Michel Rocard sur la loi sur les mineurs délinquants: «On n'avait pas vu ça depuis les nazis»

POLITIQUE L'ancien Premier ministre tacle très sévèrement la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy...

C.C. avec AFP

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P.SAUTIER / SIPA

Les projets de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité n’échappent décidément pas aux superlatifs. L'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard dénonce avec virulence dans Marianne les dernières mesures annoncées par le chef de l’Etat, estimant notamment que le projet de condamner les parents d'enfants délinquants remonte à «Vichy» et aux «nazis».

«Quand on va chercher l'électorat au Front national, voilà sur quels scandales on débouche. La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n'avait pas vu ça depuis Vichy, on n'avait pas vu ça depuis les nazis», affirme-t-il. «Mettre la priorité sur la répression, c'est une politique de guerre civile», accuse encore Michel Rocard.

«Je dis qu'il le paiera et qu'il l'aura mérité»

L'ancien chef du gouvernement s'indigne aussi avec force contre la volonté de Nicolas Sarkozy de retirer la nationalité aux Français d'origine étrangère condamnés pour atteintes à la vie d'un policier ou d'un gendarme: «Je condamne la substance et le procédé (...) Je sais bien que le président recherche d'abord les effets d'annonce (...) Les intentions sont scandaleuses».

Cependant, Michel Rocard est persuadé que le Conseil d'Etat et le Conseil constitutionnel ne laisseront pas passer ce texte qui sera discuté à la rentrée à l'Assemblée nationale. «Je dis qu'il le paiera et qu'il l'aura mérité», dit l'ancien Premier ministre, «indigné» à propos du chef de l'Etat.

«La politique du tout répression favorise les tensions, accroît la délinquance»

Selon lui, «la répression, c'est l'échec de la prévention. Avoir supprimé la police de proximité, c'est dramatique. Et on le paie». «La politique du tout répression favorise les tensions, accroît la délinquance. Et pourquoi? Parce qu'on donne priorité à l'électoral. C'est exécrable, scandaleux», renchérit-il.

Cette montée de colère ne devrait toutefois pas empêcher Michel Rocard de poursuivre sa mission d’ambassadeur chargé des pôles, confiée en mars 2009 par Nicolas Sarkozy, après celle sur le grand emprunt.