La presse raconte la «fronde» à droite contre «l'injuste» bouclier fiscal

REVUE DE PRESSE Selon les éditorialistes, ce dispositif, décrié par tous, risque d'avoir un coût politique et social énorme...

B.D. avec agence

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T. ROGE / REUTERS

Un coup pour rien. Nicolas Sarkozy a beau avoir reçu mercredi les députés UMP à l'Elysée, il n'a pas calmé la «fronde» au sein de son camp, vent debout contre l'«injuste» bouclier fiscal que le président a appelé à défendre, constate jeudi la presse.

Ce dispositif, «symbole par excellence du sarkozysme», «est désormais remis en cause», constate Le Monde, qui parle d'une «fronde» à droite, où «il apparaît politiquement impensable d'exonérer les plus riches», lorsqu'il faudra augmenter les impôts pour «faire face à la crise économique et à l'ampleur alarmante des déficits publics».

Bien seuls, Les Echos, sous la plume de Jean-Francis Pécresse, estiment que «la suppression du bouclier fiscal serait un reniement inutile», et déplorent que «la gauche [ait] eu raison du bouclier par l'émotion».

«Un coût politique et social sans rapport avec son impact financier»

Patrick Apel-Muller, dans l'Humanité, «se pince» en voyant «François Baroin, fraîchement rallié, qualifier le bouclier fiscal de "bon principe d'équité"». Pour Dominique Greiner, de La Croix, «défendre l'idée que ceux qui sont à l'abri du besoin contribuent davantage en ce temps de crise n'a rien de choquant. Ce n'est qu'affaire de justice».

Certes, «ce ne sont pas ces 600 millions de manque à gagner qui expliquent les 145 milliards de déficit public et les 1.490 milliards de dette», explique Michel Urvoy, dans Ouest-France. Mais «il est des mesures qui ont un coût politique et social sans rapport avec leur impact financier», prévient Bruno Dive de Sud-Ouest, pour qui Nicolas Sarkozy, en le défendant, montre «qu'il préfère toujours parler qu'écouter».

Une mesure décriée et inefficace

Xavier Panon, de La Montagne, voit «un piège» se refermer «sur le président»: «il ne peut nier» que la crise «accroît l'exigence d'équité», mais en même temps, «après la taxe carbone et autres mises en cause, il ne peut se payer le luxe d'atteintes plus graves à sa légitimité», notamment en renonçant au bouclier. Car le bouclier fiscal est «la marque de fabrique», «le fondement même de la "philosophie" libérale de Nicolas Sarkozy», rappelle Hervé Cannet dans la Nouvelle République du Centre Ouest. Une mesure qui est aussi inefficace, juge Patrick Fluckiger dans l'Alsace: si le président en a fait «un bunker pour les riches» afin «d'inciter les expatriés fiscaux à revenir en France, (...) les exils dorés continuent de plus belle».

Au final, les «classes moyennes (...) commencent à sentir le poids de la crise et ne vont pas tarder à mesurer l'iniquité d'un dispositif dispensant les plus riches de l'inévitable effort de solidarité nationale», laissant planer une ombre menaçante sur 2012, selon Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain. Dans La Voix du Nord, Hervé Favre résume: «Si une mesure qui profite à vingt mille personnes fait perdre la majorité, n'est-il pas temps de sortir le bouclier électoral et de ranger au placard le bouclier fiscal?»