Remaniement ministériel: Qui est dans le viseur?

Maud Pierron
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Nicolas Sarkozy répond en direct aux questions de David Pujadas sur France2, le 12 juillet 2010.
Nicolas Sarkozy répond en direct aux questions de David Pujadas sur France2, le 12 juillet 2010. — AFP PHOTO / FRANCE 2

Le gouvernement n’est même pas encore rentré de vacances que déjà, les rumeurs bruissent sur le remaniement à venir, annoncé pour fin octobre. 20minutes.fr fait le point.

Qui à Matignon?
Si François Fillon partait, Michèle Alliot-Marie tiendrait la corde pour le remplacer, selon divers médias dont Le Nouvel Observateur. L’actuelle ministre de la Justice deviendrait la deuxième femme de la Ve République à occuper Matignon. Elle a pour elle plusieurs atouts. «Michèle Alliot-Marie est populaire, c'est une femme - c'est bien face à Martine Aubry - elle a un créneau bien à droite, mais d'une droite classique, qui rassure», énumère un ministre. «Elle est capable de tenir les parlementaires», analyse le même, qui met en avant son «gaullisme». En bref, MAM, c’est un gage de sérieux, dans la droite lignée d’un François Fillon, en moins abîmée. «François Fillon est bien placé pour rester», avance toutefois un autre ministre. Et c’est vrai que pour le moment, beaucoup le voit rester en poste, arguant qu’il est trop tôt, à un an et demi de la présidentielle, pour monter un gouvernement resserré, de combat. Du coup, l’hypothèse Jean-Louis Borloo à Matignon, qui revient depuis des années, a du plomb dans l’aile. Le ministre de l'Ecologie est «trop imprévisible», résume un des cadres de l’UMP. Un proche du ministre souligne qu'il a «de l'appétit pour la fonction», mais ne rechignerait pas «à retourner dans le privé».

Qui est annoncé partant?
Annoncé débarqué par Le Figaro, Dominique Bussereau a pris les devants et déclaré qu’il était «plutôt dans l'idée de partir après le prochain remaniement». D’autres secrétaires d’Etat sont menacés, puisque l’ambition est de resserrer le gouvernement pour… resserrer les dépenses. Fadela Amara, au secrétariat d’Etat à la ville, a beaucoup déçu et ne devrait pas continuer sa mission. Même sanction pour Jean-Marie Bockel, le secrétaire d’Etat à la Justice, qui n’a jamais trouvé sa place auprès de MAM. Bien sûr, Eric Woerth est annoncé partant, puisqu’il aura accompli sa mission: faire passer la réforme des retraites. Patrick Devedjian, ministre de la Relance, voit lui sa mission se finir à la rentrée.

Marc-Philippe Daubresse, ministre à la Jeunesse et Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat au Commerce, pourraient disparaître du gouvernement: le ministère du premier pourrait être rattaché aux Sports comme par le passé et la secrétariat d'Etat de la seconde pourrait être rattaché au ministère de tutelle. Même sort pour Valérie Létard à l’Ecologie, Hervé Novelli au commerce et à l’artisanat et Nora Berra chargée des aînés. Bernard Kouchner pourrait quitter le Quai d’Orsay, où les diplomates n’ont pas de mots assez durs pour critiquer le socialiste. Alain Marleix pourrait également quitter le gouvernement puisque son travail au secrétariat d’Etat au Collectivités locales n’a pas été une franche réussite, en témoigne les critiques virulentes de l’opposition et même d’une partie de la majorité sur le dossier. En balance, on trouve également Rama Yade (Sports), qui n’en finit plus d’agacer l’Elysée. Mais, annoncée partante à chaque remaniement, elle s’est toujours maintenue.

Qui devrait rester?
Il y a d’abord Michèle Alliot-Marie et Jean-Louis Borloo, les deux potentiels successeurs de François Fillon. Chacun représente une frange de la droite (classique pour MAM, sociale et écolo pour Borloo) pas forcément captée par le chef de l’Etat. Il y a ensuite la garde rapprochée du Président, avec Brice Hortefeux, même s’il ne donne pas entièrement satisfaction à l’Intérieur, Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille, Christian Estrosi, ministre délégué à l’Industrie, et Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, de fidèles relais de la parole présidentielle. Le vrai porte-parole du gouvernement et ministre de l’Education, Luc Chatel, ne semble pas menacé puisqu’il a donné satisfaction. Tout comme Roselyne Bachelot à la Santé, Christine Lagarde à l’Economie, François Baroin qui a pris avec succès la suite d’Eric Woerth au Budget. Bruno Le Maire à l’Agriculture et Benoist Apparu, jeune et ambitieux secrétaire d’Etat au Logement, sont également bien notés.

Il y a ceux dont il est difficile de se séparer, les populaires, qui représentent un visage moderne de la droite, comme les deux jeunes secrétaires d’Etat Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko-Morizet. Et ceux dont on ne sait pas quoi faire, dont le départ sonnerait comme un désaveu, tel Eric Besson qui a trahi sa famille politique pour Nicolas Sarkozy ou Frédéric Mitterrand maintenu contre vent et marée par l’Elysée au plus fort d’une vilaine polémique. Et puis, qui pour le remplacer? Même si son passage à la Défense ne devrait pas rester dans les mémoires, Hervé Morin devrait être reconduit: le chef de l’Etat ne veut pas laisser dans la nature un potentiel adversaire pour 2012, à la parole libre car hors du gouvernement. Pareil pour Georges Tron à la Fonction publique, entré dans le dernier remaniement de mars sur le seul fait d’être un Villepiniste. Valérie Pécresse (Enseignement supérieur), Marie-Luce Penchard (Outre-mer), Henri de Raincourt (Parlement) et Laurent Wauquiez (Emploi) sont dans le ventre mou du classement. Ni menacés, ni pressentis pour être promus.

Qui pourrait rentrer?
Le départ de Bernard Kouchner du Quai d’Orsay pourrait ouvrir la porte au retour d’Alain Juppé, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Le tout neuf député David Douillet n’a pas fait mystère de ses ambitions: il veut le Sport, secrétariat ou ministère. Eric Ciotti, député proche de Christian Estrosi, est à la pointe sur les questions sécuritaires: il espère que cela servira de passeport à une entrée au gouvernement. Enfin, Frédéric Lefebvre est annoncé à chaque remaniement comme entrant. Il semble pourtant bien plus utile, avec sa «liberté de parole» à l’UMP.