Un sondeur: «Nicolas Sarkozy est dans une situation difficile»

INTERVIEW Eric Bonnet, directeur d’études BVA opinion, décrypte les résultats du second tour des régionales...

Propos recueillis par Oriane Raffin

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F.MORI / AP / SIPA
La hausse de la participation ne semble pas s’être reportée sur l’UMP, pourquoi?

A l’issue du premier tour, les leaders de la droite ont eu tendance à nier leur défaite, ce qui a pu avoir pour effet d’agacer et de mobiliser les électeurs de gauche. De la même façon, les sympathisants de droite, qui s’étaient abstenus pour sanctionner le gouvernement ont pu penser que le message n’était pas passé.

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Comment expliquer le bon score du Front national?
La grande différence par rapport à 2004, où le FN avait fait un moins bon score au second tour qu’au premier, c’est que là, a priori, le score du second tour est meilleur. On peut l’expliquer par le retour du thème sécuritaire entre les deux tours, les sympathisants de droite qui ont voulu sanctionner le gouvernement et enfin par les voix des électeurs frontistes qui avaient voté Nicolas Sarkozy en 2007, mais qui, depuis, ont été déçus.

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Quelle leçon la droite va-t-elle tirer de cette élection?

C’est incontestablement un très mauvais résultat pour la droite. Il faut maintenant savoir comment Nicolas Sarkozy peut prendre en compte cela, d’autant plus que dans les semaines à venir, plusieurs réformes impopulaires étaient planifiées, comme les retraites, la taxe carbone ou la suppression de postes de fonctionnaires. C’est toujours plus difficile de faire passer des réformes impopulaires quand on est affaibli politiquement.

Quels sont les sceanrii possibles?
Il y en a deux. Le premier, c’est un très large remaniement ministériel, avec un nouveau premier ministre. Nicolas Sarkozy montrerait ainsi aux Français qu’il a entendu leur message. Par ailleurs, ce nouveau gouvernement bénéficierait de l’état de grâce de tous les nouveaux gouvernements, ce qui lui permettrait de faire passer les réformes. Mais ce gouvernement risque de s’user rapidement, ce qui est mauvais pour 2012. Le second scénario est celui d’un remaniement plus léger. Le gouvernement ferait passer les mesures impopulaires, puis Nicolas Sarkozy nommerait plus tard un nouveau gouvernement, qui résistera mieux sur la longueur, ce qui est mieux pour 2012. Mais l’inconvénient, c’est que cette stratégie risque de donner l’impression que le président n’écoute pas le message, et Nicolas Sarkozy risque d’être encore plus fragilisé. Il est donc aujourd’hui dans une situation difficile.