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criseDu RN à LFI, quel impact les émeutes ont-elles pour les partis ?

Emeutes après la mort de Nahel : De la Nupes au RN, quel impact pour les partis politiques ?

criseLa mort du jeune Nahel à Nanterre, la semaine dernière, après un tir policier, a déclenché une vague de violences partout en France et obligé les partis politiques à se positionner
Jean-Luc Mélenchon dans son bureau au siège du parti La France insoumise (LFI), à Paris, le 1er juin 2023.
Jean-Luc Mélenchon dans son bureau au siège du parti La France insoumise (LFI), à Paris, le 1er juin 2023. - Olivier Juszczak / 20 Minutes / 20 Minutes
Thibaut Le Gal

T.L.G.

L'essentiel

  • Elisabeth Borne recevait ce lundi les représentants de l’ensemble des groupes politiques au Parlement, après six nuits de violences qui ont suivi la mort du jeune Nahel, le 27 juin à Nanterre.
  • Cette séquence a été l'occasion de nombreux affrontements et de tensions entre les différents camps.
  • Quel impact cette crise a-t-elle pour les partis politiques ? On fait le point avec Benjamin Morel, docteur en Sciences politiques de l’ENS Paris-Saclay et maître de conférences à Paris-Panthéon-Assas.

Réunion de crise à Matignon. Elisabeth Borne recevait ce lundi soir les représentants de l’ensemble des groupes politiques au Parlement. Après six nuits de violences qui ont suivi la mort du jeune Nahel, tué par un tir policier le 27 juin à Nanterre, les responsables de gauche et droite se retrouvent autour de la Première ministre. Une rencontre qui fait suite à de sévères joutes entre les différents camps depuis la semaine dernière. Quel impact ces événements ont-ils sur chacun des partis ?

On fait le point avec Benjamin Morel, docteur en Sciences politiques de l’ENS Paris-Saclay et maître de conférences à Paris-Panthéon-Assas.

Emmanuel Macron et la majorité

Dès la diffusion de la vidéo du policier tirant sur Nahel, le gouvernement s’est retrouvé sous le feu des critiques de la gauche, lui demandant une réforme de la police. Et notamment l’abrogation de l’article 435.1 du code de la sécurité intérieure, qui porte sur la légitime défense des policiers. Avec les premières nuits d’émeutes, la droite et le Rassemblement national ont également mis sous pression l’exécutif. Emmanuel Macron et son gouvernement ont alors écarté l’idée de mettre en place l’état d’urgence, réclamée notamment par Les Républicains, préférant accentuer le nombre de policiers et gendarmes dans les villes sous tensions. « L’ordre » est « en train d’être rétabli », a assuré ce lundi le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, après une nuit sans incident majeur.

L’avis de Benjamin Morel : « Dans ce genre de crise, l’électorat cherche une forme d’incarnation et attend des réponses fortes. Paradoxalement, c’est une position confortable pour Emmanuel Macron et la majorité, qui peuvent incarner l’unité. Cette personnalisation de l’action face à la crise peut servir le président, ou Gérald Darmanin. L’exécutif a d'ailleurs été efficace dans cette communication de crise, en tentant de déclencher des effets drapeaux. Mais sur le fond, les leviers pour ramener au calme ne sont pas évidents, et le prix politique pourrait être très élevé si de tels événements survenaient pendant le Mondial de rugby ou les Jeux olympiques à Paris, par exemple ».

Jean-Luc Mélenchon et la Nupes

« On ne peut pas donner le sentiment d’encourager et d’accepter les violences ». Les émeutes urbaines ont mis en lumière ces derniers jours les divergences au sein de la Nupes, où le patron du PS, Olivier Faure, a fait savoir, comme Fabien Roussel (PCF), son « profond désaccord » avec Jean-Luc Mélenchon. Depuis le début des violences, les insoumis sont vertement critiqués par la droite, le RN et le gouvernement, pour ne pas avoir voulu condamner les violences, du moins dans un premier temps, se contentant d’appeler « à la justice ».

Mais ces dernières heures, LFI semble avoir fait évoluer son propos. A l’image de Jean-Luc Mélenchon, qui a exprimé dimanche son « désaveu absolu » après l’attaque à la voiture-bélier de la maison du maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne). Un changement de pied trop tardif ?

L’avis de Benjamin Morel : « Dans un premier temps, LFI a considéré de manière tranchée que les émeutes étaient surtout le signe d’un malaise profond des quartiers. Cette stratégie est apparue ambiguë et inaudible face à la nature exceptionnelle des débordements, qui ont été mal évalués par les insoumis. Cette position entre en télescopage avec d’autres séquences problématiques, comme la déclaration ''la police tue'' de Mélenchon, et suscite des tensions au sein même de la Nupes. Elle était difficilement tenable, ce qui a poussé LFI à rétropédaler. »

Eric Ciotti et Les Républicains

La droite s’est montrée très offensive au lendemain des premières émeutes dans les villes de France. « En aucun cas la République ne peut se soumettre. Je demande le déclenchement sans délai de l’état d’urgence partout où des incidents ont éclaté », a réclamé Eric Ciotti jeudi dernier. Mais le patron des Républicains a d’avantage fustigé l’attitude des insoumis plutôt que l’action du gouvernement : Jean-Luc Mélenchon est un « factieux » et « un danger pour la République », qui « n’est plus dans l’arc républicain », a-t-il estimé. La droite a toutefois demandé des réponses judiciaires musclées, comme le patron des députés LR, Olivier Marleix, qui souhaite « la suppression des allocations familiales pour les parents d’enfants délinquants ».

L’avis de Benjamin Morel : « La priorité de LR, qui a du mal à exister dans l’espace médiatique, est se démarquer de la majorité. Car Emmanuel Macron gouverne au centre-droit, et sur les questions économiques, il n’y a pas un grand écart. Dans cette séquence, la droite en a profité pour mettre en avant ses solutions sur le régalien face à celles du gouvernement, jugées trop « molles », et pour jouer la crédibilité face au RN. C’est une position compliquée, car la droite est prise dans un étau ».



Marine Le Pen et le RN

Une fois encore, Marine Le Pen s’est montrée plutôt discrète face aux événements. Jusqu’à jeudi dernier, le Rassemblement national préférait d'ailleurs botter en touche sur l'état d'urgence, demandé par Eric Zemmour et la droite. Vendredi, après une nouvelle nuit d’émeutes, la présidente du groupe RN a préféré appeler à des « couvre-feux sectoriels » et, en cas d’aggravation de la situation seulement, à « l’état d’urgence ». Elle a aussi appelé Emmanuel Macron à recevoir les partis représentés à l’Assemblée « pour évoquer la situation grave du pays » et les initiatives envisageables. Selon un sondage de l’Ifop pour le Figaro, Marine Le Pen serait la personnalité politique la moins affaiblie par la séquence, avec 39 % des Français se disant satisfaits par son attitude, devant Emmanuel Macron (33 %), loin devant Eric Ciotti (24 %) et Jean-Luc Mélenchon (20 %).

L’avis de Benjamin Morel : « En ne racontant pas grand-chose, comme il l’a fait sur les retraites et depuis le début de la mandature, le RN maintient une stratégie qui semble payante dans l’opinion. Plutôt que la dédiabolisation, le RN vise la crédibilisation, en maintenant une position qui se veut respectable, par stratégie de contraste. En contraste avec le gouvernement, qui serait mauvais gestionnaire. En contraste avec LFI, jugée déraisonnable. Et en contraste avec LR, dont les propositions apparaissent parfois plus extrêmes, ce qui trouble encore plus le jeu politique ».

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