Accusé de violences, Julien Bayou nie les accusations contre lui et attaque Sandrine Rousseau

CONFLIT INTERNE L’ancien secrétaire national du parti s’est vu accusé par sa collègue députée d’avoir exercé des violences psychologiques sur son ex-compagne

20 Minutes avec AFP
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Les tensions entre Sandrine Rousseau (gauche) et Julien Bayou (droite) s'affichent au grand jour depuis que la première a accusé le second d'avoir exercé des violences psychologiques sur son ex-compagne. (PHOTO D'ILLUSTRATION)
Les tensions entre Sandrine Rousseau (gauche) et Julien Bayou (droite) s'affichent au grand jour depuis que la première a accusé le second d'avoir exercé des violences psychologiques sur son ex-compagne. (PHOTO D'ILLUSTRATION) — Canva

Les dissensions s’accentuent chez Europe Ecologie-Les Verts (EELV). L’ancien secrétaire national du parti, Julien Bayou, estime ce mardi dans un entretien au Monde que sa collègue députée Sandrine Rousseau « est allée trop loin » et qu'« il ne faut pas confondre féminisme et maccarthysme ».

« Il n’y a pas d’affaire Bayou. Il n’y a pas d’accusation. Il n’y a pas de fait sous-tendant les anathèmes que j’ai pu entendre », dit-il dans un entretien au Monde à propos des accusations de violence psychologique contre son ancienne compagne, lancées par Sandrine Rousseau sur France 5 le 19 septembre.

Elle « est allée trop loin »

Visiblement encore sidéré par cette affaire, Julien Bayou, s’est exprimé pour la première fois depuis les faits à la télévision, mardi soir dans la même émission. « Je viens ici à reculons », a-t-il reconnu, souhaitant « boucler la boucle. Cette séquence (avec Sandrine Rousseau) est grave. C’est irresponsable de (…) lancer des accusations sans étayer », a-t-il dénoncé. « Je suis dans une situation, c’est Kafka : je suis innocent de faits qui ne me sont pas présentés, et dont je ne peux me défendre », a-t-il répété à plusieurs reprises.

Dans Le Monde, il affirme que Sandrine Rousseau « est allée trop loin. Et tout le monde le mesure », ajoute le député, qui a repris le même jour sa place dans l’hémicycle de l’assemblée nationale, à un rang de son accusatrice. Pour lui, « il ne faut pas confondre féminisme et maccarthysme ». Le maccarthysme, « c’est dire : ''j’ai des listes d’hommes'', c’est porter des accusations que vous ne pouvez contredire car il n’y a pas d’enquête », complète-t-il, rappelant avoir demandé à quatre reprises à être entendu par la cellule interne à EELV qui s’était autosaisie, en juillet, après un mail de son ancienne compagne.



« Règlement de comptes »

Interrogé sur la révélation, dans Libération, qu’il faisait l’objet d’une « mise sous surveillance » par un groupe de militantes féministes, il assure avoir « hésité à déposer une main courante » en 2019. « J’ai dû demander à une femme militante de cesser d’enquêter sur moi et surtout de colporter rumeurs et accusations sans preuves ».

« J’y vois une instrumentalisation en vue d’un règlement de comptes », résume Julien Bayou. « Je suis investi d’un mandat, je compte bien le mener », a prévenu le député de Paris. « Il n’y a pas de question, Julien Bayou fait partie du groupe » écologiste à l’Assemblée, a dit sa cheffe de file Cyrielle Chatelain.

Lors d’une réunion de groupe, le matin, il « s’est exprimé, il a eu des propositions très intéressantes pour nos questions au gouvernement », a-t-elle ajouté, soucieuse que les écologistes puissent se concentrer sur les sujets de la rentrée parlementaire, comme l’énergie ou la réforme de l’assurance chômage.

L’arbitrage de la cellule interne d’EELV

Évoquant « un spectacle pathétique », un « dévoiement » du féminisme, une « croisade », Julien Bayou a aussi critiqué le fonctionnement de la cellule interne de lutte contre les violences sexistes et sexuelles mise en place au sein d’EELV à la suite de l’affaire Baupin, dont Sandrine Rousseau a été une des victimes.

Cette cellule, au sein de laquelle siège l’une des femmes ayant surveillé Julien Bayou, et qui n’a pas entendu non plus jusqu’à présent l’ex-compagne de M. Bayou, est « nécessaire mais elle est fondamentalement insuffisante » et de plus elle « ne remplace pas la justice ». « La sanction la plus grave qu’elle puisse prononcer est l’exclusion d’EELV. Elle ne peut prétendre ni dire le droit ni prononcer de réparation. Nous butons sur une impasse », estime-t-il.

L’ancienne compagne du député a finalement demandé lundi à être entendue, « sous certaines conditions assurant la sécurité des témoignages ». Julien Bayou met en doute également l’efficacité d’une telle structure sur le cas du secrétaire national du parti : « Serais-je blanchi, qu’on dirait qu’il y a eu collusion. Serais-je sanctionné, ce serait interprété comme un règlement de comptes avant le congrès » du parti en décembre au cours duquel il devait laisser la place à la tête du parti.

Solidarité féministe

Interrogé sur cette prise de parole de Julien Bayou, le numéro un du Parti socialiste Olivier Faure a estimé que Sandrine Rousseau « n’aurait pas dû se faire porte-parole d’une affaire dont elle ne connaît finalement pas grand-chose ».

Sandrine Rousseau s’est distinguée mardi dans l’hémicycle en formant un triangle avec ses mains, un signe féministe. Elle répondait à une intervention d’Aurore Bergé (Renaissance) dénonçant les « hommes qui frappent leurs femmes », dans une allusion à Adrien Quatennens (LFI), autre député dans la tourmente.