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STRATEGIELa France insoumise prise au piège de sa propre obstruction

Réforme des retraites : La France insoumise prise au piège de sa propre obstruction

STRATEGIELFI se retrouve sous la pression de ses alliés, des syndicats et bien sûr du gouvernement pour accélérer les débats à l’Assemblée
La présidente du groupe LFI, Mathilde Panot.
La présidente du groupe LFI, Mathilde Panot.  - Ludovic MARIN / AFP / AFP
Rachel Garrat-Valcarcel

Rachel Garrat-Valcarcel

L'essentiel

  • Après plusieurs incidents de séance créés par des tweets et prises de paroles controversées de députés LFI, le parti est sous pression.
  • Sa stratégie parlementaire est mise en doute par ses alliés mais aussi les syndicats.
  • Le gouvernement aussi, bien sûr, cherche à mettre sur la défensive la gauche, et pas sans succès.

Rebelote. Après une après-midi de vendredi catastrophique pour le débat parlementaire sur les retraites - les discussions ont plus porté sur les sanctions visant le député France insoumise (LFI), Thomas Portes, après son tweet controversé que sur le projet de réforme - l’après-midi de lundi a connu de nouveaux incidents. Un autre député LFI, Aurélien Saintoul, a accusé Olivier Dussopt, le ministre du Travail, d’être « un imposteur et un assassin ». Suspension de séance, remontage de bretelles et finalement excuses du député des Hauts-de-Seine.

Si, comme le clame souvent la gauche, elle a peut-être gagné la bataille de l’opinion sur la réforme des retraites - largement rejetée dans les sondages - elle est en passe de perdre la bataille de l’image dans l’hémicycle. « Ils sont en train de faire voter la réforme des retraites, s’énerve un collaborateur socialiste. Non, mais franchement dans le contexte… Les retours de "circo" de ce week-end sont terribles ! » C’est peu de dire que la pression s’est particulièrement intensifiée sur la stratégie et l’attitude de la France insoumise à l’Assemblée nationale, notamment de la part de ses alliés.



Changement de donne

Les socialistes plaident pour aller à l’article 7, les écologistes sont plus partagés mais sont plutôt pour accélérer aussi. Lundi soir, la gauche a d’ailleurs donné un signal en retirant 1.000 amendements sur l’article 2. Même les syndicats s’y sont mis. A commencer par Laurent Berger (CFDT) qui juge que l’obstruction « est une connerie ». Il pousse pour une accélération des débats comme son homologue de la CGT Philippe Martinez : « Je m’imagine mal des députés m’annoncer qu’ils auraient bien aimé voter contre, mais, comme l’ordre du jour n’a pas pu avoir lieu, ils n’ont pas pu se prononcer. »

Chez LFI, on nie toute pression, « c’est un élément de langage macroniste, ça », cingle une députée. La direction reste convaincue du bien-fondé de sa stratégie de « mise en danger permanente » de la majorité, dixit un des chefs du parti. « On reste les maîtres du temps, notre rôle, c’est d’empêcher l’adoption de cette réforme, explique Paul Vannier, député du Val-d’Oise. Pour moi on a le beau rôle. Dans la manif de samedi, on est venu me dire merci, tenez bon ! On ne me demande pas d’accélérer pour arriver à l’article 7. Même si on le fera peut-être, mais c’est nous qui maîtrisons le tempo. »

Bluff

Les amendements peuvent, en effet, être facilement retirés, presque d’un clic, à un moment où il leur semble opportun d’accélérer le débat. « Mais si on veut se garder cette possibilité-là, il faut garder un effet de surprise, détaille une tête pensante insoumise. Evidemment qu’on ne va pas dévoiler notre jeu en avance. » Ça, c’est pour la forme. Sur le fond Paul Vannier s’interroge sur l’intérêt d’un vote sur l’article 7, qu’il voit comme un potentiel motif de découragement pour la mobilisation dans la rue. « Ne comptez pas sur nous pour donner aux macronistes les arguments qui leur permettront de dire que la réforme a été validée par un vote », ajoute le député d’Argenteuil.

Un point de vue qui ne fait plus totalement l’unanimité chez les insoumis. Raquel Garrido par exemple, considère qu’il serait normal d’aller jusqu’au vote de l’article 7 « pour savoir qui vote quoi » et mettre les soutiens de la réforme devant leurs responsabilités. « Les syndicats ne nous visent pas nous, ils savent qu’il n’y a pas un député de la Nupes qui va voter la réforme », ajoute la députée de Seine-Saint-Denis. Elle rejette néanmoins le terme d’obstruction et assume le fond de la stratégie : « On est dans un contexte institutionnel où le gouvernement peut décider de nous écraser. Alors on garde la maîtrise de ce qu’on peut maîtriser : notre droit d’amendement ».

Arroseur arrosé

Ce lundi, les députés et députées de gauche ont pris la parole sur le fond avec une nouvelle stratégie : tous les intervenants ont demandé à Olivier Dussopt combien de personnes seraient vraiment concernées par les 1.200 euros de retraite minimum, alors que le gouvernement s’est embourbé sur le sujet depuis plusieurs jours. Sans l’intervention outrageuse d’Aurélien Saintoul, c’est probablement cette image qui serait ressortie de la journée. Et cela résume peut-être la position difficile des insoumis : alors qu’ils cherchaient par tous les moyens à faire craquer les macronistes en les maintenant sous pression, dans l’espoir d’une petite phrase qui viendrait faire grossir les cortèges, c’est l’inverse qui est en train de se passer.

Élisabeth Borne a demandé lundi soir le retrait des amendements « d’obstruction » et la fin « des invectives ». Une demande qui fait enrager la Nupes et surtout LFI : eux, reprochent au gouvernement de contraindre les débats dans le temps en utilisant l’article 47.1 de la constitution qui limite à 50 jours les discussions parlementaires ou en refusant l’ouverture des séances le week-end. D’autant que vendredi, la majorité n’a eu de cesse de multiplier les rappels aux règlements et les suspensions de séance avant une pause de quatre heures pour la sanction de Thomas Porte. « Ce sont eux qui nous font perdre du temps de débat, accuse Benjamin Lucas. Tout dépend de leur attitude. » Les insoumis ont peut-être trouvé meilleur obstructeur qu’eux : les macronistes.

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