Présidence des Républicains : Pour Eric Ciotti, la fin du plafond de verre ?

SCRUTIN Dans cette campagne interne, le député des Alpes-Maritimes fait figure de grand favori face à ses deux principaux concurrents, Bruno Retailleau et Aurélien Pradié

Thibaut Le Gal
Le député LR Eric Ciotti.
Le député LR Eric Ciotti. — AFP
  • Eric Ciotti est candidat à la présidence des Républicains, lesquels doivent se réunir en congrès début décembre.
  • Le député des Alpes-Maritimes sera notamment opposé au patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, et au député du Lot Aurélien Pradié.
  • Mais avec son style radical, qui choque parfois jusqu’en interne, Eric Ciotti peut-il convaincre une majorité d’adhérents ?

Il y a un an encore, Eric Ciotti était le « Monsieur sécurité » de la droite. Longtemps cantonné aux sujets régaliens, le député des Alpes-Maritimes est aujourd’hui le grand favori pour prendre la tête des Républicains lors du prochain congrès, prévu début décembre.

Ses principaux adversaires sont le patron des sénateurs LR, Bruno Retailleau, et le député du Lot Aurélien Pradié *. Battu sèchement au second tour de la primaire en décembre 2021 face à Valérie Pécresse, Eric Ciotti peut-il cette fois briser le plafond de verre ?



« Il correspond à ce que veulent les militants »

« Notre famille est aujourd’hui menacée de disparition » et plutôt que l'« homéopathie », il faut « une thérapie de choc ». Le député de Nice mène depuis juillet une campagne dans la lignée de celle de l’année passée. Une ligne très ferme sur la sécurité et l’immigration, accompagnée d’une baisse des impôts « d’au moins 125 milliards d’euros » sur cinq ans. Surtout, Eric Ciotti défend un langage musclé, qui « ne cède pas au politiquement correct ».

« Il correspond à ce que veulent les militants : une droite assumée, sans complexe ni tabou, dans l’esprit du RPR, assure Guilhem Carayon, président des Jeunes Républicains et soutien. On ne veut pas être le centre mou, symbole de l’immobilisme d’Emmanuel Macron. Si l’on n’est pas suffisamment clair sur la ligne, les gens se détournent de nous ». Ce style fracassant lui avait permis de se démarquer lors de la primaire LR et d’arriver en tête au premier tour, à la surprise générale (25,59 % des voix). Mais au second, un front anti-Ciotti l’avait empêché d’être candidat à la présidentielle (60.95 % pour Valérie Pécresse).

Trop à droite pour gagner ?

Ses prises de position sur un « Guantanamo à la française » ou le droit du sang, tout comme sa proximité avec Eric Zemmour, pourraient une fois encore lui coûter cher dans le sprint final. D’autant que la candidature inattendue début septembre de Bruno Retailleau, sur une ligne similaire mais au style moins clivant, a rebattu les cartes. « Quand Ciotti était seul en course, on pouvait penser qu’il allait gagner facilement face à Pradié. Mais avec Retailleau, beaucoup hésitent car il a une plus grande palette de sujets, sans être moins disant sur les questions régaliennes », avance un cadre LR dans l’équipe du sénateur de Vendée. Ce dernier a déjà engrangé des soutiens non négligeables : Gérard Larcher, François-Xavier Bellamy, Philippe Juvin, et même l’ancien porte-parole d’Eric Ciotti, le sénateur Stéphane Le Rudulier.

« Il y a un décalage de plus en plus important entre les grands barons et ce que veut la base. On va le voir encore plus à ce scrutin », balaie Guilhem Carayon. « On ne désigne pas cette fois un candidat à la présidentielle, mais un président pour faire vivre le parti. Retailleau dit la même chose que Ciotti, mais de manière… sénatoriale, sourit Eric Pauget, député des Alpes-Maritimes. Il nous faut une voix forte. Et Ciotti est le seul capable de passer le mur du son médiatique », ajoute cet ancien soutien de Valérie Pécresse.



Des signes de fébrilité ?

Mais parmi ses adversaires, on note quelques signes de fébrilité chez le grand favori du scrutin. Comme ses déclarations énamourées à Laurent Wauquiez, toujours très populaire à droite, qu’il compte faire désigner candidat à l’élection présidentielle… dès 2023. « La messe n’est pas dite. Il a fait all-in avec la carte Wauquiez, voyant que la candidature Retailleau pouvait lui coûter, c’est un aveu d’inquiétude », veut croire un soutien d’Aurélien Pradié. Eric Ciotti a également tenté de prendre ses distances au mois de juillet - du moins comme il le pouvait - avec Eric Zemmour. Pas suffisant pour rassurer Hervé Morin, le patron des Centristes, qui a menacé de quitter l’alliance avec la droite en cas de prise de pouvoir du Niçois. Alors, dans le camp d’Auriélien Pradié, on espère profiter d’un « tout sauf Ciotti ».

« Cette course à l’échalote entre Ciotti et Retailleau sur une ligne très conservatrice, on l’a testée depuis dix ans, elle nous conduit à la défaite, tance Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais. C’est bien de se faire plaisir par des discours d’estrade. Mais notre rôle n’est pas de dire aux militants ce qu’ils veulent entendre, c’est de conquérir une majorité pour diriger le pays. »

Reste que ce sont bien les adhérents LR qui ont en main la couronne. Et depuis quelques mois, leur nombre a fondu comme neige au soleil, passant de 130.000 lors de la primaire à près de 60.000 aujourd’hui. Ce rétrécissement de la base pourrait bénéficier à Eric Ciotti, qui dispose d’une arme non négligeable dans sa conquête du mouvement : la puissante fédération des Alpes-Maritimes, redevenue la première du pays.

* Le maire d’Orléans Serge Grouard et l’ex-juppéiste Virginie Calmels sont également en lice. Les candidats devront rassembler 10 parrainages de parlementaires et 485 d’adhérents pour être officiellement en course.