Appel du 18 juin: que reste-t-il aujourd'hui du gaullisme?

HISTOIRE Pour certains, il s’agit d'une figure permanente, pour d'autres, une statue poussiéreuse...

Corentin Chauvel

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Charles De Gaulle, en train de prononcer un discours à la radio, 1946
Charles De Gaulle, en train de prononcer un discours à la radio, 1946 — AFP

«Tout le monde a été, est ou sera gaulliste un jour.» Le général de Gaulle a souvent vu juste, mais 70 ans après l’appel du 18 juin, sa prophétie commence à avoir du plomb dans l’aile. Si l’esprit du gaullisme a encore des adeptes dans la classe politique actuelle, le temps passe et les Français ne sont plus vraiment sur cette longueur d’ondes. En effet, 45% d’entre eux jugent que le gaullisme «ne veut plus dire grand-chose» et 28% qu'il est «dépassé», soit un total de 73% de sceptiques, d’après un sondage paru dimanche dernier dans le Journal du Dimanche.

Un résultat qui n’étonne guère Corinne Maier, essayiste et auteure de «De Gaulle et le gaullisme - Une mythologie d’aujourd’hui» (Les essentiels Milan, 2003), contactée par 20minutes.fr: «Le Général est devenue une statue nationale, et comme toute statue, finalement assez poussiéreuse et encombrante!» Selon elle, ceux qui revendiquent son héritage aujourd’hui privilégient trop l’homme d’Etat à l’homme de guerre dans leurs programmes politiques.

«Un rebelle énervé qui ose dire non quand la réalité est moche»

Pour maintenir son influence qui finira bien par s’éroder, l’essayiste appelle ainsi à privilégier le côté «rock’n’roll» du Général: «Tant qu’à idolâtrer de Gaulle, autant s’intéresser plus au rebelle énervé qui ose dire non quand la réalité est moche.» Pour Corinne Maier, l’appel du 18 juin, «c’est un geste insensé, il y a un côté happening génial et une très grande portée esthétique».

Pourtant, la guerre est loin mais le recours à quelques principes du gaullisme d’Etat ne peut que perdurer. Ce gaullisme qui est «une vision globale du politique dont les composantes majeures sont la grandeur de la France, l'unité de la nation, la primauté de l'Etat, la souveraineté du peuple exprimé par le suffrage de tous les citoyens, un préjugé favorable pour la modernité, la nécessité du changement, et l'impératif de réforme», écrit René Rémond dans «Les droites aujourd’hui» (Audibert, 2005).

«La commémoration nostalgique d’une gloire passée»

Comment une telle vision peut-elle subsister dans une France en quête de repères identitaires et qui n’est plus vraiment une grande puissance? «On n’est pas loin du mythe cher aux historiens de l’âge d’or», juge François Audigier, historien spécialiste du général de Gaulle, joint par 20minutes.fr. «Le culte du gaullisme ressemble aujourd’hui à la commémoration nostalgique d’une gloire passée».

Malgré cette image «périmée», le Général reste toujours aussi vendeur dans les médias et en librairie. Un succès posthume qui fait écho à «un sens de l’équilibre assez français», ajoute François Audigier, et plus précisément cette «capacité à réunir et combiner les contraires: conservatisme et modernité, ordre et liberté, rigueur et justice, autorité et dialogue.»

«Personne n’est fidèle à tout l’héritage»

Alors qui pour prendre la relève aujourd’hui? «Personne n’est fidèle à tout l’héritage», estime François Audigier, «mais certains en sont plus proches que d’autres». Dominique de Villepin et son nouveau parti présenté samedi? Michèle Alliot-Marie et ses gaullistes du renouveau? Nicolas Sarkozy qui «multiplie les actes médiatiques indiquant la filiation»?

Tous s’en réclament et professent «des idées très gaullistes», reconnaît l’historien. En tant que chef d’Etat, Nicolas Sarkozy exerce le pouvoir avec une autorité tout à fait gaullienne, mais son côté «clinquant tranche avec l’austérité conservatrice et le haut niveau de morale publique qui habitait de Gaulle». L’historien reconnaît plutôt en Nicolas Dupont-Aignan la réincarnation la plus fidèle, mais ce n’est pas «électoralement très payant». Et le sociologue Jean-Pierre Le Goff, joint par 20minutes.fr, de conclure: «Aujourd’hui, le problème des élites est la capacité à projeter le pays dans l’avenir. De Gaulle l’avait, pas les politiques actuels».