Nicolas Sarkozy peut-il se protéger encore longtemps derrière son bouclier fiscal?

POLITIQUE Un pari, mais un pari risqué. En réaffirmant son opposition à l'abandon du bouclier fiscal, Nicolas Sarkozy n’a que très partiellement calmé la fronde de sa majorité sur cette mesure largement impopulaire. Cédera, cédera pas? 20minutes.fr fait le point…

Maud Noyon

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B.TESSIER / REUTERS

Sarkozy refuse de faire marche arrière

Les raisons: 

-Il ne veut pas se laver du «péché originel du quinquennat»

«Le bouclier fiscal est très lié au début du quinquennat, au président réformateur. Si il le lâche, il s’enlève une épine du pied, mais il casse la dynamique du président réformateur», explique à 20minutes.fr Frédéric Dabi, directeur du département opinion de l’Ifop. Et renier le bouclier, ce serait perdre la cohérence de son mandat: «C’est l’unique fil qui relie le Sarkozy de 2007, le candidat de la droite décomplexée, avec le président actuel qui vante l’Etat providence», explique à 20minutes.fr Gaël Sliman de BVA.

-Il préfère concentrer toutes les difficultés en même temps

Les échéances sont encore loin et Nicolas Sarkozy préfère affronter la tempête avant de profiter d’un ciel dégagé. Il est dans une logique «prenons tout ce qui n’est pas bon en termes d’image (la très attendue réforme des retraites, le bouclier) en ce moment avant de présenter, à la fin de l’année, une nouvelle équipe, un nouveau projet», analyse Gaël Sliman. Et avec la sortie de crise, «il pourra avoir beau jeu de dire que les réformes ont permis de sortir de la crise et qu’il a bien fait de tenir bon».

-Il veut éviter de déboussoler son camp

Toujours le souci de cohérence. Alors que la majorité sort très secouée des régionales, l’abandon du bouclier fiscal pourrait constituer une perte de repère pour la droite, en tout cas celle qui a défendu la réforme.

Les risques:

-Une épine dans le pied… jusqu’en 2012

En gardant le bouclier fiscal -mesure symbolisant les privilèges des plus fortunés-, Sarkozy peut mettre en péril sa réelection en 2012. Petit rappel: en supprimant l’Impôt sur les Grandes Fortunes en 1986 (rétabli plus tard avec l’ISF), Jacques Chirac avait ouvert un boulevard à François Mitterrand deux ans plus tard aux présidentielles.

D’autant que la gauche pourrait l’exploiter à fond dans la campagne. «Ils ont déjà remporté une victoire en faisant adopter à tous le nom de «bouclier fiscal» -en fait une partie de la loi TEPA», rappelle Frédéric Dabi.

Le président accepte de lever le bouclier fiscal

Les raisons:

-Se servir du bouclier fiscal comme une soupape

Face à la pression des parlementaires, de droite comme de gauche, l’abandon du bouclier fiscal pourrait permettre de soulager la pression. Et de donner des gages à son camp politique, en manque de reconnaissance.

-Casser une dynamique qui détonne avec la crise

Depuis l’instauration du bouclier fiscal, «chaque mesure économique ou sociale -la taxe carbone, le plan d’aide à l’automobile - est lue au travers du prisme de l’injustice», explique Frédéric Dabi. Le président aurait donc intérêt à montrer qu’il ne conçoit pas simplement que des mesures qui ne profitent qu’aux riches. Surtout alors que la crise sévit toujours.

Les risques:

-Que Sarkozy soit contraint de retirer la mesure sous la pression

La fronde des parlementaires n’a pas suffi. Mais si les mouvements sociaux s’en mêlaient? «Il est toujours difficile de mener des réformes, mais encore plus si on est impopulaire et si son équipe aussi. D’autant qu’il y a le sentiment que Nicolas Sarkozy n’a pas compris le message des régionales. Tout ça peut mener à un mouvement social et il risque de devoir céder», analyse Gaël Sliman.

-Un déficit d’image

Après avoir martelé qu’il ne bougerait pas d’un iota, si «Sarkozy revient sur la mesure, il y aura des dégâts en termes de crédibilité», avance Gaël Sliman, en s’appuyant sur un exemple bien connu. «Avec le CPE, Dominique de Villepin avait été très affirmatif. Et quand il a lâché du lest, ça ne lui a servi politiquement à rien».