Inflation, retraites, 49.3… Ce qu’il faut retenir de l’intervention d’Emmanuel Macron sur France 2

recap Après une première partie consacrée aux questions de politique étrangère, il y a deux semaines, Emmanuel Macron s’exprimait de nouveau, sur France 2 dans « L’Evénement », cette fois sur les sujets intérieurs

P.B avec AFP
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Le président Emmanuel Macron face à la journaliste Caroline Roux, lors de l'émission « L’Evenement » sur France 2.
Le président Emmanuel Macron face à la journaliste Caroline Roux, lors de l'émission « L’Evenement » sur France 2. — Ludovic MARIN / AFP
  • Deux semaines après sa première intervention consacrée aux questions de politique étrangère, Emmanuel Macron était de nouveau l’invité de « L’Evénement » sur France 2.
  • Le président s’est cette fois exprimé sur les « urgences françaises », à savoir les sujets de politique intérieure.
  • Salaire indexé sur l’inflation, électricité, retraites, déserts médicaux, 49.3… Le chef de l’Etat est revenu sur plusieurs préoccupations des Français.

Emmanuel Macron en démonstration, épisode 2. Ce mercredi soir, le président de la République était l’invité de l’émission « L’Evénement » sur France 2, deux semaines après une première intervention consacrée aux enjeux internationaux.

Attendu sur les sujets intérieurs, dits d'« urgences françaises », le président Emmanuel Macron s’est de nouveau livré à un exercice de pédagogie, graphiques à l’appui, face aux nombreuses questions des Français, de la défense de leur pouvoir d’achat à la réforme des retraites sur laquelle l’exécutif a choisi de temporiser, sans renoncer. Voici ce qu’il faut retenir de son intervention.

Inflation : « Protéger » les plus faibles mais pas d’indexion des salaires

Emmanuel Macron a insisté sur les mesures de protection mises en place dès la fin 2021 pour encadrer la hausse des prix de l’énergie qui ont permis à la France de mieux amortir le choc de l’inflation que ses voisins, avec 6 % contre 10 % par ailleurs. « C’est dur mais on doit tenir », a-t-il martelé, alors que les prix du gaz et de l’électricité doivent augmenter de 15 % au début de 2023. « C’est beaucoup mais (sans bouclier) ça devrait être plus de 100 % », a-t-il insisté.

A partir de janvier, les aides seront « ciblées » sur ceux qui en ont le plus besoin, a-t-il déroulé. L’exécutif va aussi « garantir un prix raisonnable » de l’électricité aux collectivités locales et aux petites et moyennes entreprises, par des modalités qui seront dévoilées vendredi. En outre, « pour les entreprises de taille intermédiaire et les grands groupes, nous allons mettre en place un guichet d’aide avec, dès les prochaines semaines, des acomptes », a-t-il ajouté.

Le chef de l’Etat a en revanche exclu une indexation  des salaires sur les prix réclamée par certains syndicats, renouvelant ses appels à une « répartition plus juste » des profits dans les entreprises, par le dialogue social.

Retraites : Macron « ouvert » à un report de l’âge de départ à 64 ans en cas d’allongement de la durée de cotisation




Alors que l’exécutif poursuit ses négociations sur les réformes de retraites, Emmanuel Macron s’est déclaré « ouvert » à un report de l’âge légal de départ à 64 ans, et non 65 ans comme il s’y était engagé lors de la campagne présidentielle, en cas d’allongement de la durée de cotisation. « Si certains (partenaires sociaux) sont prêts à s’engager et à dire : ''Nous, on ne veut pas aller jusqu’à 65 ans, mais en contrepartie, si vous faites ce geste, on est prêts à travailler un peu plus de trimestres'', (..) moi je suis ouvert », a-t-il lancé.

49.3 : Macron dénonce « l’alliance des extrêmes » et flirte avec LR

Avec la motion de censure de la Nupes également votée lundi par le RN, mais non adoptée par l’Assemblée, « ils n’ont pas de majorité, mais ils ont surtout prouvé qu’ils étaient prêts, socialistes, communistes, écologistes, LFI, à se mettre main dans la main avec le Rassemblement national », a accusé le chef de l’Etat, dénonçant « le cynisme et le désordre » et « l’alliance des extrêmes ».

Il a ensuite dit souhaiter « une alliance » avec les députés LR et ceux du groupe centriste Liot pour l’adoption de textes à l’Assemblée, estimant que ceux-ci avaient « envoyé un message clair » en ne votant pas les motions de censure déposées sur les budgets.

Faut-il une coalition, comme l’a récemment prôné Nicolas Sarkozy ? « Ça a été recherché par la Première ministre au début du quinquennat, il n’y a pas eu de souhait des uns et des autres ». Il n’a pas confirmé son intention de dissoudre l’Assemblée, comme il l’avait évoqué lors d’un dîner à l’Élysée s’agissant de la réforme des retraites, en cas de mise en minorité de sa majorité. « Mais pourquoi voudriez-vous ce soir que je me lie les mains et que je dise que je ferais ceci ou cela ? », a-t-il répondu, mentionnant d’autres « moyens qui sont dans la main du président », comme « le 49.3 aujourd’hui » ou bien le recours au référendum.

Procédure pénale : Une grande réforme à venir

« Pour leur simplifier les procédures, on va lancer dans les prochains jours un grand chantier de réforme et de refonte de notre code de procédure pénale », a déclaré le chef de l’Etat. Cette réforme associera « étroitement nos sénateurs et nos députés » et les « deux commissions des lois » des deux chambres, a-t-il ajouté. « On doit changer les règles pour qu’elles soient plus simples et correspondent aux changements de notre société », a-t-il conclu.

Insécurité : Macron réfute tout lien « existentiel » entre immigration et insécurité

« Je ne ferai jamais un lien existentiel entre l’immigration et l’insécurité », a insisté le locataire de l’Elysée. Il a toutefois réaffirmé sa volonté de « durcir les règles » avec une nouvelle loi pour mieux « lutter contre l’immigration illégale ». « Aujourd’hui, quand on regarde la délinquance par exemple à Paris, où on a une forte concentration (…) de cette immigration illégale, oui, elle est très présente dans les faits de délinquance », a ensuite nuancé le président de la République.

Pour y parvenir, il veut « réformer en profondeur les règles, nos lois, pour simplifier les procédures » d’expulsion, à l’occasion d’une nouvelle loi sur l’asile et l’immigration qui doit être présentée « au premier semestre de l’année prochaine », après un débat parlementaire sur le sujet « dans les prochaines semaines ».

« On va durcir les règles » pour « aller à ces 100 % » d’application des obligations de quitter le territoire français (OQTF), des procédures d’expulsion dont moins de 10 % seulement sont exécutées et qui ont refait surface dans le débat public après le meurtre sauvage d’une jeune fille de 12 ans, Lola, tuée le 14 octobre par une ressortissante algérienne sous le coup d’une OQTF.

Déserts médicaux : Des exonérations de cotisations vieillesse en emploi-retraite

Macron a défendu deux mesures contre les déserts médicaux, déjà débattues à l’Assemblée dans le cadre du budget de la Sécu : d’une part l’exonération de cotisations vieillesse pour les médecins en cumul emploi-retraite, de l’autre la délégation de tâches médicales aux infirmiers, kinés et autres soignants libéraux. Mais il a exclu toute contrainte à l’installation.

A l’hôpital, après l’épuisement du Covid, le chef de l’Etat veut « convaincre celles et ceux qui viennent de partir de revenir ». « Je veux aussi qu’on réforme l’organisation de nos hôpitaux, que les soignants retrouvent le pouvoir à l’échelle du service », a-t-il ajouté, évoquant aussi un travail « mieux payé la nuit et les week-ends ».

Environnement : Ne pas laisser les Français « sans solution » face au ZFE

« Je ne suis pas pour qu’on aille à rebours sur nos engagements climatiques » mais « si on trouve des mécanismes de capture du CO2 » pour utiliser du gaz de schiste sans excessivement polluer, Emmanuel Macron se dit ouvert, prônant le « solutionnisme technologique ».

Sur les zones à faibles émissions, qui vont bientôt exclure des véhicules relativement récents, mais quand même trop polluants, le président français reste vague mais l’assure : « On ne doit jamais laisser des Françaises et des Français sans solution » pour se déplacer.