Lyon : Entre Grégory Doucet et Laurent Wauquiez, le million de la discorde

SECURITE La région Auvergne-Rhône-Alpes était prête à verser une subvention d’un million d’euros au maire de Lyon pour qu'il achète des caméras de vidéosurveillance, Grégory Doucet préfère investir l’argent ailleurs

Caroline Girardon
— 
Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a proposé de verser un million d'euros au maire de Lyon pour acheter davantage de caméras de vidéosurveillance mais Grégory Doucet préfère investir l'argent autrement.
Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a proposé de verser un million d'euros au maire de Lyon pour acheter davantage de caméras de vidéosurveillance mais Grégory Doucet préfère investir l'argent autrement. — BONY
  • L’offre d’un million d’euros de la région Auvergne-Rhône au maire de Lyon pour le contraindre de renforcer son parc de caméras de vidéosurveillance a viré à la polémique.
  • Grégory Doucet veut « bien volontiers » de cet argent mais il souhaite l’investir ailleurs.
  • Sa proposition d’acheter des toilettes publiques inclusives (parmi d’autres suggestions) a été perçue comme une provocation par Laurent Wauquiez.

Une dispute à un million d’euros. La proposition formulée par la région Auvergne-Rhône-Alpes de verser un million d’euros au maire de Lyon afin de financer le développement d’outils de sécurité s’est soldée par un échec, avant de virer à la polémique. Elle a surtout permis de confirmer les profondes divisions entre Laurent Wauquiez et Grégory Doucet, partageant des visions radicalement opposées sur le traitement de la sécurité.

A l’automne dernier, alors que les projecteurs commencent à se braquer sur le quartier de la Guillotière, que les rodéos urbains se multiplient et exacerbent au plus haut point les riverains, que les Dalton narguent la police, le président de région propose une première fois au maire de Lyon de verser une subvention d’un million d’euros. L’offre est précise : l’argent doit servir uniquement à l’achat de caméras de vidéoprotection. La région a déjà subventionné « l'acquisition de matériel de protection et de vidéo surveillance à des dizaines de communes », indique-t-on. 

Grégory Doucet sur la même ligne

« Lorsque l’on verse une subvention à une association ou une collectivité, c’est dans un but précis. Elle ne doit pas être affectée à d’autres usages », rappelle la région. Le problème, le maire de Lyon est farouchement opposé à l’installation de nouvelles caméras, estimant que la ville en est déjà suffisamment dotée. A ce jour, elle dispose de 571 caméras fixes, soit « une caméra pour 916 habitants ». Un dispositif complété par des « caméras nomades » dont le nombre a été doublé depuis le début du mandat. Cinq millions d’euros ont été engagés pour améliorer la qualité des équipements vidéo, rappelle la ville, qui a commandé un audit afin d’évaluer les zones dans lesquelles les caméras, qui sont sous-utilisées, pourraient être redéployées.

Grégory Doucet est donc « resté sur la même ligne », refusant cette proposition dans un premier temps. En mars dernier, Laurent Wauquiez réitère son offre. Le 9 septembre, le maire de Lyon indique dans un courrier « accepter bien volontiers » la somme présentée mais il suggère de la « flécher » différemment, tout en restant dans le domaine de la tranquillité publique. Il propose que l’argent serve à acheter « des barrières anti-véhicules-bélier », une camionnette permettant de transporter « la piste d’éducation routière » à partir de laquelle la police municipale réalise des actions de sensibilisation dans les écoles ainsi que des « talkies-walkies » pour les organisateurs d’événements, et des « chasubles » pour les encadrants d’événements, ou encore des radars.

« J’ai d’abord cru à une blague »

Autre suggestion formulée par Grégory Doucet : qu’une partie du million d’euros soit investie dans le soutien à la médiation sociale. Enfin, il réclame de pouvoir acheter davantage de « toilettes publiques inclusives » pour rééquilibrer « I’usage des espaces publics entre les femmes et les hommes ». Une ultime proposition perçue comme une provocation dans les rangs de la région.

« A la réception de ce courrier du maire de Lyon, j’ai d’abord cru à une blague, confie Laurent Wauquiez. Quand on aborde le sujet de la sécurité et qu’on nous parle de toilettes inclusives, c’est qu’on n’a rien compris au problème et à ce que vivent les Lyonnais. » Le président de région ne décolère pas, critiquant au passage « la légèreté » de Grégory Doucet. « La gravité de la situation nécessite des actions rapides et concrètes pour enrayer la hausse de la délinquance telle que le renforcement des systèmes de vidéoprotection et de l’équipement de la police municipale. C’est à cela qu’est destinée l’aide proposée par la région, et non à financer des gadgets idéologiques », appuie-t-il.

« A croire que la sécurité routière ne doit pas être une priorité »

Il a donc refusé d’accéder aux demandes du maire de Lyon. « L’offre tient toujours mais seulement si l’argent sert à acheter du matériel de vidéoprotection », indique la région à 20 Minutes. Mais du côté de la mairie, pas question de se plier aux exigences de Laurent Wauquiez. Habituée à ses « éléments de langages », l’équipe municipale tient à garder le même cap, lui adressant un dernier tacle : « Si l’on écoute Laurent Wauquiez, les attentats et la sécurité routière ne doivent pas être une priorité de la ville. » Les toilettes inclusives, non plus…