Europe Ecologie, objectif couches populaires?

POLITIQUE L'électeur type est pour le moment très diplômé et plutôt francilien...

A Nantes, Maud Pierron
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Eva Joly, Cécile Duflot et Daniel Cohn-Bendit le 19 août 2010, à Nantes, pour les Journées d'été du mouvement écologiste.
Eva Joly, Cécile Duflot et Daniel Cohn-Bendit le 19 août 2010, à Nantes, pour les Journées d'été du mouvement écologiste. — AFP

De notre envoyée spéciale à Nantes

A quoi ressemble l’électeur type d’Europe Ecologie? Pas idiot comme question au moment où les têtes pensantes de la mouvance débattent avec plus ou moins de sérénité sur ce que doit être le futur mouvement unifié. De l’enquête présentée jeudi après-midi aux journées d’été du mouvement ressort que l’électeur d’EE a «des caractéristiques très différentes de l’électorat de gauche et n’est pas représentatif des Français», attaque Denis Pingaud, le vice-président d’OpinionWay, qui a réalisé l’enquête.

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Le portrait robot, c’est un francilien diplômé. Car oui, l’écolo est «très typé socialement et territorialement», «surreprésenté chez les CSP + et en Ile-de-France». D’après le sondeur, l’électorat se situe à 60% à gauche, mais un tiers «ni à gauche ni à droite». Des constats qui ne sont pas vraiment une surprise, mais qui disent la marge de progression potentielle du mouvement. Si Europe Ecologie veut faire 15% au premier tour à la présidentielle, «c’est 5 millions de voix, et ces voix, elles sont principalement concentrées dans les couches populaires, qui votent peu aux élections intermédiaires mais beaucoup à l’élection présidentielle», rappelle le sondeur.

Ces électeurs, cela intéressera certainement les figures de l’écologie, «s’intéressent très mollement» aux débats actuels sur la structuration du mouvement. «Une grande majorité répond: bof lorsqu’on les interroge et attend des sujets de fond». La salle applaudit. Daniel Cohn-Bendit, à la tribune, jubile. Il jubile encore plus quand il apparaît que sur le sujet des retraites, l’électeur type d’Europe Ecologie «dit oui à la retraite à 62 ans» si elle est accompagnée de tout un tas de mesures sociales. Et si, sur les questions «d’éthique, de non cumul des mandats, de lutte contre les paradis fiscaux» les électeurs d’EE sont proches des adhérents d’EE, il y a un «flottement sur les questions fiscales, et même parfois des positions proches de celles de Bayrou sur la dette», relève Denis Pingaud. Sourire de Daniel Cohn-Bendit.

«Comment pourrais-je défendre la retraite à 60 ans quand j’en ai 65?»

«C’est drôle quand des résultats d’enquête renforce les intuitions qu’on peut avoir», savoure à la tribune l’eurodéputé, invité à commenter les résultats. «Est-ce qu’on est réactionnaire parce qu’on est pour la retraite à 62 ans et révolutionnaire parce qu’on est pour la retraite à 60?», demande-t-il. «On ne va pas me dire que c’est un marqueur à gauche, c’est complètement débile», répond-il illico, continuant son duel verbal à distance avec Jean-Vincent Placé, le n°2 des Verts, pour qui la retraite à 60 ans est «un marqueur». Et le co-président du groupe Vert au Parlement européen d’expliquer qu’il est pour «la flexibilité» en la matière. Les gens doivent pouvoir «décider à quel moment ils vont partir à la retraite». La salle, certes clairsemée, applaudit franchement. Et Dany le vert d’ajouter en forme de boutade: «comment pourrais-je défendre la retraite à 60 ans quand j’en ai 65?»

Finalement, les enseignements de l’enquête, il les commentera très peu. Il préfère plaider sa cause. «Les gens qui nous ont rejoints» à Europe Ecologie ont été séduits par le «langage nouveau qui met au centre la transformation de la société, les gens ne nous rejoignent pas sur des idéologies passées». Nouvelle pique contre Jean-Vincent Placé, dont il a reconnu un peu plus tôt qu’il «n’aime pas sa manière de faire, de manipuler». «Plutôt que de dire, on a une ligne anticapitaliste, il faudrait répondre dans notre langage, dans notre projet aux questions de TOUTE la société», s’enflamme-t-il, faisant monter les décibels.

Les applaudissements fusent. Et même aux questions sur la sécurité, sur lesquelles on a très peu entendu les écolos récemment. «On ne veut pas parler de l’insécurité, on veut parler de l’insécurité sociale, on se fout de la gueule des gens». «Si on veut la classe populaire, il faut répondre à ça. La transformation écologique est une nécessité, mais le droit à la sécurité aussi», continue-t-il, toujours très suivi par l’assemblée. Si on fait «ce travail de fond», de répondre à toutes les questions, même celles qui ont été «longtemps incorrectes dans nos têtes, alors on arrivera à conquérir cet électorat populaire ni droite ni gauche». «Sécurité, fiscalité, politique étrangère, nous ne sommes ni entendus, ni attendus sur ces sujets, il faut travailler dessus», confirme l’eurodéputé Yannick Jadot.