Toutes les déclarations de guerre de Nicolas Sarkozy et Barack Obama

COMMUNICATION Les deux présidents aiment utiliser un langage belliqueux...

Corentin Chauvel et Maud Pierron

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Barack Obama et Nicolas Sarkozy au sommet sur la sécurité nucléaire, le 12 avril 2010
Barack Obama et Nicolas Sarkozy au sommet sur la sécurité nucléaire, le 12 avril 2010 — REUTERS/J.YOUNG

C’est un peu la marque de fabrique de Nicolas Sarkozy: des phrases chocs, un langage belliqueux, des déclarations de guerre, souvent accompagnées d’annonces de projet de loi sur les problèmes touchant les Français. Il n’y a donc rien d’étonnant à l’entendre déclarer «la guerre» à la délinquance mercredi. Pour Barack Obama, qui bénéficie de l’image d’un homme de paix, accréditée par son Prix Nobel reçu en 2009, c’est moins attendu. Pourtant, tous deux n’hésitent pas à user et abuser d’un langage guerrier lorsqu’ils discourent devant leurs concitoyens. La preuve par l’exemple.

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La délinquance, c’est le cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, éternel patron de la place Beauvau. 

Le 27 juin 2002: peu de temps après sa prise de fonction au ministère de l’Intérieur, devant un parterre de gradés:  «C'est vous qui ferez que nous allons gagner la guerre qui est la nôtre contre l'insécurité». «Nous devons et nous allons renverser la tendance. Nous devons et nous allons faire reculer la délinquance».

19 juin 2005: Au lendemain de la mort d’un enfant, à La Courneuve, cité des 4.000, Nicolas Sarkozy déclare: «Dès demain, on va nettoyer au Karcher la cité. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu'il faudra, mais ça sera nettoyé.»

25 octobre 2005: Sur la dalle d’Argenteuil, dans un contexte houleux, il lance à une habitante: «Vous en avez assez, hein? Vous en avez assez de cette bande de racaille? Eh bien, on va vous en débarrasser!».

8 février 2008: Lors de la présentation d'un plan pour les banlieues, à l'Elysée, il déclare : «Dès demain, c'est une guerre sans merci qui sera engagée à l'endroit des trafics et des trafiquants et j'en assumerai pleinement la responsabilité, les conditions de mise en oeuvre, le suivi des résultats».

18 mars 2009: A Gagny, après que des jeunes cagoulés se sont introduits dans un lycée de la ville, il déclare: «Notre pays doit enrayer le phénomène des bandes et de haine dirigés contre deux piliers de la République, l'école et la police». Et aussi: «Je n'abandonnerai aucune parcelle de notre pays à la logique des bandes, des caïds». Et enfin: «Vous avez le droit d'utiliser la force, la force républicaine ; ce ne sont pas les bandes qui vont triompher, mais la République.»

21 juillet 2010: Après les différentes violences à Saint-Aignan et Grenoble, il déclare en Conseil des ministres: «C'est une véritable guerre que nous allons livrer aux trafiquants et aux délinquants».

Mais il y a eu aussi le décrochage scolaire:
Le 29 septembre 2009: «Nous allons mener une guerre sans merci contre le décrochage scolaire», déclare-t-il lors de l’annonce d’un plan anti-décrocheurs.

Et les spéculateurs
Le 8 mai 2010:
Lors du sommet européen de Bruxelles, il assure: «Nous sommes décidés à combattre sans merci la spéculation en régulant les marchés financiers».  «Je ne peux pas rentrer dans le détail car je n'ai pas l'intention de dévoiler l'ensemble de notre plan afin que celui-ci soit le plus efficace possible», ajoute-t-il en bon général. «Nous ne pouvons pas laisser tomber l'euro, l'euro c'est l'Europe, et l'Europe c'est la paix (…) Désormais les spéculateurs doivent savoir qu'ils en seront pour leurs frais»

Les pirates de l’Internet en prennent aussi pour leur grade:

20 mai 2007: Juste après son élection, il fait lire ce message à la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes: La révolution numérique, «c'est une porte ouverte au piratage de masse. Je serai donc vigilant dans ce domaine. Il faut que chacun prenne sa part dans la lutte pour la protection des droits. Vous pourrez compter sur moi.»

23 novembre 2007: Il dit vouloir mettre en place un «internet civilisé» car pour l’instant, ce sont «des comportements moyenâgeux où, sous prétexte que c’est du numérique, chacun pourrait librement pratique le vol à l’étalage».

3 février 2009: «Le piratage détruit massivement la musique et le cinéma. Je ne laisserai pas piller les droits d'auteurs, parce que derrière les droits d'auteurs, derrière la protection de ces droits, il y a tout le processus de la création». «Je n'ai pas été élu pour laisser voler au supermarché»

Mais c’est aussi la guerre contre la fraude
22 septembre 2007:
«J'ai demandé au premier ministre d'engager une politique déterminée, qu'on n'a jamais vue en France, de lutte systématique contre la fraude», déclare-t-il.

Le président américain Barack Obama, qui semblait plus pacifiste que son prédécesseur, est en réalité un grand combattant. Depuis sa prise de fonction, début 2009, il a «déclaré la guerre» à plusieurs «adversaires» différents et inscrit dans le marbre, en mai dernier, cette rhétorique dans un texte définissant la nouvelle stratégie du gouvernement américain afin de garantir la sécurité nationale. Tout y passe, aussi bien le terrorisme que le réchauffement climatique, les crises économiques ou les inégalités. Pourtant, à chaque bataille, le succès a été loin d’être garanti.

29 mai 2009: C'est internet et la cyber-criminalité qui est dans le viseur. «Il est clair, désormais, que cette cyber-menace est l’un des problèmes les plus graves, qu’il s’agisse d’économie et de sécurité nationale, auxquels notre pays est confronté. Il est clair aussi que notre gouvernement et notre pays ne sont pas aussi bien préparés qu’ils le devraient»

11 octobre 2009: Anita Dunn, directrice de la communication de la Maison Blanche parle pour son patron et attaque la chaîne Fox frontalement: «Puisqu’ils ont déclenché une guerre contre Barack Obama et la Maison-Blanche, nous n’allons pas faire comme s’ils se comportaient de manière normale pour un grand média. (…) Nous allons les traiter comme nous traiterions un adversaire.»

2 janvier 2010: Avant son investiture, Barack Obama voulait de démarquer de George W. Bush le guerrier. Mais après un attentat manqué contre un avion de ligne américain, le président suit les traces de son prédécesseur en reprenant le crédo de «la guerre contre le terrorisme» : «Ce jour là (lors de son discours d’investiture, le 20 janvier 2009), j'ai été très clair en rappelant que notre nation était en guerre contre un réseau de haine et de violence de grande envergure et que nous prendrions toutes les mesures nécessaires pour le combattre et défendre notre pays tout en soutenant les valeurs qui ont toujours distingué l'Amérique parmi les nations».

15 juin 2010: Enfin, même les attaques de la nature ne sont pas laissées au hasard par le président américain. «A l’étranger, nos braves soldats se battent contre Al-Qaida, partout où il est présent. Et ce soir, je reviens d’un séjour dans le Golfe du Mexique pour vous parler de la bataille que nous menons contre une marée noire qui assaille nos côtes et nos compatriotes.»