mais il fait du bon boulot. Et il n’est pas jugé comptable des mauvaises nouvelles», reprend le sondeur de BVA.  

Aujourd’hui, il apparaît donc en position de force. Gagnant à tous les coups. Débarqué? Il peut souffler mais garder un magistère sur la droite. «Candidat à rien, consulté sur tout», souligne Parodi. Ou se préparer pour les municipales de 2014 à Paris, où la droite l’attend comme le sauveur. Ou encore prendre la présidence de l’UMP, comme on l’entend ces jours-ci. «C’est un piège qu’on lui tend. Président d’un parti, c’est être préposé à la bataille des mots avec l’opposition, ça ne réussit pas à ses titulaires en général», note le politologue. Conservé, il pourrait se targuer d’être parmi les Premier ministres les plus tenaces (devant Georges Pompidou et Raymond Barre) et d’apparaître comme irremplaçable.

L'avenir de la droite?

Et si les parlementaires de la majorité apprécient la modération, ils ont un surtout un très pragmatique sens de la survie politique. «L’ensemble des acteurs de la majorité commencent à se poser des questions sur l’avenir avec Nicolas Sarkozy. Les députés suivent celui qui peut les conduire à la victoire en 2012», note le politologue. Et là, «il y a une nouvelle donne» d’après Gaël Sliman, de BVA, depuis «l’échec des régionales et la très mauvaise séquence qui a suivi». Autant avant il n’y avait pas photo sur l’identité du champion de la droite en 2012, autant «François Fillon a pris une nouvelle dimension. Il émerge comme un vrai recours possible pour la présidentielle de 2012. Il occupe désormais un espace politique conséquent. Il existe vraiment», conclut le sondeur. Que de chemin parcouru par «Mister Nobody».