Reconquête ! et Eric Zemmour rêvent d’un destin à l’italienne

REPORTAGE Plusieurs milliers de personnes se sont réunies dans la pampa du Var pour la première l’université d’été de Reconquête !, le parti d’Eric Zemmour

Alexandre Vella
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Des militants de Reconquête ! ont été exaltés par le discours d'Eric Zemmour
Des militants de Reconquête ! ont été exaltés par le discours d'Eric Zemmour — JEFF PACHOUD
  • Le parti d’Eric Zemmour tenait son université d’été dans le Var.
  • Plusieurs milliers de personnes, 7.000 selon l’organisation, ont assisté au discours de clôture de son leader.
  • En l’absence de rendez-vous électoraux prochains, l’enjeu pour Reconquête !, sans député élu, est de continuer à exister durant cette période.

Chapeau de paille « université d’été Reconquête ! » sur la tête, Flora, une étudiante en sciences, s’est rendue aux confins du Var et des Alpes-de-Haute-Provence « rencontrer d’autres jeunes qui ont les mêmes idées que moi. Dans mon milieu, il n’y a que des gauchistes », regrette cette jeune thésarde qui vit à l’année à Québec.

Comme Flora, ils étaient plusieurs milliers de personnes - 7.000 selon l’organisation qui en attendait 5.000 - de tous les âges à assister au meeting de rentrée d’Eric Zemmour en clôture de l’université d’été de son parti Reconquête ! « Vous êtes en train d’envoyer un éclatant signal : celui de notre vitalité », s’est réjoui l’ex-polémiste d’extrême droite.



Montrer que Reconquête ! respire encore, tel était bien l’enjeu, après les échecs électoraux du printemps, à la présidentielle (7,07 %) et aux législatives (zéro député), et un changement de statut, acquiescé à 96 % par les 32.000 votants, mais qui a provoqué quelques remous parmi certains ex-cadres du parti. « J’ai eu cette inquiétude, que Reconquête ! ne puisse pas repartir », confie Thierry, un adhérent venu de Bordeaux. Le voilà désormais « très rassuré », exprime-t-il sous sa casquette. « Ben voyons ».

Tout au long de son discours d’une bonne heure, Eric Zemmour a alterné les séquences autour de ses thèmes de prédilection articulés autour d’actualités (l’islam et la sécurité avec l’imam Iquioussen, la dénonciation du « wokisme », la souveraineté avec l’énergie), faisant au passage copieusement siffler par l’assemblée chauffée à blanc par un soleil de plomb ses adversaires politiques – à l’exception notable de Marine Le Pen.

Car si le temps de la campagne électorale quelques coups furent échangés, voire parfois au sens propre entre militants, l’heure est à l’apaisement et « à la construction » du parti, tente-t-on d’expliquer du côté de la nouvelle direction exécutive du parti (Marion Maréchal, Guillaume Peltier, Nicolas Bay). Avec en ligne de mire les prochaines échéances électorales, les européennes qui est un vote à la proportionnelle intégrale, mode de scrutin qui pourrait leur permettre d’envoyer quelques députés à Strasbourg.

Les regards tournés vers l’Italie

Avec, aussi, la ferme idée que « la constance va finir par payer », en témoigne la situation en Italie, où le parti néo-fasciste Fratelli d’Italia emmené par Giorgia Meloni s’est imposé à la tête de la coalition de droite (avec les partis de Silvio Berlusconi et Mattéo Salvini) et domine les intentions de vote en Italie pour l’élection générale du 25 septembre prochain après avoir fait 5 % en 2019. Un « modèle » régulièrement évoqué au long de ce week-end, d’Eric Zemmour dans son discours, aux militants rencontrés en passant par les cadres qui ont avancé « leur volonté de rassembler ».

Pour mener a bien ce projet qui voudrait rassembler des LR aux RN, le concept de « droite civilisationnelle » a été avancée. Un terme regroupant l’idée chère à Eric Zemmour de « choc des civilisations », thèse développée au milieu des années 1990 par l’essayiste américain Samuel Huntington. Un livre pourtant absent des stands présents au domaine de Lineau, dans le Var, où s’est déroulé ce temps fort de la rentrée politique de Reconquête ! Sur les étals, après les livres d’Eric Zemmour, les auteurs stars s’appelaient Renaud Camus ou François Bousquet.

600 jeunes de Génération Zemmour formés

La difficulté pour Eric Zemmour et de son parti, qui revendique 130.000 adhérents, sera de continuer à exister en l’absence d’élus et de rendez-vous électoraux français. Pour contourner cela, l’ex-candidat successivement battu à la présidentielle puis aux législatives dans la circonscription de Saint-Tropez a annoncé le lancement d’un réseau de « parents vigilants » afin de lutter « contre le grand endoctrinement dans les écoles », selon l’ex-vedette de CNews. « Une campagne d’affichage, de tract et numérique sera menée », a-t-il promis.

Cette université d’été a également permis de « former » quelque 600 jeunes de Génération Zemmour. Sous la houlette de Marion Maréchal, ils ont pu assister à « des conférences sur l’économie, l’écologie, la politique, la sécurité », explique Christopher, étudiant qui vit Perpignan. « Nous avons aussi eu des cours de self-défense », a-t-il ajouté.

Reste à voir si ce temps fort visiblement réussi de la vie du parti lui permet de tenir ses troupes mobilisées jusqu’aux prochaines échéances politiques et de (re)lancer « sa » reconquête après une première année compliquée.