Ministère du travail: Une petite passation entre amis

POLITIQUE Principale victime du résultat des élections régionales, Xavier Darcos a laissé sa place à Eric Woerth...

Corentin Chauvel

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V.KESSLER / REUTERS

«On commence à s'habituer à venir ici pour dire au revoir.» Le cynisme des nombreux journalistes venus assister ce mardi, rue de Grenelle à Paris, à la passation de pouvoir entre Xavier Darcos et Eric Woerth tranche avec l'émotion des employés du ministère du Travail.

«Ce très beau ministère du quotidien, de la vie réelle, de la vie sociale»

«J'ai l'impression de faire preuve de trahison», s'émeut une jeune femme, réconfortée par ses collègues. Elle doit sans doute rester à son poste, mais pas Xavier Darcos, applaudi par la petite foule qui s'est constituée dans la cour du ministère, sous les premiers rayons de soleil du printemps.

Entouré de son successeur, de Georges Tron, Nora Berra, Nadine Morano et Fadela Amara, Xavier Darcos prononce un discours rempli d'émotion et de fierté. Il a d'abord «une pensée pour les millions de Françaises et de Français» à qui il a consacré «toute son énergie» durant ces neuf mois au sein du «très beau ministère du quotidien, de la vie réelle, de la vie sociale».

«Je vais poursuivre le travail entamé»

Le véritable nom du 127, rue de Grenelle ne sera d'ailleurs jamais prononcé, comme si le mot «travail» était un tabou ce mardi. Eric Woerth le nommera ensuite «ministère de l'humain». Humains, les deux ministres qui se succèdent le seront de bout en bout dans leur discours. Ils se considèrent comme des «amis» et ce moment est d'autant plus «douloureux».

Mais, entre les nombreux remerciements, les deux compagnons n'oublient pas de parler travail. «J'ai amorcé l'immense chantier des retraites, tu vas l'achever. (…) Bonne chance», glisse Xavier Darcos à son successeur qui confirme: «Je vais poursuivre le travail entamé.»

«Je vais respirer un peu, rassurer ma famille»

Xavier Darcos embrasse ses ex-secrétaires d'Etat féminines, et, dans ses dernières déclarations, indique qu'il n'a «aucun état d'âme», il fait confiance à Eric Woerth qui n'a pas eu besoin de conseils de sa part. Et maintenant? «Je vais respirer un peu, rassurer ma famille, (…) j'en saurai bientôt plus sur mes fonctions futures», assure-t-il, avant de gagner sa voiture sous les applaudissements.

Sur le perron, restent Eric Woerth et ses nouveaux camarades. Si Nadine Morano ressent «beaucoup d'émotions» et Fadela Amara «un pincement au cœur», ce changement de tête n'a pas l'air de les secouer plus que cela. «Rien n'a changé pour moi», indique la secrétaire d'Etat à la Ville qui entend tout de même faire venir Eric Woerth «dans les quartiers».

«Cela dépend du feeling»

Les changements de ministres, cela fait en effet partie de la vie politique et les secrétaires d'Etat s'en accommodent aisément. «Cela dépend du feeling. J'ai beaucoup de joie de voir arriver Eric, je m'entends très bien avec lui», explique Nadine Morano à 20minutes.fr.

La cérémonie est terminée, chaque secrétaire d'Etat va retrouver son bureau, sauf le villepiniste Georges Tron, nouveau venu à la Fonction publique, qui n'en a pas encore. C'est d'ailleurs la seule information qu'il donne quand on lui demande qui il suivra en 2012 entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin: «La seule question que je me pose maintenant, c'est de savoir si j'installe mon bureau rue de Grenelle ou à Bercy.»