Carburant, pouvoir d’achat, crise migratoire, Niger… ce qu’il faut retenir de l’interview d’Emmanuel Macron

RECAP Le président a répondu aux questions d’Anne-Claire Coudray et Laurent Delahousse dimanche dans les journaux de 20 heures de France 2 et TF1

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron a répondu aux questions d'Anne-Claire Coudray et Laurent Delahousse dans les journaux de 20 heures de France 2 et TF1, à l’Elysée le 24 septembre 2023.
Emmanuel Macron a répondu aux questions d'Anne-Claire Coudray et Laurent Delahousse dans les journaux de 20 heures de France 2 et TF1, à l’Elysée le 24 septembre 2023. — Jacques Witt
  • Emmanuel Macron a fait le tour de nombreux sujets dimanche dans les journaux de 20 heures de TF1 et France 2. Il a pour cela répondu aux questions d’Anne-Claire Coudray et de Laurent Delahousse en direct de l’Elysée.
  • Le président a annoncé que l’autorisation de vente à perte des carburants, attendue dans un texte mercredi en Conseil des ministres, n’y « sera pas » finalement. Elisabeth Borne va par contre demander à la filière « de faire à prix coûtant ».
  • Sur la planification écologique, le chef de l’Etat a indiqué vouloir que la France sorte du charbon d’ici à 2027 en convertissant ses deux dernières centrales. Il a par contre rejeté l’idée d’interdire les chaudières à gaz.
  • Il est également revenu sur les crises au Niger et Haut-Karabakh. Il a notamment acté le départ de l’ambassadeur français à Niamey.

Pouvoir d’achat, prix des carburants, multiples crises internationales… Emmanuel Macron a fait le point sur de nombreux sujets dimanche dans les journaux de 20 heures de TF1 et France 2. Répondant aux questions d’Anne-Claire Coudray et de Laurent Delahousse, en direct de l’Elysée, le chef de l’Etat s’est exprimé après une semaine marquée par les venues en France du roi Charles III et du pape François. 20 Minutes vous résume l’essentiel de cette prise de parole, qui intervient également en amont de la présentation de la planification écologique et de celle du budget.

Prix des carburants

Face à la levée de boucliers de la grande distribution, le chef de l’Etat a effectué un rétropédalage en règle sur les carburants. L’autorisation de vente à perte, attendue dans un texte ce mercredi en Conseil des ministres, n’y « sera pas » finalement. « On la garde comme menace », a expliqué le président. En revanche, la Première ministre Elisabeth Borne va demander cette semaine à la filière « de faire à prix coûtant », a-t-il expliqué.

Tout en réaffirmant la sortie du « quoi qu’il en coûte », il a aussi invité le gouvernement à remettre en place une indemnité carburant pouvant atteindre « 100 euros par voiture et par an », semblable à celle du début de l’année. Si les contours sont encore à définir, elle sera « limitée aux travailleurs » qui « ont besoin de rouler » et n’ira pas au-delà de la moitié des Français qui gagnent le moins.

Inflation sur les produits alimentaires

Sur le front des prix alimentaires, Emmanuel Macron a de nouveau sorti la carte de la pression qu’il entend exercer sur les « 60 plus gros industriels de l’agroalimentaire » pour parvenir à « un accord sur la modération des marges ». « On a des grands groupes qui ont fait flamber les prix de certaines de leurs marques », a-t-il déploré, promettant des contrôles.

Du « bricolage », a dénoncé en retour le député RN Sébastien Chenu sur BFM. Le patron de LR Eric Ciotti a pour sa part estimé qu’Emmanuel Macron n’avait « pas pris la mesure des difficultés que subissent les Français au quotidien dans la baisse du pouvoir d’achat ». « La France a faim. Mais Macron préfère supplier les industriels », a de son côté raillé la cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot, appelant de nouveau le chef de l’Etat à « bloquer les prix par simple décret ».

Planification écologique

Sous pression pour lutter davantage contre l’inflation, Emmanuel Macron a voulu lier ce sujet avec celui de la planification écologique. Alors qu’il doit présenter ce lundi cette planification prévue par son gouvernement pour tenir les objectifs de la France sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, il a martelé que dans la défense du pouvoir d’achat « l’écologie est la réponse ».

Pour ne pas laisser les zones rurales « sans solution », le président a toutefois assuré que le gouvernement n’interdirait pas les chaudières à gaz, tout en promettant d’accompagner le déploiement de « pompes à chaleur ». « On va produire en France ces pompes à chaleur, on va tripler la production », a-t-il déclaré, sans plus de détails.

« On réindustrialise par l’écologie », a-t-il encore assuré, citant aussi le cas des véhicules électriques, que la France pourra produire sur son sol (« au moins un million » d’ici la fin du quinquennat, selon lui). « Ce qui est très important pour nos Français est qu’on est attaché à la bagnole, on aime la bagnole, et moi je l’adore ».

Emmanuel Macron a aussi dit, très clairement, vouloir que la France sorte du charbon d’ici à 2027. « D’ici à 2027, que va-t-on faire ? On a encore deux centrales à charbon, Cordemais (ouest) et Saint-Avold (est), on va complètement les convertir à la biomasse », a-t-il expliqué, à propos de la « première mesure très concrète de cette planification ». Greenpeace a déploré dimanche soir un « recul », rappelant que pour son premier quinquennat le chef de l’Etat avait d’abord promis de sortir la France du charbon en 2022.

Crise migratoire

Le chef de l’Etat a également été interrogé sur le discours du pape François qui, à Marseille, s’est montré dur à l’égard de la classe politique sur le sort des migrants qui meurent en tentant de traverser la Méditerranée. « Le pape a raison d’appeler à ce sursaut contre l’indifférence », mais « nous Français, nous faisons notre part », a répondu Emmanuel Macron. « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde », a-t-il ajouté, paraphrasant l’ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard.

Le locataire de l’Elysée a aussi redit vouloir des solutions européennes, notamment pour aider l’Italie face à l’afflux de migrants sur l’île de Lampedusa. Une main tendue que la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a immédiatement dit accueillir avec beaucoup d’intérêt.

Il n’a cependant pas précisé comment il entendait, sur le plan intérieur, faire adopter la future loi immigration qui ne réunit toujours pas de majorité parlementaire, évoquant seulement son souhait d’un « compromis intelligent », en particulier sur le sujet controversé des régularisations de sans papiers pour les métiers en tension.

Niger

Emmanuel Macron a également dû revenir sur la crise au Niger. Après avoir affiché une fermeté inébranlable, le président a fini par reculer sur ce dossier : l’ambassadeur de France rentrera « dans les prochaines heures » et les troupes françaises basées sur place d’ici « la fin de l’année ». Les militaires au pouvoir à Niamey ont célébré dimanche soir « une nouvelle étape vers la souveraineté du Niger ».

Ce retrait des 1.500 militaires français basés au Niger, qui était avant le coup d’Etat du 26 juillet l’un des derniers alliés de Paris au Sahel, intervient après ceux du Mali et du Burkina Faso, où la France a déjà été poussée vers la sortie par des juntes hostiles. « Nous mettons fin à notre coopération militaire avec les autorités de fait du Niger, car elles ne veulent plus lutter contre le terrorisme », a expliqué le président. « Nous nous concerterons avec les putschistes parce que nous voulons que ça se fasse dans le calme », a-t-il précisé. « Je suis très inquiet pour cette région », a poursuivi Emmanuel Macron. « La France, parfois seule, a pris toutes ses responsabilités et je suis fier de nos militaires. Mais nous ne sommes pas responsables de la vie politique de ces pays et on en tire toutes les conséquences ».

Haut-Karabakh

Enfin, interrogé sur la crise au Haut-Karabakh, le chef de l’Etat, qui a tenté par le passé de jouer le médiateur sur ce conflit, s’est dit « très vigilant à l’intégrité territoriale de l’Arménie », soulignant que l’Azerbaïdjan « menace » la frontière commune. « On a aujourd’hui une Russie qui est complice de l’Azerbaïdjan, une Turquie qui a toujours été en soutien de ces manœuvres et un pouvoir qui est désinhibé et qui menace la frontière de l’Arménie », a-t-il alerté.