Le PCF enterré? «Les pelles sont trop petites et le cadavre trop grand»

Maud Pierron

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Le 11 septembre 2009 à La Courneuve, au premier jour de la «Fête de l'Huma» du Parti communiste français.
Le 11 septembre 2009 à La Courneuve, au premier jour de la «Fête de l'Huma» du Parti communiste français. — AFP PHOTO BORIS HORVAT

Un 35e congrès pour quoi faire? Pour se trouver un nouveau chef, déjà. Du moins pour avaliser l’accession de Pierre Laurent au secrétariat national du Parti communiste français (PCF). Couvé depuis le dernier congrès de décembre 2008 par Marie-George Buffet, l’ancien directeur de la rédaction de L’Humanité devrait être élu sans problème par les délégués. Une seule candidature se dresse face à lui, celle de Jacky Hénin, l’eurodéputé communiste du Calaisis. Sauf retournement exceptionnel de situation, il n’a aucune chance d’être choisi. Pour lui, il s’agit surtout d’une candidature de témoignage, pour montrer son désaccord avec la ligne de la direction. Notamment sur l’alliance avec le Parti de gauche (PG) au sein du Front de gauche (FG).

Présenté comme un congrès d’étape par la direction, donc sans grands enjeux, ce grand raout doit pourtant marquer «une nouvelle étape» du Front de gauche comme le confie à 20minutes.fr Pierre Laurent, avec un programme partagé et un candidat commun pour 2012. Une stratégie sur laquelle il règne un «climat d'adhésion assez large» au PCF, assure Olivier Dartigolles, le porte-parole du parti. «Le Front de gauche est la seule stratégie gagnante», confirme à 20minutes.fr Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche en charge des relations avec les autres parti. Avec une délégation du PG, il se rendra au congrès: «C’est l’occasion de savoir ce qui se dit au coeur du parti, une photo un peu plus exacte du PCF». Il pourrait être déçu. Car le climat n’est pas si apaisé au sein de l’appareil communiste.

Le PCF «n’a pas peur de se faire manger»

Le départ début juin de 200 communistes unitaires, dont les députés Patrick Braouezec et François Asensi, a marqué les esprits. «Le congrès ne part pas bien», confie un membre de la direction, inquiet. Les démissionnaires contestent notamment le «tête à tête» entre les deux partis dans le Front de gauche, sans «dynamique populaire». D’autres pointent un autre écueil: la dissolution de l’identité du parti, surtout face à l’appétit politique de Jean-Luc Mélenchon, candidat auto-déclaré du Front pour la prochaine élection présidentielle. Une crainte renforcée par la personnalité réservée et peu médiatique de Pierre Laurent, qui n’apparaît pas de taille à lutter contre le tribun de l’Essonne. Pour parer ce scénario, plus de 700 communistes (sur 134.000 adhérents) de 60 fédérations ont signé un texte alternatif de la direction exigeant «une candidature du PCF».

Eric Coquerel a une façon bien à lui d’évacuer ce débat: «Marie-George Buffet jouit d’une grande notoriété, mais elle n’a pas fait un très bon score à la dernière présidentielle (1,97%). L’unique préoccupation ne peut pas être le nom du candidat. D’abord, il faut savoir quelle politique nous voulons mener», assure ce proche de Jean-Luc Mélenchon. Olivier Dartigolles, de son côté, nie tout «effacement» du parti auprès de 20minutes.fr: «On n’a pas peur de se faire "manger" par le Parti de gauche. Quand le PCF construit le rassemblement, il est au rendez-vous de son identité. On veut que des milliers de femmes et d’hommes se mobilisent pour porter une autre politique.»

Optimisme de chaque côté, évidemment, et un même but: sortir Sarkozy. Restent les moyens, sur lesquels les avis divergent. Le Parti de gauche ne cache pas qu’il veut créer un grand parti de la gauche radicale, sur le modèle allemand de Die Linke, qui engloberait le Parti communiste. «Je ne dirai pas que cela signerait l’arrêt de mort du PCF. Il signera plutôt la transformation et le renouvellement du PCF.» Une hypothèse hors propos pour Olivier Dartigolles, qui réaffirme la droite ligne du parti. «A chaque congrès, on essaye d’enterrer le PCF, mais systématiquement, les pelles sont trop petites et le cadavre trop grand.»