Journées d'été d'Europe Ecologie: Opération séduction réussie d'Eva Joly

POLITIQUE Elle a fait un tabac chez les militants comme chez les élus...

A Nantes, Maud Pierron

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Eva Joly, lors des Journées d'été d'Europe Ecologie, le 19 août 2010 à Nantes.
Eva Joly, lors des Journées d'été d'Europe Ecologie, le 19 août 2010 à Nantes. — FRANCK PERRY / AFP

De notre envoyée spéciale à Nantes

A l’applaudimètre, elle remporte déjà tous les suffrages. Elle l’avait dit dans la presse, mais celle qui aimerait représenter Europe Ecologie à la présidentielle de 2012 n’avait pas encore confronté son ambition aux militants. Eva Joly peut être rassurée. Jeudi, lors de la première journée du rassemblement écolo, les militants lui ont clairement montré qu’ils approuvaient.

En retour, elle s’est montrée sous son meilleur jour. Avec, en point d’orgue de la journée, la plénière consacrée le soir à la sortie de la crise démocratique lors de laquelle Nicolas Sarkozy en a pris pour son grade. Quand le nom de la franco-norvégienne a été prononcé par l’animatrice du débat, un tonnerre d’applaudissements a soulevé la salle, comme un adoubement. Des «Eva, Eva» ont fusé, ambiance meeting de campagne électorale, alors que la juge, habillée d’une courte robe foncée laissant apparaître des jambes fuselées n’avait pas encore ouvert la bouche.

Dénonciation tranquille mais implacable

Quand ces interlocuteurs ont tapé avec une massue sur le chef de l’Etat, à l’instar d’Edwy Plenel, le co-fondateur de Mediapart, la juge à la voix fluette a fait entendre sa propre musique. Qui tient plutôt de la méthode douce, de la dénonciation tranquille mais implacable. Aux phrases coup de poing, elle préfère imager.

Eva Joly raconte l’Islande, où «pendant trente ans la population s’est désintéressée de la politique», amenant le pays au bord du précipice économique, pour expliquer que «l’espace public» doit «être protégé et respecté». Elle raconte Nicolas Sarkozy «qui envoie des inspecteurs des impôts dans les camps de Roms» mais pas chez Liliane Bettencourt pour prouver «combien les riches sont protégés et les faibles vulnérables» et que «le pacte républicain» est brisé en France.

Animal politique

Et ça marche, à en juger par les applaudissements que ces saillies déclenchent dans une salle acquise à sa cause. Quand elle tance le peu de renouvellement de la classe politique française pour mieux se mettre en valeur - «moi je représente un rajeunissement de cadres, je n’ai que 18 mois d’expérience politique» - le petit millier de militants se gausse.

Maline, ce bout de femme de 66 ans a tenu à déminer toute polémique sur sa candidature, rappelant les grandes règles. «Candidate, ça ne peut se passer qu’après l’organisation des primaires de l’écologie. J’espère qu’il y aura beaucoup de candidats et que nous débattrons à ce moment-là.» De l’humilité, un appel au débat, tradition si chère chez les Verts, il n’en fallait pas plus pour déclencher une longue ovation finissant par une claque, entrecoupée de «bravos!». Un triomphe. «Et quand tu penses qu’elle n’a que 18 mois d’expérience...», lâche, admiratif, Noël Mamère à l’issu du meeting. Bluffé par l’animal politique qui venait de monter sur scène.

«Remettre la justice au centre»

Ça avait commencé en milieu de matinée, lors de l’atelier sur la «crise sociale et la crise morale», qu’elle animait notamment avec Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot. Déjà, les salves d’applaudissements étaient particulièrement nourries lors de chacune de ses interventions. Déjà, elle répétait son mantra: «il faut remettre la justice au centre» pour contrer «le sentiment d’abandon et de solitude» qui traverse la société française.

Et quand Daniel Cohn-Bendit et Jean-Vincent Placé, le n°2 des Verts, qui se vouent une haine cordiale, étalaient leurs divergences sur le parvis de la Fac de droit de Nantes, la franco-norvégienne ne quittait pas son sourire, (sur)jouant la complicité avec Cécile Duflot devant les caméras et s’éclipsant sans faire de déclarations tonitruantes.

«A côté d’Eva, Sarkozy fait vieux»

Le visage de la sérénité et de l’apaisement, en somme, qui sied à une présidentiable en puissance. Qui a reçu des compliments toute la journée. Entre deux piques à son rival, «Dany» expliquait à qui voulait l’entendre les deux «avantages extraordinaires» de l’ancienne juge d’instruction: «L’éthique est une composante structurante de sa personnalité et elle a la naïveté d’une jeune en politique», souriait-il.

Un peu plus tard, il soulignait: «A côté d’Eva, Sarkozy fait vieux», moquait-il. «Tous ces Verts qui ont les larmes aux yeux en pensant à Eva Joly. Au début quand je l’ai amenée, on me disait “tu es fou”», souligne-t-il. Pour José Bové, ce bout de femme «incarne aujourd’hui ce qu’est Europe Ecologie». Même Jean-Vincent Placé s’est rallié à l’idée. «Eva Joly est un atout», a-t-il déclaré au JDD.fr. Un ralliement de raison pour l’eurodéputé Yannick Jadot. «Les Verts ont lâché sur la présidentielle parce qu’ils ont vu que l’opinion et les militants étaient avec elle, c’est ça la réalité», a-t-il expliqué à 20minutes