Affaire Quatennens : Jean-Luc Mélenchon ne peut plus représenter le féminisme selon des militantes

ANGLE MORT Pour quatre membres de la « Relève féministe », le leader LFI est « grillé »

20 Minutes avec AFP
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Jean-Luc Melenchon lors de l'assemblée publique sur la place du parti Unione Popolare à Rome.
Jean-Luc Melenchon lors de l'assemblée publique sur la place du parti Unione Popolare à Rome. — Luigi Mistrulli/SIPA

L’affaire Adrien Quatennens n’a pas fini d’éclabousser La France insoumise, et en première ligne, son chef de file, Jean-Luc Mélenchon. Pour quatre membres de la « Relève féministe », collectif constitué spontanément avec l’affaire Quatennens et qui a contribué au retrait de Julien Bayou de la co-présidence des députés verts, l’ancien député est « grillé » « et ne peut plus représenter les féministes ». C’est un « ras-le-bol collectif » qu’ont partagé des centaines d’internautes, dimanche face aux tweets de soutien à Adrien Quatennens par Jean-Luc Mélenchon et certains insoumis, après ses aveux de violences conjugales.

La militante féministe et conseillère municipale écologiste de la ville de Paris, Alice Cofin, considère sur RTL que le leader LFI, mais aussi le reste de la classe politique, « ne comprend rien aux enjeux féministes ». « C’est absolument catastrophique, ce n’est pas nouveau du tout. Ces enjeux de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, c’est un angle mort complet pour la classe politique dans son ensemble », a-t-elle ajouté.

« Culture de l’impunité »

Le chef insoumis a dénoncé « la malveillance policière, le voyeurisme médiatique, les réseaux sociaux » et a salué la « dignité » et le « courage » d’Adrien Quatennens, lui redisant sa « confiance » et son « affection ». Rapidement, « des femmes de tous bords, trans, racisées, lesbiennes, venant d’outre-mer, des encartées et non-encartées dans des partis » se regroupent dans la « Relève féministe », car toutes en ont « marre de cette culture de l’impunité et de cette omerta », rapporte Sirine Sehil, 25 ans, militante chez « Nous toutes » et Générations, le mouvement fondé par Benoît Hamon.

Elles lancent des raids sur les réseaux sociaux pour interpeller les partis et réclamer une sanction exemplaire pour les agresseurs, voire ceux qui les soutiennent. Moins de 24 heures plus tard, l’une de ces questions est relayée à la députée EELV Sandrine Rousseau dans l’émission C à vous sur France 5. C’est le début d’une seconde affaire, qui conduira mardi le groupe des députés écolos à suspendre Julien Bayou de ses fonctions de président. « Les réseaux sociaux sont notre seule voie pour nous exprimer car sinon personne ne nous écoute », explique Axele Gibert, 26 ans, rédactrice du programme égalité femmes-hommes pour la campagne présidentielle de Yannick Jadot.

Agresseurs « protégés »

Mais elles n’en restent pas là et publient une tribune dans Libération où elles expriment leur indignation, en particulier vis-à-vis du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon. « Son tweet m’a sidéré, je me suis dit : "homme défend homme". Il sait en tant que troisième à la présidentielle quelle influence il a dans ce pays, il savait ce qu’il faisait », s’indigne Sirine Sehil. D’ailleurs, l’ex-président du groupe LFI à l’Assemblée nationale a persisté et signé, jeudi, en déclarant, interrogé par la presse sur ses tweets, qu’il « pesait toujours ses mots ».




Pour Lou Toussaint, 23 ans, ex-candidate LFI dans la 7e circonscription du Bas-Rhin aux législatives de juin, « ce tweet n’aurait jamais dû être écrit et LFI aurait dû le dire » et non pas, « surtout les hommes », se réfugier dans « des pudeurs de gazelle » - expression chère à Jean-Luc Mélenchon. « Pour moi il est grillé, il ne se représentera sans doute pas mais je ne vois pas comment il peut représenter les féministes », glisse Sirine Sehil, qui a « un petit goût amer » d’avoir voté pour lui en avril.

La « Relève » tient à mettre aussi en cause la droite. « La parole se libère plus facilement à gauche », estime Sirine Sehil. Pour Lou Toussaint, « il n’y a pas plus d’agresseurs à gauche mais à droite, ils sont systématiquement protégés, parfois jusqu’aux plus hautes instances du gouvernement ». Si Sirine Sehil assure qu’elles « ne veulent pas se substituer au procureur », Majlinda Audars menace, alors que ce sont « les femmes qui tiennent le militantisme » de base : « Un jour, nous partirons toutes » des partis politiques.