Roms: y'a-t-il un risque de rupture entre Nicolas Sarkozy et l'électorat catholique?

POLITIQUE Il l'a majoritairement soutenu lors de la présidentielle...

Oriane Raffin

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Nicolas Sarkozy répond en direct aux questions de David Pujadas sur France2, le 12 juillet 2010.
Nicolas Sarkozy répond en direct aux questions de David Pujadas sur France2, le 12 juillet 2010. — AFP PHOTO / FRANCE 2

François Bayrou et Christine Boutin qui montent au créneau... Même à droite, la politique de Nicolas Sarkozy sur les Roms divise. Et les propos du pape et des évêques français en rajoutent une couche. Si l’électorat catholique français a majoritairement soutenu Nicolas Sarkozy, y a-t-il aujourd’hui un risque de rupture? Décryptage.

«La tendance lourde, depuis le début du quinquennat, c’est l’érosion de la satisfaction des catholiques pratiquants, c’est-à-dire d’une personne croyante qui va à la messe au moins une fois par mois», souligne Frédéric Dabi, de l’Ifop. Si entre mai 2007 et janvier 2008, en moyenne, 74% des catholiques pratiquants étaient satisfaits de la politique du président, ils n’étaient plus que 47% entre mars et juillet 2010, avant même l’expulsion des Roms. Un niveau qui reste toutefois plus élevé que l’ensemble de l’électorat, aux alentours de 35%.

«Plusieurs évènements ont déplu aux catholiques: l’affaire Proglio, l’Epad, les soupçons de collusion..., souligne Frédéric Dabi. Les déclarations du pape pourraient entraîner un nouveau décrochage, mais rien n’est certain, car le tour de vis sécuritaire peut également plaire à un électorat traditionnellement de droite.

Indépendance vis-à-vis de l’Eglise

A part les catholiques engagés dans le tissu associatif de l’Eglise, pour lesquels «il peut y avoir un trouble», Pascal Perrineau, directeur du Cevipof, voit en effet peu de risques de divorce: «L’électorat catholique aujourd’hui n’est plus celui des années 50-60, il a une certaine marge de manoeuvre par rapport à l’Eglise et à l’autorité que représente le pape, comme sur les moeurs par exemple (pilule, IVG, ndlr)».

Et tous ne se sentent pas forcément proches de Benoît XVI. «Il ne faut pas oublier que c’est quelqu’un qui, en juin 2000, affirmait la supériorité de la religion catholique sur les autres... Pour moi, il cherche juste là à redorer un blason», estime Antoine, 24 ans.

Ce jeune catholique pratiquant a toujours voté UMP. Pour lui, pas de surprise par rapport à la politique de Nicolas Sarkozy sur les Roms: «On l’avait eu ministre de l’Intérieur, on savait à quoi s’attendre». Et même si cette politique le «gêne», il ne pense pas qu’elle ébranlera vraiment l’électorat catholique. Lui-même, électeur de Nicolas Sarkozy en 2007, a des doutes... «Mais de là à voter à gauche...», glisse-t-il. Et se tourner vers Dominique de Villepin? Sans doute pas: «Il joue le Judas dans l’affaire!»

«Son côté bling-bling leur a toujours été insupportable»

«Je ne crois pas que cela va changer grand-chose», tempère également Christian Vaneste, député du Nord. Les catholiques, en général, votent à droite mais ils n’aiment pas Sarkozy. Et cela ne date pas d’hier, cela ne date pas des déclarations sur les roms. Son côté bling bling leur a toujours été insupportable.»

Mais de là à changer complètement d’orientation politique... «Je ne pense pas qu’ils seront tentés par la gauche non plus. Le risque est ailleurs. S’il y avait une élection demain, une petite partie d’entre eux préféreront peut-être aller à la messe plutôt qu’au bureau de vote», estime le député.

«Certains veulent quitter le navire»

«Je reste persuadé que beaucoup d’électeurs catholiques, tout comme des parlementaires, sont troublés et réservés», affirme au contraire Etienne Pinte, député UMP des Yvelines et fervent catholique. Celui qui n’hésite pas à clamer son désaccord avec la politique gouvernementale explique se sentir «souvent un peu seul». Il n’envisage pas pour autant de quitter l’UMP: «C’est ma famille politique, j’ai toujours été gaulliste, il n’a jamais été question de quitter mon groupe parlementaire et mon mouvement, explique-t-il. Je suis persuadé que c’est là que je peux agir, réveiller les consciences.» 

Ceux qui réagissent finalement le plus, ce sont donc les politiques. L'ex-ministre Christine Boutin a affirmé lundi que l'affaire des Roms relançait la réflexion sur un possible divorce entre sa formation, le Parti Chrétien-Démocrate (PCD), et l'UMP, auquel elle est alliée, parlant d'une «fêlure supplémentaire».

Pascal Perrineau estime que ces tensions «ne sont pas liées aux prises de position du pape ou de l’Eglise: quand il y a de profondes difficultés comme celles auxquelles sont confrontées Nicolas Sarkozy et le gouvernement, les diversités s’expriment toujours, et certains veulent alors quitter le navire». Et cela permet, selon l’élu, de régler «d’autres comptes».