Les démissions de Blanc et Joyandet, un «écran de fumée» pour «protéger le soldat Woerth»

POLEMIQUE C'est l'avis de la plupart des éditorialistes ce lundi matin...

M.P. avec AFP

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Alain Joyandet (à droite) et Christian Blanc (à gauche) ont démissionner du gouvernement le 4 juillet 2010 à la demande de Nicolas Sarkozy et François Fillon.
Alain Joyandet (à droite) et Christian Blanc (à gauche) ont démissionner du gouvernement le 4 juillet 2010 à la demande de Nicolas Sarkozy et François Fillon. — STEPHANE DE SAKUTIN / PATRICK KOVARIK / AFP PHOTO

Si l’Elysée souhaitait donner un peu d’air à Eric Woerth en «démissionnant» deux secrétaires d’Etat - Christian Blanc et Alain Joyandet - coupables d’avoir une utilisation un peu trop «large» des deniers publics, c’est raté. La plupart des journaux pointent la manœuvre. «La démission forcée des deux ministres accrédite surtout l'idée que le pouvoir cherche un exutoire pour essayer de protéger Éric Woerth. Or, sacrifier deux personnes pour essayer d'en sauver une troisième, plus gravement menacée, témoigne d'une grande panique au sommet», écrit par exemple Alain Joannès dans Le Télégramme. «Pour autant, peut-on y voir une forme de stratégie élyséenne destinée à protéger le soldat Woerth? Ces deux démissions, sorte d’écran de fumée sur l’opinion, pourraient calmer les vociférations de l’opposition», assure également Yann Marec dans le Midi Libre.

Pour autant, la ficelle semble un peu grosse aux éditorialistes et trahit une certaine panique de l’exécutif face à l’affaire Bettencourt qui éclabousse Eric Woerth, le ministre du Travail, en pleine réforme des retraites. «Les démissions de deux sous-ministres dans le collimateur témoignent d'une grande fébrilité de l'Élysée. Et s'il fallait parier sur les chances de succès d'une opération diversion Joyandet-Blanc, la cote serait très élevée», juge ainsi Dominique Garraud, de la Charente Libre. Même constat du côté de Jacques Camus, de la République du Centre: «En vérité, un vent de panique a gagné l'exécutif. (...) Sauf que Nicolas Sarkozy, débordé, n'en finit plus de courir derrière les événements».

«Les fusibles ont cramé»

Dès lors, les éditorialistes d’interrogent sur l’utilité d’avoir fait sauter deux fusibles quand le ministre dans la tourment reste en place. Michel Lepinay de Paris Normandie rappelle en effet que «le gros morceau, l’affaire qui nuit le plus à l’image du président, c’est celle qui concerne Eric Woerth». «Eric Woerth est certes préservé mais les fusibles ont cramé», constate Denis Daumin de La nouvelle République. «En faisant le ménage chez les ministres les moins défendables, l'exécutif espère éviter les amalgames avec Eric Woerth. Cela tiendra-t-il jusqu'en octobre?», se demande Jean-Michel Helvig dans la République des Pyrénées.

D’où une dernière interrogation: ces démissions suffiront-elles à calmer les Français? «Ces démissions interviennent au moment où un sondage révèle l'irritation, pour ne pas dire le dégoût, des Français devant les indélicatesses de certains des plus hauts dirigeants de l'Etat», insiste Patrock Fluckiger de L’Alsace. «Il faut craindre que deux démissions surprises ne suffisent pas à instaurer une éthique ministérielle moderne. Il faudra plus, en tout cas, que des bonnes paroles sur ‘l'Etat irréprochable’», tranche Laurent Joffrin dans Libération.