L'UMP en jeu dans la guerre Copé-Bertrand?

POLITIQUE Ce serait le sens des dernières sorties du patron des députés UMP qui vivrait mal l'arrivée de François Fillon dans le jeu interne...

M.P. avec AFP

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Jean-François Copé, chef de file des députés UMP, le 26 mars 2010 à Paris.
Jean-François Copé, chef de file des députés UMP, le 26 mars 2010 à Paris. — SIPA

«J'ai une ligne claire. Je n'ai pas du tout vocation à retourner au gouvernement. Je pense être utile là où je suis mais je suis prêt à contribuer à redynamiser l'UMP. C'est au président de la République de décider et ce qu'il décidera sera bien», assure Jean-François Copé. Ça, c’est le discours officiel du chef de file des députés UMP au lendemain de son passage à Port-Marly, pour le campus des Jeunes de l’UMP. Il y a notamment critiqué l’organisation de ces journées et réclamé une «réorganisation du parti» et une «véritable dynamique» en vue de 2012.  Des critiques visant directement Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP avec qui il a toujours été en rivalité. Ce dernier a d'ailleurs réagi en critiquant les «snipers» qui voudraient diviser le parti majoritaire.

En privé, certains proches du député-maire de Meaux se font plus directs: «Le compte à rebours est lancé pour 2012. Le PS affiche son unité. Il faut donc remettre l'UMP en état de fonctionner. Si on peut aider... S'ils ont mieux que Copé sous la main, ça ne nous pose pas problème. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas», explique l'un d'eux. Pourtant, Jean-François Copé n’a jamais semblé intéressé pour prendre la tête du parti, se disant toujours plus passionné par son rôle au Parlement, lui qui promeut la «co-production législative».

«Il joue sur deux tableaux»

Reste que l’offensive Copé a été préparée. Silencieux au mois d’août, il a surpris son monde en défendant mardi un Nicolas Sarkozy affaibli et critiqué en creux par François Fillon sur le virage sécuritaire, se disant «étonné» de cette prise de distance. Mercredi, il en a remis une couche dans la critique de l’UMP: «Le parti a vraiment besoin de se remettre en ordre de bataille. Son expression publique est pauvre, il a cessé toute coopération avec les députés. Le fonctionnement de l'UMP s'est fortement dégradé, d'où mon cri d'alarme», a-t-il asséné.

Une nouvelle marotte raillée par Dominique Paillé, le porte-parole du parti présidentiel, s’étonnant de cet «intérêt soudain». « Xavier Bertrand fait très bien son job. Il est apprécié des militants. Il ne se comporte pas comme un clone de Nicolas Sarkozy, les militants ne le supporteraient pas», souligne Paillé. Un proche de Xavier Bertrand ironise: «Je croyais qu'il voulait rester cinq ans avec ses amis députés. Et il n'a pas arrêté de dire que le parti, ça ne servait à rien.»

Une source parlementaire pose le problème différemment: «L'OPA de Copé n’est peut-être que du bluff pour empêcher un autre prétendant, François Fillon, de s'emparer de l'UMP. Car en réalité, le problème ce n'est plus Bertrand pour Copé, c'est bien Fillon, qui vise aussi l'Elysée en 2017 et troquerait donc bien Matignon pour l'UMP.» Une nouvelle concurrence qui bouscule les plans du patron des députés UMP. «Il joue en fait sur deux tableaux, analyse un proche de Nicolas Sarkozy. Soit le Président lui accorde l'UMP et il est dans la place en 2012, quelle que soit l'issue de la présidentielle. Soit Sarkozy lui dit non et il peut espérer une compensation forte, Matignon par exemple. Et puis s'il n'a rien, il pourra toujours dire: "Vous voyez, j'avais pourtant offert mes services".»