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com'Pourquoi les politiques sont-ils fans de rando ?

Entre déconnexion et communication… Pourquoi les politiques sont-ils fans de randonnée ?

com'De Laurent Wauquiez à Bruno Le Maire, la randonnée a la cote auprès des politiques. Vraie passion ou opération de communication ?
Laurent Wauquiez, Élisabeth Borne, Bruno Le Maire en randonnée. (Ceci est bien un photomontage).
Laurent Wauquiez, Élisabeth Borne, Bruno Le Maire en randonnée. (Ceci est bien un photomontage). - TLG/20Minutes / 20Minutes
Thibaut Le Gal

Thibaut Le Gal

L'essentiel

  • Plusieurs responsables politiques ont mis en scène leur randonnée cet été, de Bruno Le Maire dans les Alpes à Laurent Wauquiez sur les chemins de Compostelle.
  • De François Mitterrand à Élisabeth Borne, la randonnée accompagne les responsables politiques depuis de longues années.
  • Goût de l’effort, construction de son récit personnel… La marche est devenue un classique de la communication politique.

«Le début était difficile mais le corps s’habitue à l’effort et un rythme nouveau s’installe, plus lent, davantage tourné vers la contemplation ». Laurent Wauquiez se découvre poète sur la route des pèlerins. Le patron Les Républicains de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui arpente cet été les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, n’est pas le seul politique à opter pour la marche cet été. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, s’est notamment mis en scène sur les pentes de Chamonix, dans les Alpes, la semaine dernière sur Instagram. La randonnée accompagne les responsables politiques depuis de longues années, de François Mitterrand à Jean-Pierre Raffarin, de François Fillon à Élisabeth Borne… Mais pourquoi les politiques sont-ils tous accros à la rando ?

La randonnée, une passion française

Ne souhaitant pas déranger Laurent Wauquiez pendant son périple spirituel, on a plutôt interrogé des députés, adeptes des longues marches. « C’est une activité simple et facile, que tout le monde peut faire. Il y a le côté physique, le dépassement de soi, mais ça fait aussi du bien à l’esprit. Au bout de 3-4 jours, on entre dans un état second, qui permet de se vider la tête. On vit au rythme de la marche, de manière plus lente et apaisée… », philosophe Éric Pauget, député LR des Alpes-Maritimes. « On déconnecte totalement, ça aide à revenir des vacances en pleine forme pour affronter la vie politique tumultueuse qui vient… », ajoute cet amoureux des pentes de Haute-Savoie.

Aurélien Lopez-Liguori, député Rassemblement national, apprécie particulièrement le chemin de Stevenson, dans les Cévennes. « J’aime me retrouver seul avec moi-même, pendant une semaine ou deux dans la forêt avec mon sac à dos et mon hamac », assure l’élu de l’Hérault. « Quand on fait de la politique, on est souvent dans des coins urbanisés. La randonnée, c’est dépaysant, on est loin des rues et du bruit du quotidien ».

Déconnexion, osmose avec la nature, introspection… Des vertus recherchées depuis des lustres par les fondus de grimpette. « Tout le monde a eu besoin de respirer, de nature, de souffler… Les politiques sont comme tous les Français », s’amuse Séverine Ikkawi, directrice des relations extérieures de la Fédération française de randonnée. La rando est d’ailleurs devenue un véritable sport national, avec 27 millions de pratiquants, selon une étude menée en 2021*. La marche illustre donc les vacances de Monsieur Tout-le-Monde pour les élus en quête de proximité. Une pratique peu coûteuse et écologique, dans l’air du temps, loin des polémiques autour du Jet-ski ou du barbecue. « Mettre un pied devant l’autre, ça aide aussi à réfléchir. Porter son regard vers l’horizon, ça met de l’ordre dans la tête, nos chers politiques ont sûrement besoin de ça », ajoute Séverine Ikkawi. On peut rappeler qu’Aristote, Nietzsche ou Einstein aimaient marcher pour nourrir leurs pensées.

Des pèlerinages pleins de sous-entendus

Mais en politique, la réalité est souvent plus prosaïque. Le marcheur n’hésite pas à faire écho de ses pérégrinations sur les réseaux sociaux ou à convoquer les caméras. François Mitterrand, le premier, construit son récit politique en instituant une sorte de pèlerinage médiatique en Saône-et-Loire. Chaque dimanche de Pentecôte, le président de la République grimpe la roche de Solutré, symbole de la Résistance, accompagné de ses proches… et de nombreux journalistes, dans l’attente d’un bon mot.

Le président Francois Mitterrand en pelerinage a Solutré. - 05/1985
Le président Francois Mitterrand en pelerinage a Solutré. - 05/1985 - REBOURS/SIPA

D’autres tenteront de reproduire le rituel, comme Arnaud Montebourg et son ascension du mont Beuvray dans le massif du Morvan, ou Laurent Wauquiez sur les pentes du mont Mézenc, entre la Haute-Loire et l’Ardèche. « La marche en montagne est intéressante pour les politiques. Elle symbolise la prise de recul, la réflexion. Elle permet de se positionner dans un autre rapport au temps, loin de l’immédiateté du microcosme politique », analyse Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof. « La marche ou l’ascension peuvent être une vraie ressource de communication pour forger sa propre mythologie, cultiver son enracinement sur un territoire. Mais pour fonctionner, il faut que ça corresponde au personnage », nuance-t-il.

En 2013, Jean Lassalle entame une longue marche de 6.000 km, bérêt sur la tête, à la rencontre « des Français qui souffrent ». Un tour de France qui renforce son image atypique de député-berger. À l’été 2016, François Fillon s’attaque à la Rhune en bras de chemise, bâton en main, dans le mystique brouillard du Pays basque. L’image est idéale pour discourir sur « l’effort », thème majeur de sa campagne pour la primaire de la droite et la future présidentielle. « Le sommet d’une montagne, c’est comme le bonheur. On ne l’atteint pas sans effort. Les candidats qui disent vouloir redresser la France sans rigueur ni travail se trompent ou mentent », dit-il à l’arrivée du sommet pyrénéen.

François Fillon, en campagne pour la primaire Les Républicains, en randonnée dans les Pyrénées.
François Fillon, en campagne pour la primaire Les Républicains, en randonnée dans les Pyrénées. - Nicolas Mollo / AFP

L’ascension porte diverses charges symboliques : culte de l’effort, rite initiatique, marque d’enracinement, hommage écologique, acte de rédemption… Un éventail de possibilités qui l’a élevée en classique de la communication politique. « L’homme qui marche, qui avance, le temps long, l’humilité par rapport à la nature… C’est un marronnier politique », raille David Cormand, eurodéputé EELV, ex-amateur de randonnées. « La randonnée est en fait un condensé de valeurs qui sont précisément… en contradiction avec l’hypocrisie de la communication ».

*Selon une étude nationale menée en décembre 2021 par Union sport et cycle pour le compte de la FFRandonnée, 56 % des Français, soit 27 millions de personnes âgées de plus de 18 ans, ont déclaré pratiquer la randonnée pédestre et la marche loisir (balade) au cours des douze derniers mois.

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