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LIGNE DE CRETESur la guerre Hamas-Israël, Macron face au défi du « en même temps »

Guerre Hamas-Israël : Emmanuel Macron, ou le défi du « en même temps » diplomatique

LIGNE DE CRETELe chef de l’Etat français, qui organise ce jeudi une « conférence humanitaire » sur Gaza, entend défendre une position « équilibrée » depuis le début du conflit, entre soutien à Israël, condamnation du Hamas et respect du droit humanitaire
Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron. - Jacques Witt/SIPA / SIPA
Thibaut Le Gal

Thibaut Le Gal

L'essentiel

  • Emmanuel Macron organise ce jeudi à l’Elysée une « conférence humanitaire » sur la situation à Gaza avec plusieurs responsables d’Etats étrangers.
  • Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, le président de la République entend défendre une position « équilibrée » entre soutien à Israël, condamnation du Hamas et respect du droit humanitaire à Gaza.
  • Mais la position diplomatique française est vivement critiquée par l’opposition de gauche et peine à obtenir des résultats tangibles depuis un mois.

Elle a été ajoutée à l’agenda à la dernière minute. Mais la « conférence humanitaire » sur le conflit Hamas-Israël sera bien au menu du Forum de Paris sur la paix, organisé chaque année depuis 2018 par Emmanuel Macron. Cet événement aux objectifs un peu flous réunira ce jeudi matin, à l’Elysée, plusieurs responsables d’Etats étrangers.

« Il y a une urgence humanitaire à Gaza, la vocation du président est de réunir toutes les bonnes volontés afin d’avoir des résultats concrets », assure-t-on au palais présidentiel. « Il faut travailler sur trois piliers en même temps », poursuit l’Elysée : « le droit d’Israël à se défendre et à s’attaquer à cette menace terroriste à Gaza, mais aussi avancer sur les aspects humanitaires, et politiques ».

« C’est un point de vue équilibré »

Comme depuis le début du conflit, le 7 octobre, Emmanuel Macron tente de tenir une position d’équilibre entre soutien à l’Etat hébreu et protection des populations civiles à Gaza. Une ligne de crête que le chef de l’Etat français a notamment souhaité défendre lors de son déplacement au Proche-Orient, il y a deux semaines. Face au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, le président de la République a présenté les « condoléances » d’un « pays ami », rappelant que la France partageait le « deuil » des massacres, [le bilan du 7 octobre s’élève aujourd’hui à 40 Français morts et 8 autres disparus]. Il a aussi défendu une lutte contre le Hamas « sans merci, mais pas sans règles ».

Dans la foulée, il évoquait en Cisjordanie, face au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, que rien ne saurait « justifier » les « souffrances » des civils à Gaza, tout en condamnant une fois encore les attaques « terroristes » du Hamas. L’Autorité palestinienne sera d’ailleurs représentée jeudi à Paris par son Premier ministre. Et si aucun membre du gouvernement israélien ne fera le déplacement, l’Elysée prend soin de préciser que la conférence a été organisée et se tiendra « en toute transparence avec Israël », dans cette volonté d’entretenir au maximum le fameux « en même temps » macronien.

« Ce n’est pas du "en même temps", c’est un point de vue équilibré, réplique Anne Genetet, députée Renaissance des Français de l’étranger. Le président a le courage de dire qu’Israël a le droit de se défendre. Mais qu’il faut le faire selon le droit international, tout en se montrant critique de la colonisation », assure-t-elle. « La France reste fondamentalement fidèle à sa ligne historique : celle d’une solution à deux Etats, qui avait ces derniers temps du plomb dans l’aile », ajoute la secrétaire de la Commission de la défense nationale et des forces armées.

« Le président a tenu une ligne équilibrée, d’ailleurs bien plus équilibrée que celle portée par notre groupe », s’agace une élue macroniste, qui regrette le « soutien inconditionnel » à Israël exprimé par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, ou le chef des députés Renaissance, Sylvain Maillard.

« La position d’Emmanuel Macron est inaudible »

Reste que cette position – voulue « équilibrée », donc – n’est pas du goût de toutes les oppositions, notamment à gauche. Côté PS, le patron Olivier Faure reprochait ainsi le 22 octobre au président de ne « pas avoir tenu » une « ligne de neutralité » face au siège de Gaza. « La question n’est pas celle de l’équilibre mais de la cohérence. La position d’Emmanuel Macron, avec ce logiciel de guerre au terrorisme et d’absence totale de condamnation d’Israël, est inaudible et en rupture avec la position traditionnelle française », abonde le député insoumis Arnaud Le Gall. « On a vu la limite de la diplomatie du mégaphone avec des annonces tonitruantes sans tenir compte des conséquences, comme lorsqu’il a fait sa proposition de coalition internationale », ajoute le membre de la Commission des Affaires étrangères.

Lors de son déplacement en Israël, le chef de l’Etat avait en effet proposé que la coalition contre l’Etat islamique en Syrie et en Irak puisse combattre « aussi » le Hamas. Une proposition sortie du chapeau, nuancée par la présidence dans la foulée, qui n’a pas vraiment convaincu les pays arabes membres de cette coalition et plutôt brouillé les visites diplomatiques du président français. Ses adversaires lui reprochent également de ne pas appeler à un « cessez-le-feu » : « La trêve humanitaire n’est pas à la hauteur, alors qu’Israël bombarde massivement Gaza depuis un mois. Elle ne résout pas le problème de droit ni celle des otages », ajoute Arnaud Le Gall.

Sur ce sujet, l’Elysée préfère botter en touche : « cette question sémantique est importante, mais le président souhaite avancer concrètement avec des résultats tangibles. Force est de constater qu’il n’y a même pas de trêve humanitaire aujourd’hui », dit-on, ajoutant que la question sera discutée ce jeudi. Sur cette ligne de crête, le président français n’a pas directement condamné les bombardements israéliens, mais répété que « la lutte contre le terrorisme [ne pouvait pas être] l’attaque indiscriminée contre les populations civiles ».

« Le problème n’est pas le positionnement, mais la capacité d’entraînement »

Pour le docteur en géopolitique Frédéric Encel, le débat devrait plutôt porter sur la perte d’influence de la France. « Emmanuel Macron n’invente rien, il est dans la continuité du positionnement français : droit à la sécurité d’Israël et solution à deux Etats, avance le spécialiste de la région. Le problème n’est pas le positionnement, mais la capacité d’entraînement. Le message aurait été plus audible si la France était plus puissante et si l’UE avait suivi de manière plus notable cette position. La France joue sur un plateau qui n’est plus le sien. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant de voir que son message est d’abord humanitaire. Lorsqu’on est une puissance globale moins forte, la dimension politico-stratégique s’affaiblit », ajoute le maître de conférences à Sciences Po Paris, auteur des Voies de la puissance (Odile Jacob).

« On peut s’interroger sur le poids réel de la France aujourd’hui », reconnaît Anne Genetet. « Elle n’est plus un acteur majeur, mais sa voix continue de porter. L’envoi du navire-hôpital français à Gaza [également critiqué] est une belle initiative, la conférence humanitaire également. Il faut continuer de semer des graines qui pourraient, un jour, germer ». La présidence espère bien avoir, dès ce jeudi, quelques avancées à annoncer.

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