Démissions au gouvernement: Un gouvernement «HS», qui «se moque du monde»

REACTIONS C'est l'avis de Pierre Moscovici et Cécile Duflot…

M.P. avec AFP

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Cécile Duflot à la convention régionale d'Europe écologie à Arcueil, le 8 mai 2010.
Cécile Duflot à la convention régionale d'Europe écologie à Arcueil, le 8 mai 2010. — BISSON/JDD/SIPA

La droite assure lundi le service après-vente des démissions de Christian Blanc et Alain Joyandet, respectivement secrétaires d'Etat au Grand Paris et à la Coopération, lundi matin.

Pour Xavier Bertrand, désormais, «les choses sont revenues à l'endroit». Les comportements des deux secrétaires d’Etat «étaient incompris» et ne pouvait «pas être acceptés», a ajouté le secrétaire général de l’UMP. En revanche, il a exonéré Eric Woerth de toute culpabilité dans l'affaire Bettencourt. D’après lui, il était «la victime d'une machinerie politique, de A jusque Z» menée par les socialistes qui ont «compris que c'était leur façon à eux de pouvoir gêner la réforme des retraites».

Une «bonne décision» selon la droite

Pour Nadine Morano, la secrétaire d'Etat à la Famille, les démissions des deux hommes sont «tout à leur honneur», pour avoir «tiré les conclusions» des «maladresses» qui «mettaient en difficulté le travail du gouvernement». Et d’insister: «il s'agit là de maladresses, pas de malversations». Pour cette sarkozyste convaincue, «nous sommes dans la République irréprochable qu'est en train de construire le président de la République». Roselyne Bachelot, de son côté, a estimé que c’était une «bonne décision (…) en phase avec les aspirations des français et les incompréhensions qui s'étaient levées face à leur attitude». «Je salue avec beaucoup de respect mes collègues qui ont pris la responsabilité de démissionner», a-t-elle encore déclaré, en marge du Tour de France, à Bruxelles.

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a également dit comprendre les raisons de la démission d'Alain Joyandet, dont il va reprendre les attributions, en particulier dans le domaine des relations avec les pays africains. «Sous l'autorité du président de la République et du Premier ministre, je définirai et mettrai en oeuvre désormais directement l'action de la France en ces domaines»,  poursuit le ministre dans le communiqué. 

Un gouvernement «à bout de souffle, usé, dévalorisé»

Pour Dominique Paillé, les démissions des deux hommes font presque figure d’injustice. «Alain Joyandet, Christian Blanc faisaient l'objet de la vindicte populaire», a-t-il déclaré sur RTL, concédant tout de même que leurs comportements ont été «répréhensibles». Avec leur démission «les cas le plus criants ont été traités» et d'ici le «grand remaniement en octobre», il n'y a «aucune raison de continuer à voir partir ou faire partir des ministres qui sont au travail», a ajouté le porte-parole de l’UMP, donnant certainement un peu d’air aux autres ministres dans le viseur.

Evidemment, du côté de l’opposition, l’analyse est différente. Pour Pierre Moscovici, la démission des deux secrétaires d'Etat souligne «à quel point le gouvernement est maintenant HS», «à bout de souffle, usé, dévalorisé». «Nous avons besoin d'un gouvernement de crise et non pas d'un gouvernement en crise», a-t-il lancé sur France info.

Un «gouvernement en décomposition»

Ce lundi après-midi, le député du Doubs est revenu à la charge, fustigeant un «gouvernement en décomposition» qui «ne peut pas tenir». Evoquant le «climat» qui prévaut au sein du gouvernement, l'ancien ministre a affirmé: «Ils se débinent les uns les autres, ils se lâchent. On ne peut pas diriger un pays comme cela», faisant allusion aux propos de Nathalie Kosciusko-Morizet qui s'est démarquée de ses collègues démissionnaires.

«Ce sont deux fusibles pour essayer au moins de passer l'été», pour «protéger un gouvernement à bout de souffle et Eric Woerth bien sûr», a jugé Jean-Christophe Cambadélis, député socialiste de Paris, sur Radio Classique. Ces démissions «posent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent», tranche-t-il.

Morano «complètement à l’ouest»

L'objectif du Parti socialiste n'«est pas d'obtenir des têtes» mais un «changement en profondeur du système», a affirmé son porte-parole Benoît Hamon. «Nous souhaitons qu'on en finisse avec un système qui a organisé le mélange des genres entre ce qui relève de l'intérêt général -la mission publique- et ce qui relève des intérêts particuliers», a-t-il affirmé lors du point de presse hebdomadaire du parti.

Sur la même ligne, Ségolène Royal a estimé qu'après les «décisions» sanctionnant les «dérives individuelles de deux ministres», il faut maintenant «réformer de fond en comble» le «système Sarkozy», et notamment supprimer le bouclier fiscal.

La numéro un des Verts Cécile Duflot a dénoncé lundi «la déconnexion» de l'exécutif avec le pays, jugeant que plus que la démission de deux secrétaires d'Etat, c'est l'ensemble du gouvernement qui doit être «profondément remanié». «On ne peut pas être gouverné par des dirigeants dont on estime qu'ils sont tout le contraire d'irréprochables», a lancé la conseillère régionale d’Ile-de-France sur i-TELE. Rebondissant sur les propos de Nadine Morano, qu’elle juge «complètement à l’ouest» quand elle parle de «maladresses» à propos du comportement des deux démissionnaires, elle a taclé: «Dire qu'il s'agit de maladresse quand on parle de truander un permis de construire, c'est pas possible, c'est pas acceptable». «On a l'impression que le gouvernement se moque du monde», a lancé la chef de file des Verts à la région Ile-de-France.