Projet de loi sur les travailleurs sans papiers: «on oublie un élément central: les travailleurs eux-mêmes!»

INTERVIEW Raymond Chauveau, coordinateur (CGT) de la grève des sans papiers lancée le 12 octobre réagit au projet de loi d'Eric Besson...

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Quel regard portez-vous sur ce projet de loi ?

J'ai l'impression qu'on oublie un élément central: les travailleurs sans papiers eux-mêmes! C'est une aberration du point de vue intellectuel. Et surtout, ça ne règlera rien.

Pourtant, le ministre s'attaque aux patrons voyous...
Oui, il prévoit toute une série de sanctions administratives pour ceux qui emploieront des sans papiers. On connaît déjà la suite. Les patrons vont virer les sans papiers et les réembaucher immédiatement au noir. C'est ce qui s'était passé quand Hortefeux avait exigé la vérification des titres de séjour dans les entreprises...

Eric Besson propose aussi que le patron rembourse au clandestin les arriérés de salaires, les cotisations sociales...

C'est drôle. Le ministre reconnaît enfin l'existence économique et sociale des sans papiers. C'est une première. Depuis le 12 octobre dernier, nous avons établi une liste de 2093 entreprises employant des clandestins en France. Et cette liste s'allonge tous les jours.

Et le remboursement des arriérés, donc ?
Je n'ai pas répondu parce que cela me fait vraiment rigoler. Est-ce que Besson connaît la réalité des choses dans les pays africains? Comment va-t-on transférer de l'argent une fois que le sans papier sera expulsé? Je pense qu'il serait tout de même beaucoup plus simple de les régulariser...