Chantage à la sextape à Saint-Etienne : « Le conseil municipal n’est pas un tribunal », Gaël Perdriau refuse de partir

OBSTINATION Prié de démissionner lors du conseil municipal de rentrée, le maire de Saint-Etienne, Gaël Perdriau, s’est présenté en victime, refusant de quitter ses fonctions.

Caroline Girardon
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Gaël Perdriau, le maire de Saint-Etienne
Gaël Perdriau, le maire de Saint-Etienne — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
  • Sommé par l’opposition de démissionner lors du conseil municipal de rentrée, Gaël Perdriau le maire de Saint-Etienne a de nouveau refusé.
  • L’élu conteste être impliqué dans une affaire de chantage à la sextape.
  • Il s’est présenté comme la victime d’un « lynchage médiatique », et « d’une campagne de haine ».

A la mairie de Saint-Etienne (Loire),

Sans même un regard en direction des caméras de télévision scrutant son entrée dans la salle du conseil municipal, Gaël Perdriau s’est avancé d’un pas décidé vers son fauteuil, déterminé à poursuivre ses fonctions à la tête de la mairie de Saint-Etienne. « En aucun cas, le conseil municipal ne peut se transformer en tribunal », attaque d’emblée l’élu, soupçonné d’être impliqué dans une affaire de chantage à la sextape.

A l’heure du conseil municipal de rentrée, et un mois jour pour jour après les révélations de Médiapart, l’élu le savait. Il était attendu au tournant. « Je n’ai jamais eu ou vu cette vidéo, je ne l’ai jamais utilisée contre les intérêts de Gilles Artigues que j’ai toujours soutenu. Je n’ai jamais détourné le moindre euro d’une collectivité », répète-t-il, déplorant que « certains » aient « décrété que la chasse à l’homme est ouverte ». « Ils n’ont pas la patience d’attendre la justice. La tentation est trop belle d’achever un homme pris dans la tempête médiatique », accuse encore le maire.

Dans la salle, l’ambiance devient rapidement électrique. « Mais il ose faire la morale ! Je rêve », s’indigne à haute voix un contribuable venu assister au conseil, avant de se faire rappeler à l’ordre.

« Monsieur Perdriau, partez ! »

« Monsieur Perdriau, partez, tance Lionel Boucher, président départemental de l’UDI. Toute la France nous regarde. Vous ne pouvez plus sortir dans nos rues, vous ne pouvez plus sortir pour prononcer le moindre discours. Est-ce tenable ? Je ne vois qu’une issue positive pour vous, c’est la démission. » Applaudissements dans la salle de conseil.

« Si vous aimez Saint-Etienne, vous devez renoncer de vous-même à l’ensemble de vos fonctions le temps de l’instruction, lui intime, à son tour, Pierrick Courbon, chef de l’opposition. Toute autre attitude serait un affront. »

Mais Gaël Perdriau ne rompt pas, ne cède pas d’un pouce. « A ce jour, toute personne citée dans cette affaire est présumée innocente. Ce n’est pas parce que l’on est accusé, que l’on est coupable », répond le maire, s’estimant victime d’un « lynchage politique et médiatique ».

Protestations indignées dans la salle d’audience. « Ces accusations visent à me détruire et unir les forces que j’ai pu contrarier », poursuit Gaël Perdriau dénonçant la « campagne de haine » menée à son encontre. Pressé de répondre aux questions des élus, comme il l’avait promis en début de séance, le maire fait subitement volte-face. « Je vous invite à passer à la première délibération », suggère-t-il au milieu des sifflets. Suspension de séance. L’opposition ne lâche rien et revient à la charge. Peine perdue. Le maire refuse toujours de répondre aux questions soulevées et saute au point suivant. « C’est moi qui décide », tranche-t-il avant qu’une partie des élus d’opposition ne quitte la salle du conseil.