Le professeur Fillon refait la leçon sur les retraites

POLITIQUE Au lendemain de la journée de mobilisation, le Premier ministre a rappelé la nécéssité d'appliquer la réforme du gouvernement...

A Matignon, Vincent Vantighem

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Le Premier ministre François Fillon lors de son point d'étape sur la réforme des retraites le 24 juin 2010 à Matignon.
Le Premier ministre François Fillon lors de son point d'étape sur la réforme des retraites le 24 juin 2010 à Matignon. — AFP PHOTO/FRED DUFOUR

«Nous devons redoubler nos efforts d'explications.» Voilà donc pourquoi François Fillon a convoqué la presse, ce vendredi matin à l'hôtel de Matignon. Au lendemain des manifestations contre la réforme des retraites, le Premier ministre s'est mué en professeur chargé de rappeler la leçon à la veille d'un grand examen. Ce sera le 13 juillet pour la réforme des retraites, date à laquelle elle sera présentée en Conseil des ministres. Et d'ici là, le programme ne risque pas de changer. «Le gouvernement écoute l'avis de ceux qui ont manifesté, a lâché François Fillon. Mais il écoute aussi l'avis de ceux qui n'ont pas manifesté, hier.»

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Les «mensonges» de Martine Aubry

Le Premier ministre assure que ce «projet équilibré» ne sera pas remis en cause sur ses grands principes. «Il n'est pas question de revenir en arrière sur le relèvement de l'âge de départ à la retraite», a-t-il insisté. Rappelant que même à 62 ans, la France aurait l'un des âges de départ les plus «jeunes» de l'Europe et que le PS n'avait rien fait quand il était au pouvoir, le Premier ministre a fermé le ban au retrait du projet voulu par les syndicats. Pourtant, «des questions restent ouvertes», a-t-il assuré. Celle de la pénibilité du travail, celle des maladies professionnelles ou celle des polypensionnés. «La concertation va donc se poursuivre mais juste pour des ajustements.»

Toujours dans un souci de pédagogie, le Premier ministre a de nouveau rappelé les grands enjeux de cette réforme et dénoncé les «mensonges» de Martine Aubry. «Ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans ne partiront pas en retraite après 60 ans. Ceux qui ont commencé à travailler avant 18 ans ne partiront pas en retraite après 60 ans», a-t-il répété deux fois, histoire que le message passe bien.

Les ministres au régime forcé

Idem sur la lutte contre les déficits. Pour beaucoup d'observateurs, l'objectif de réduction du déficit public à 3% du PIB d'ici à 2013 semble hors de portée. Mais pas pour le gouvernement. «La crédibilité financière de la France est en jeu, a rappelé le Premier ministre d'une voix grave. C'est une part de sa souveraineté qui est en jeu.» Depuis deux semaines, il voit donc chaque ministre en entretien pour les mettre, un à un, au régime forcé. Toujours le rappel de la leçon: il n'y aura pas de hausse d'impôts mais bien un rabotage des niches fiscales. «On pense gagner cinq milliards, voire huit milliards et demi d'ici à 2011-2013 si la croissance n'est pas au rendez-vous.»

François Fillon a bien compris que les Français n'avaient pas apprécié l'attitude de certains ministres englués dans les affaires en pleine période de crise. «Nous avons fait beaucoup déjà, mais il y a des règles qui doivent encore être durcies.» Le patron du gouvernement annoncera la semaine prochaine avec le chef de l'Etat des mesures pour limiter le nombre de collaborateurs des ministres, les déplacements et de nouvelles règles sur les logements de fonction. Là aussi, rien de neuf sous le soleil qui filtrait par les fenêtres de Matignon, mais un juste rappel de la volonté du gouvernement. Et au cas où certains n'auraient pas encore compris: Il ne faut pas attendre de François FIllon «une faiblesse coupable» en la matière.