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REPORTAGE« On a incendié ma haie »… Des maires témoignent des violences du quotidien

Congrès des maires : « J’ai été menacé de mort »… Des élus témoignent des violences pendant leur mandat

REPORTAGEMenaces, insultes… « 20 Minutes » a interrogé des élus sur les violences subies au quotidien
Salon des maires, illustration.
Salon des maires, illustration.  - Jacques Witt/SIPA / SIPA
Thibaut Le Gal

Thibaut Le Gal

L'essentiel

  • Le 105e Congrès de l’Association des maires de France (AMF) s’est ouvert cette semaine à Paris. Son thème : « Communes attaquées, République menacée ».
  • Selon une enquête du Cevipof publiée dimanche, 69 % des élus interrogés déclarent avoir déjà été victimes d’incivilités, et 39 % ont déjà subi des injures et des insultes.
  • Dans ce climat de tension, des maires témoignent des violences qu’ils subissent pendant leur mandat.

Au Congrès des maires,

Un ciel morose plane sur la traditionnelle réunion de famille des élus, venus des quatre coins de la France. Dès l’entrée, le ton du 105e Congrès de l’Association des maires de France (AMF) est donné : « Communes attaquées, République menacée ». La thématique de cette année fait écho à la hausse des violences subies par les élus en 2023 (+15 %) , dont la spectaculaire attaque à la voiture-bélier du domicile du maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), début juillet.

Selon une enquête du Cevipof publiée dimanche, 69 % des maires interrogés déclarent avoir déjà été victimes d’incivilités, et 39 % ont déjà subi des injures et des insultes. 20 Minutes est parti à la rencontre de ces élus, porte de Versailles, à Paris, pour qu’ils témoignent de ces violences.

Jean-Claude Ducarre : « J’ai été menacé de mort »

« Je suis maire depuis 1995 et j’ai malheureusement vécu, à de trop nombreuses reprises, des violences de différentes natures. Des calomnies, des outrages… », souffle Jean-Claude Ducarre, maire de Melay, une petite commune de Saône-et-Loire. L’édile de 59 ans a déjà porté plainte « à quatre ou cinq reprises » pendant ses mandats. Son souvenir le plus marquant date d’il y a quelques années : « J’ai été menacé de mort de façon originale, si l’on peut dire… de la part d’un de mes concitoyens, avec lequel j’ai eu des soucis à plusieurs reprises et qui a fait l’objet d’hospitalisations psychiatriques pour des agressions ou des tentatives d’agression contre des tiers, et contre moi-même », assure l’élu.

« Il m’a menacé de mort par lettre recommandée avec accusé de réception, adressée au procureur de la République. Il y décrivait le mode opératoire avec lequel il allait me supprimer… à l’arme blanche, poursuit-il. J’étais stupéfait, inquiet, surtout pour mes proches ». Le prévenu, qui habite toujours la commune, a finalement été déclaré coupable et condamné à 800 euros d’amende. « La violence fait partie de notre quotidien, de plus en plus. J’ai l’impression qu’être maire est devenu une circonstance aggravante. Les gens sont encore plus agressifs avec les représentants de l’autorité. »

Maryline Caravati : « On a incendié la haie autour de chez moi »

« On reçoit de nombreux mots d’oiseaux ». Maryline Caravati, 59 ans, est maire de Saint-Germain, commune de 1.400 têtes en Haute-Saône. « On a l’habitude de recevoir des insultes par emails et des menaces détournées par le biais des réseaux sociaux, ''la maire ne fait rien !'', ''la maire est complètement inefficace'' », soupire-t-elle. Certains commentaires sont de nature sexiste. « J’aurais du mal à répéter certaines insultes. Mais je suis une femme divorcée, donc on m’envoie des choses qui tournent autour de ça, des choses personnelles… Parfois pour une simple route barrée, ou des travaux. L’exaspération des gens se reporte sur nous ».

En juillet dernier, dans le contexte des émeutes, elle est réveillée en pleine nuit par un voisin. « On avait incendié la haie autour de chez moi, je n’avais rien entendu. Il était 2 heures du matin et je dors à 5 mètres de la haie, c’était vraiment très proche, donc dangereux », dit-elle. Acte ciblé ou malveillance d’un pyromane ? « Il y avait eu d’autres incendies de foin les jours précédents, je m’étais déplacée en tant qu’élue. La gendarmerie et le sous-préfet ont pensé que l’incendie chez moi était ciblé… J’ai eu pas mal de stress, pendant huit jours, je n’étais pas bien. J’avais peur que ça recommence chez moi ou chez quelqu’un d’autre », assure-t-elle, précisant qu’elle avait porté plainte contre X.

Benoit Vuillemin : « Le maire est la première cible »

A l’été 2020, dès son début de mandat, Benoit Vuillemin prend un arrêté afin de lutter contre les incivilités dans sa ville de Saône, dans le Doubs. « J’avais décidé d’interdire les regroupements de plus de 5 personnes la nuit pour lutter contre les rodéos urbains. Après quoi, des jeunes sont venus nous invectiver dans la rue après un conseil municipal. C’était des insultes et des menaces. J’ai décidé de porter plainte », lâche l’élu. « Mon père était maire des années avant moi ici, et il me semble que la fonction était bien plus respectée. Aujourd’hui, le poste ne l’est plus. Le maire est la première cible, on est un peu responsable de tout, à portée de baffes », soupire-t-il. Il bloque désormais ses détracteurs sur les réseaux sociaux.

Xavier Normand : « Je me suis fait traiter de pédé »

« J’ai été victime, avec mon adjoint, d’outrage et de violences verbales ». Xavier Normand, 55 ans et maire de Villers-Sir-Simon depuis quatre mandats, a été contraint de porter plainte contre l’un des 150 habitants de ce petit village du Pas-de-Calais. « On a eu des soucis avec un agriculteur, qui a deux beaucerons qui se baladent dans le village. Ça posait des problèmes de sécurité pour les enfants qui vont à l’école notamment ». A la suite d’une énième discussion avec le propriétaire des chiens, l’élu a reçu des insultes. « Il s’est rendu au domicile de mon adjoint pour gueuler. Moi, il m’a appelé pour m’insulter, et par message téléphonique. Je me suis fait traiter de pédé, et d’autres insultes homophobes, c’était assez violent ». Lui et son adjoint ont tenu à déposer plainte. « Il a eu quelques jours de travaux d’intérêt général et une formation civique. Ce n’est pas grand-chose ».

Face à ces violences, certains maires renoncent à leur mandat. Selon l’enquête du Cevipof, près de 1.300 maires ont démissionné depuis 2020, soit 450 par an, et 30 % de plus que lors du mandat précédent.

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