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INTERVIEWLFI va continuer « d’exprimer la colère » des Français, prévient Panot

Proposer une nouvelle loi immigration, c’est « libérer les pires paroles racistes et xénophobes », clame Mathilde Panot

INTERVIEWLa présidente du groupe de la France insoumise à l’Assemblée nationale détaille ses choix pour sa « niche parlementaire » de jeudi
La députée Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI), dans son bureau à l'Assemblée nationale, à Paris, le 27 novembre 2023.
La députée Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI), dans son bureau à l'Assemblée nationale, à Paris, le 27 novembre 2023. - O. Juszczak / 20 Minutes / 20 Minutes
Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel et Thibaut Le Gal

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel et Thibaut Le Gal

L'essentiel

  • Jeudi a lieu la journée de « niche parlementaire » de la France insoumise à l’Assemblée nationale.
  • Dans une interview accordée à « 20 Minutes », Mathilde Panot, la présidente du groupe, explique ses priorités : « la vie quotidienne des Français et des Françaises » et « la lutte contre les abus ».
  • Plus largement, elle juge l’extrême droite et le gouvernement responsables des tensions qui traversent actuellement le pays.

Jeudi, la France insoumise a la main sur l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. C’est la journée annuelle de « niche parlementaire » de LFI, comme chaque groupe en a une. Pour 20 Minutes, la présidente du groupe, Mathilde Panot, explique ses priorités pour cette journée : « la vie quotidienne des Français et des Françaises » et « la lutte contre les abus ». Dans un contexte particulièrement tendu par les événements politiques et internationaux de l’année 2023, et les derniers faits divers, la patronne des députés et députées insoumis assume sa stratégie jugée clivante.

Quelle est la philosophie de votre niche de jeudi ?

D’abord, parler de la vie quotidienne des Français et des Françaises confrontés à un gouvernement déconnecté. Nous proposerons deux textes d’urgence contre la vie chère, qui continue de faire des ravages : un sur l’indexation des salaires sur l’inflation, l’autre pour encadrer les marges de l’agroalimentaire et des raffineurs. On a aussi un texte sur l’obligation pour les services publics d’avoir un accueil physique, car la dématérialisation est un problème pour l’accès et l’égalité des citoyens.

Notre deuxième angle est la lutte contre les abus. Sur les marges, c’est la lutte contre les abus des grandes entreprises. Et contre certains policiers : ça, c’est le texte qu’on porte notamment sur l’abrogation de la loi Cazeneuve de 2017 et les refus d’obtempérer. Depuis le meurtre de Nahel, aucun acte politique n’a été pris pour que ce type de drame ne puisse plus se reproduire.

Avez-vous espoir de faire adopter quelque chose ?

Je pense qu’on va faire adopter la proposition de commission d’enquête sur la gestion par l’Etat des risques naturels majeurs dans les territoires dits d’outre-mer. Il y a des textes qu’on peut gagner, comme l’obligation d’un accueil physique pour les services publics. Sur les autres, on va voir comment chacun se positionne.

Vous avez retiré votre proposition de loi pour intégrer l’IVG dans la Constitution – que vous aviez fait voter en première lecture l’an dernier – pour laisser la priorité au projet de loi du gouvernement…

C’est la première victoire de notre niche, parce que Macron l’a fait contraint et forcé grâce à une foule de femmes et de militantes qui se battent sur cette question depuis des années. On a besoin de ce signal pour les femmes du pays, mais encore plus pour envoyer un signal au reste du monde. On pense aux femmes états-uniennes, aux femmes hongroises, aux femmes polonaises, et plus récemment aux femmes argentines qui, avec l’élection de Javier Milei, risquent de se voir de nouveau interdire ou quasi interdire le droit à l’avortement.

Cela veut-il dire que LFI fait confiance à Emmanuel Macron ?

On ne fait pas confiance, on fait pression. Il y a un rapport de force. On a tellement mis le pied dans la porte depuis maintenant plus d’un an sur cette question que je ne vois pas comment Emmanuel Macron va pouvoir reculer ou se dérober. J’ai dit qu’on donnait au président jusqu’à juin pour constitutionnaliser le droit à l’IVG et que, si ce n’était toujours pas fait, alors on se réserve le droit, en lien avec les associations, de relancer le processus parlementaire et de gagner le référendum, ce qui permettrait en même temps d’infliger une défaite électorale aux antidroits de ce pays.

Votre proposition d’abrogation de la réforme des retraites a été jugée irrecevable, comme celle du groupe Liot pour sa propre niche en juin. Le combat est-il perdu sur cette réforme ?

Le combat pour les retraites dure depuis le XIXᵉ siècle, donc on ne va certainement pas abandonner. Le plus grave dans toutes ces déclarations d’irrecevabilité, c’est que la présidente de l’Assemblée, sans que rien ne lui permette dans le règlement, a décrété qu’à partir de maintenant, toute proposition de loi qui aurait le même objet [la réforme des retraites] serait de fait jugée irrecevable ! Cela veut dire que sous Emmanuel Macron, il ne sera plus jamais possible de discuter, d’abroger une loi qui n’a même pas été votée. Quelle solution il nous reste ? Faire partir ce gouvernement. Par des motions de censure, des élections. Par tous les moyens démocratiques possibles pour changer de trajectoire politique.

La députée Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI), dans son bureau à l'Assemblée nationale, à Paris, le 27 novembre 2023.
La députée Mathilde Panot, présidente du groupe La France insoumise (LFI), dans son bureau à l'Assemblée nationale, à Paris, le 27 novembre 2023. - O. Juszczak / 20 Minutes

Vous avez parlé de « déni de démocratie » et insistez sur le nombre de 49.3 utilisés par Élisabeth Borne. Est-ce que, pour vous, il y a un problème de légitimité ?

C’est évident. Je ne sais pas dans quelle démocratie il est possible d’avoir une Première ministre qui ne demande pas la confiance du Parlement et pense qu’elle peut continuer de gouverner la France à coups de 49.3. Cette semaine, ça sera le 20e. Le président de la République a refusé quasiment tous les débats démocratiques à la dernière présidentielle. On a donc de grandes orientations qui n’ont été ni soldées ni tranchées. Malgré cela, vous avez un gouvernement qui décide de passer en force contre tout et tout le monde. La réforme des retraites est exemplaire à ce sujet. Plus vous continuez à faire une politique contre le peuple, plus vous avez besoin d’outils autoritaires.

Sur l’inflation, vous souhaitez encadrer les marges des raffineurs et de la grande distribution. Mais ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qu’une marge acceptable pour LFI ?

Nous sommes favorables à ce qu’il y ait une baisse de prix. Ça devient impossible pour tout le monde, avec des choix impossibles entre payer le loyer, à manger… Sur les prix, soit vous jouez sur le marché, vous incitez, c’est Bruno [Le Maire] demande, Bruno supplie… C’est le choix fait par le gouvernement. Le résultat ? Une augmentation des prix.

L’autre option, c’est d’intervenir. L’augmentation des prix, même le FMI le dit, est due à 50 % aux hausses des profits. Encadrer les marges permet donc de lutter contre la vie chère. Dans notre proposition, nous mettons en place des coefficients entre le prix d’achat minimum à l’agriculteur et le prix de vente final au consommateur, une manière de limiter les marges.

Vous défendez un moratoire sur les mégabassines, expliquant qu’on peut s’en passer en changeant de modèle agricole. Cette révolution est-elle possible alors qu’une majorité d’agriculteurs soutient le modèle actuel ?

D’abord, tous les paysans ne sont pas d’accord avec les mégabassines, à l’image de la Confédération paysanne, qui a pris fortement position contre. Il est vrai qu’on a accompagné les paysans vers un modèle d’agrobusiness, notamment par les aides de la PAC [politique agricole commune de l’UE], qui a favorisé les grandes exploitations. Mais quelle est la réalité ? De moins en moins de paysans, un agriculteur qui se suicide tous les deux jours, des gens écrasés par les dettes, une concurrence déloyale mise en place par les accords de libre-échange… Il faut les accompagner vers un autre modèle, l’agriculture paysanne et écologique, pour leur permettre de vivre dignement de leur travail. Nous proposons par exemple un effacement des dettes quand il y a des transitions vers l’agriculture paysanne et écologique.

Vingt personnes ont été interpellées après des rassemblements dans un quartier de Romans-sur-Isère, en réaction à la mort de Thomas. Diriez-vous, comme Olivier Faure, que « les fachos prennent confiance […] parce qu’ils sont encouragés par le vote du Sénat sur la loi immigration de Darmanin » ?

C’est évident qu’il y a des responsabilités politiques, dans le fait de donner une forme d’impunité à des gens qui se croient tout permis pour passer à l’acte. De la part de l’extrême droite et de ce qu’elle répand comme idées dans ce pays, avec une tentative de refaire une guerre civile, une guerre de religion. Mais quand je vois que M. Ciotti, par exemple, n’arrive même pas à condamner des expéditions punitives racistes, je trouve ça très inquiétant.

Par ailleurs, le gouvernement est aussi responsable par l’agenda politique qu’il impose. Il a décidé de mettre à l’ordre du jour une vingt-deuxième loi Immigration en trente ans, sans jamais évaluer les précédentes, et dont on sait qu’elle va libérer les pires paroles racistes et xénophobes.

Pour vous, Gérald Darmanin a-t-il une responsabilité dans les violences ?

Gérald Darmanin, c’est celui qui a sous-entendu que ce sont des musulmans qui avaient tagué les étoiles de David sur les murs, avant qu’on sache que c’était en fait des signes de soutien au gouvernement d’Israël. C’est aussi celui qui a dit « vous êtes trop molle » à Marine Le Pen [lors d’un débat sur l’immigration en 2021]. Donc il a lui aussi une responsabilité politique dans ce qui se passe. Être un rempart contre la haine, ça commence par ne pas pointer nos concitoyens de telle ou telle confession. La responsabilité des politiques est de proposer des débouchés collectifs aux tensions actuelles. C’est pourquoi nous appelons tout le peuple à une démonstration d’unité et de solidarité le samedi 2 décembre, pour la paix, la justice et un cessez-le-feu à Gaza.

Dans ce contexte de tensions, n’est-ce pas le moment d’adopter une stratégie moins clivante ?

Sur le fond, certainement pas. Il est important de montrer haut et fort qu’il existe une alternative politique dans le pays. Sur la forme, nous sommes dans un moment où la colère est tellement forte que si nous, représentants du peuple, ne pouvons pas exprimer cette colère, y compris avec des mots forts, c’est l’assurance que derrière, la colère s’exprimera par d’autres moyens. Beaucoup de gens viennent nous voir en nous disant « pour la première fois, je me sens représenté. Vous dites aux ministres ce que j’aurais aimé lui dire ». Ce n’est pas déshonorant, au contraire.

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