Nicolas Sarkozy inaugure une nouvelle usine et fait d'une pierre trois coups

POLITIQUE Sa visite dans le Béarn lui a permis de parler un peu politique industrielle, mais surtout de côtoyer François Bayrou et d'en remettre une couche sur la réforme des retraites...

Corentin Chauvel

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J.P. MULLER / AFP

Mais qu’est-donc allé faire Nicolas Sarkozy à Bordes (Pyrénées-Atlantiques)? Officiellement, le chef de l’Etat devait inaugurer ce mardi une nouvelle usine de la société Turbomeca, le premier constructeur au monde de turbines d'hélicoptères. Pourtant le thème de l’industrie n’a pas semblé être le cœur de cette visite, Nicolas Sarkozy plaçant notamment ses pions sur la réforme des retraites, à deux jours de la grande mobilisation syndicale de jeudi.

Mais en premier lieu, la coïncidence du lieu du site, en plein fief de François Bayrou, était bienvenue en plein rapprochement entre les deux hommes. Le chef de l’Etat a étrangement vanté, devant le président du MoDem, ce «visage d'une France qu'on aimerait voir plus souvent, une France rassemblée».

Un véritable «buzz Bayrou»

Joint par 20minutes.fr, Thierry Noblot, délégué général du Groupe des Fédérations Industrielles (GFI), croit en effet plus au «buzz Bayrou» qu’à une inauguration anodine, bien que le chef de l’Etat ait montré, depuis son élection «un appétit pour l’aéronautique». Jean-Luc Gaffard, directeur du Département de recherche sur l'Innovation et la Concurrence (DRIC) de l'Ofce, voit là aussi un début de «campagne électorale» pour Nicolas Sarkozy, même si, lui aussi, partage l’idée que le chef de l’Etat porte de vraies convictions dans le secteur de l’industrie.

Cette inauguration, c’est donc tout de même un moyen pour le chef de l’Etat de démontrer qu’il est toujours actif sur la politique industrielle française. «Nous sommes dans une situation économique très particulière, les circonstances obligent Nicolas Sarkozy à être mobilisé», explique à 20minutes.fr Philippe Crevel, économiste au «Cercle des Epargnants».

«Le gisement de croissance, c’est l’industrie»

En effet, l’industrie française est en fort recul depuis deux ans et a enregistré une perte de 200.000 emplois rien qu’en 2009. Pourtant, dans l’avenir proche, «le gisement de croissance, c’est l’industrie», indique Philippe Crevel. D’autant plus que l’aéronautique est l’un des derniers secteurs dans lesquels la France est encore leader et l’Etat est actionnaire à 30% de cette filiale du groupe Safran.

Cependant, Nicolas Sarkozy a encore eu la tête sur les épaules en distillant auprès des salariés de Turbomeca quelques bons mots sur sa réforme des retraites. Le chef de l’Etat a exprimé son intention, à deux jours du fameux 24 juin, d’être «très attentif» aux discussions entre le gouvernement et les syndicats, particulièrement sur la question de la pénibilité.

«Stratégiquement, c’est bien joué»

Pour Philippe Crevel, «stratégiquement, c’est bien joué». «Nicolas Sarkozy désamorce la manifestation du 24 juin et essaye d’avancer sur le sujet en montrant qu’il est ouvert à la négociation», précise l’économiste.

Du côté des syndicats, on n’est pas dupe. Cette visite est «un effet d’aubaine», répond Mohammed Oussedik, membre de la Commission exécutive de la CGT, qui parle encore de «provocation» et de «mascarade». Contacté par 20minutes.fr, il estime que la politique industrielle de Nicolas Sarkozy est «un échec total» et que se montrer ouvert aux négociations n’empêchera pas les manifestants d’être «très nombreux» dans la rue le 24 juin.