Réforme des retraites : François Bayrou appelle le gouvernement à « une méthode plus respectueuse »

DOUCEMENT Le président du MoDem veut prendre le temps de la concertation et craint un « passage en force » du chef de l’Etat

20 Minutes avec AFP
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François Bayrou lors de son discours aux Universités d'été du MoDem.
François Bayrou lors de son discours aux Universités d'été du MoDem. — Damien Meyer/AFP

Oh la, doucement, « on n’est pas aux pièces ». Alors que le gouvernement veut augmenter l’allure de sa réforme des retraites, François Bayrou a voulu incarner la voie de la sagesse et de l’expérience politicienne en demandant de la patience, lors de son discours aux Universités d’été du MoDem. « Prendre trois ou quatre mois pour réfléchir ensemble, et mettre sur la table des options et des propositions, je pense que cela serait bon pas seulement pour la paix civile - ça compte - mais pour la réforme elle-même », a avancé le maire de Pau devant son parti, réuni à Guidel, dans le Morbihan.

« C’est un devoir, quand on est gouvernant, de partager les raisons de l’action avec ceux qui vous ont donné la mission de les gouverner ». « Parce que derrière tout cela, il n’y a pas que la question des retraites. Il y a la question de la méthode de réforme qu’on peut suivre pour ce pays », a insisté le président du MoDem. L’hypothèse d’une réforme rapide des retraites via à un amendement au budget de la Sécurité sociale divise la majorité. Dans un entretien au journal Le Parisien publié il y a une semaine, François Bayrou avait déjà mis en garde contre un « passage en force ». Le président Emmanuel Macron réunira la semaine prochaine ministres et responsables de la majorité sur le sujet.

« Ce n’est pas seulement une réforme budgétaire, c’est une réforme de société »

« J’entends des critiques qui disent : "Ça va traîner, on ne fera plus rien". Je me permets de signaler qu’en refusant cette méthode, on a bloqué les réformes pendant des décennies », a-t-il rappelé à Guidel, citant les grandes grèves de 1995 - il était alors ministre du gouvernement Juppé - « jusqu’à la dernière sous le gouvernement d’Édouard Philippe ». Au moment de la crise des « gilets jaunes », « j’avais dit : on ne gouverne pas contre le peuple ». « Les gouvernants portent des réformes, elles sont souvent bien inspirées, mais s’ils n’ont pas le soutien du peuple qui les a élus, les réformes sont bloquées et ne passent pas ».



Car « la société est tellement éruptive qu’il faut se donner pour objectif de la convaincre avant de l’entraîner », a argumenté François Bayrou. « Ce n’est pas une réforme pour les gouvernants, pour les partis politiques de la majorité, pour un avantage idéologique, c’est une réforme pour les Français ». « Et ce n’est pas seulement une réforme budgétaire, c’est une réforme de société ». Avec « un travail de concertation », « je pense qu’on fait un pas décisif dans une méthode plus respectueuse », conclut le Haut-commissaire au plan.