Guerre à la délinquance de Sarkozy: «Plus les faits contredisent ce que vous dites, plus vous faites dans la surenchère»

ANALYSE Nicolas Sarkozy, et d'autres, abusent d’une rhétorique guerrière…

Propos recueillis par Maud Pierron avec Corentin Chauvel

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STEVENS FREDERIC/SIPA

Spécialiste de la communication politique et responsable de la licence de web journalisme à l’Université de Metz, Arnaud Mercier revient pour 20minutes.fr sur l’utilisation de la rhétorique guerrière dans les discours de politique

Les hommes politiques ont tendance à user et abuser de la rhétorique guerrière, pourquoi?
C’est un effet de surcompensation des politiques pour montrer qu’ils agissent sur le cours des choses, alors que dans les faits c’est beaucoup plus compliqué pour eux.  C’est aussi une compensation pour contrebalancer une image négative, pas conforme à ce qu’ils souhaitent: ils surjouent pour faire partir le balancier dans l’autre sens.

C’est un phénomène nouveau?
On note l’utilisation massive de ce langage depuis une dizaine d’années, depuis que pour différentes raisons, monte dans l’opinion le sentiment que les politiques sont impuissants.  Avec la mondialisation, où tout ne dépend plus du simple Etat, la libéralisation, qui a amené les classes politiques à se priver volontairement d’instruments de régulation, et un processus de décision politique plus complexe, tout n’est plus du ressort des élus. Cela pose des problèmes de gouvernabilité pour agir sur le cours de choses.  Il y a donc chez les élus une montée de l’affirmation radicale de la capacité à agir. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, cela se traduit par des déplacements, une médiatisation extrême de discours très forts: il faut se montrer pour être vu agissant sur le cours des choses et peu importe si on change vraiment les choses si on en donne le sentiment.

Nicolas Sarkozy déclare la guerre à tout va, aux délinquants, à l’échec scolaire, aux spéculateurs, au téléchargement illégal…
Il ne faut pas prendre la rhétorique guerrière, sauf dans les banlieues où il y a vraiment un côté cow-boy, comme une référence à la guerre sanguinolente. Derrière cette idée de guerre,  il y a l’idée du déploiement de toutes les énergies disponibles pour agir à la résolution d’un problème.  C’est synonyme de «mobilisation générale», de «mettre le paquet» sur tel sujet.  Dans le cas de Nicolas Sarkozy, qui «dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit», il y a l’idée de l’efficacité, d’où l’importance qu’il accorde aux statistiques. 

Quel est l’impact de cette stratégie?
Pour Nicolas Sarkozy, en 2007, l’impact a été net: c’est ainsi qu’il a réussi à siphonner une partie de l’électorat du FN. En ce moment, vu les sondages d’opinions, c’est beaucoup moins net.  Ensuite, cette rhétorique est à un moment confrontée à la réalité des faits. C’est le juge de paix.

N’y-a-t-il pas un effet pervers à abuser de cette rhétorique si justement les résultats ne sont pas là?
Evidemment, il peut y avoir un effet boomerang. Sarkozy est un peu dans la même situation que les socialistes en 1983 qui, ayant promis de «changer la vie» se retrouvent à prendre le tournant de la rigueur. La déception est à la hauteur des espoirs créés.  Avec cette rhétorique sur l’efficacité, «jugez-moi sur mes actes», ça amène à  une politique des chiffres et donc a des effets pervers, avec des garde à vue excessives, des flagrants délits excessifs…

Par exemple, ça fait plusieurs fois que Nicolas Sarkozy déclare la guerre aux délinquants...
C’est un des problèmes classiques de la communication politique: plus les faits contredisent ce que vous dites, plus vous faites dans la surenchère pour essayer de masquer la contradiction entre votre discours et la réalité. Sarkozy, en l’occurrence, dit qu’il ne fait que réaffirmer les principes. Mais Marine Le Pen, comme la gauche,  disent eux que ça prouve son échec sur le dossier de l’insécurité.