Explications autour d'un sondage sur la sécurité qui fait jaser

DECRYPTAGE Pour les analystes, les résultats de l'enquête Ifop pour Le Figaro reflètent bien une réalité, mais ne doivent pas être pris pour argent comptant par le gouvernement...

Corentin Chauvel
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P.MERLE / AFP

Faut-il croire les sondages? Cette question récurrente a de nouveau été posée  ce vendredi après la publication de l’enquête Ifop pour Le Figaro montrant une  large adhésion des Français aux mesures gouvernementales pour lutter contre  l’insécurité. La droite s’en félicite, la gauche tente de le décrédibiliser. Les  politologues et sondeurs contactés par 20minutes.fr ne sont pas aussi tranchés.

Pourquoi un tel plébiscite?
Pour les sondeurs interrogés, ce sondage reflète tout simplement une réalité.  «Face à l’insécurité, les Français sont traditionnellement favorables à des  mesures plus sévères», explique Eric Bonnet, directeur d’études chez BVA  Opinion. «Toute proposition en ce sens est toujours bien accueillie»,  ajoute-t-il.

Il n’est pas donc étonnant d’en arriver à de tels résultats. «Les Français  ont une vision relativement manichéenne des choses: il faut punir les méchants  et les gentils doivent être protégés», analyse un autre sondeur. «Qui n’est pas  d’accord avec le fait de faire baisser la délinquance?», renchérit le  politologue Jean-Yves Camus. «Cela relativise beaucoup la portée de ce type de  sondage», ajoute-t-il

Le contexte actuel a-t-il joué un rôle?
Indéniablement car l’ampleur des réponses favorables surprend certains  sondeurs. «Il y a un effet de contexte très fort (événements de Grenoble,  Saint-Aignan, etc.). Face à cet emballement, les Français sont en attente de  solutions efficaces», a justifié ce vendredi sur France Inter Frédéric Michaud,  de l’Ifop, à l’origine du sondage. La dimension structurelle n’est pas oubliée.  «Il y a un sentiment depuis plusieurs années d’une société de plus en plus  violente, un sentiment d’insécurité qui augmente depuis 2007», a ajouté Frédéric  Michaud.

Les critiques sur la méthodologie du sondage sont-elles  justifiées?
Plusieurs éléments ont été montrés du doigt par  la gauche: l’échantillon (un millier de personnes, sous-représentation de  l’extrême-gauche), le moyen (par Internet et non par téléphone), l’intitulé  vague des questions, le type de réponses (favorables/pas favorables), la période  (plein été).

Pour un sondeur d’un institut concurrent, «on cherche des  broutilles qui ne vont pas changer grand-chose». «Ce sondage n’est pas  manipulatoire, et même s’il n’est pas très détaillé, avec forcément de  l’amalgame, si beaucoup de questions manquent à l’appel, c’est la réalité»,  appuie-t-il, réfutant un possible renversement des opinions avec l’utilisation  de moyens plus rigoureux.

Ce sondage peut-il conforter le gouvernement dans ses  choix?
«Le sondage doit être un outil de connaissance, pas de légitimation»,  rappelle un sondeur. «N’importe quel gouvernement pourrait trouver un consensus  large sur ces questions», insiste Jean-Yves Camus. Qui plus est, «la sécurité  est un thème qui profite toujours à la droite, plus crédible que la gauche sur  ces sujets», ajoute Eric Bonnet.

Les réactions à droite laissent penser que ce sondage va tout de même  conforter la stratégie du gouvernement. Mais celui-ci «s’engage sur une voie  dangereuse», prévient Jean-Yves Camus. «Moduler sa politique en fonction de ce  que veut l’opinion, c’est la négation même de l’action gouvernementale et le  contraire du courage en politique», précise le politologue qui appelle ainsi le  pouvoir à ne pas être «toujours tributaire des fluctuations de l’opinion».

Pour Eric Bonnet, l’intérêt pour Nicolas Sarkozy de déplacer le débat sur le  terrain de la sécurité est très clair. Pour autant, «la préoccupation majeure  des Français restent les difficultés économiques et sociales et même si le  gouvernement essaye d’inverser cette hiérarchie, on ne reviendra pas rapidement   à un scénario de 2002», explique le sondeur.

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