Sursaut de mobilisation à Vaulx-en-Velin

REGIONALES A Vaulx-en-Velin, ville où l'abstention avait atteint 72,95% au premier tour, les électeurs votent davantage ce dimanche...

Carole Bianchi

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Une femme quitte l'isoloir après avoir voté à Montpellier, pour le deuxième tour des élections régionales le dimanche 21 mars 2010.
Une femme quitte l'isoloir après avoir voté à Montpellier, pour le deuxième tour des élections régionales le dimanche 21 mars 2010. — GUILLAUME HORCAJUELO/EPA/SIPA

Devant l’urne, une file d’attente d’électeurs se forme.  Petite mais symbolique. Au gymnase Franklin, à Vaulx-en-Velin, les assesseurs ont retrouvé le sourire ce dimanche. «A 10h30, nous étions à 12% de taux de participation, contre 13% midi la semaine dernière, relève l’un d’entre eux. Il y a un peu plus de têtes nouvelles, même s’il manque encore les jeunes.»

Au premier tour des élections régionales, dimanche dernier, Vaulx-en-Velin a décroché le triste record d’abstention dans le département du Rhône: 72,95% des habitants de cette commune ne sont pas allé voter. Comme de nombreuses autres banlieues en France.

«Trop de listes au premier tour»

Aux abords du bureau, chacun trouve une excuse. «Je ne vote jamais le premier tour, justifie Kamel, 55 ans. Il y a trop de listes. Je préfère regarder comment ça tourne et je vote au second tour. Aujourd’hui, j’ai entendu l’appel pour faire barrage à la droite.»

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Dans cette banlieue communiste et bastion de gauche, le Front national est arrivé en deuxième position avec 15,97% des suffrages derrière le PS. «Je ne connaissais pas le score du FN, réagit Stéphanie, une habitante du quartier de la Grappinière. Je vais aller voter cette fois. Mais pour moi, la droite ou la gauche, c’est n’importe quoi. Ils font des promesses qui ne sont pas tenues. Ca change pour le gouvernement, mais rien ne bouge pour nous!» Son mari, lui, n’ira pas. Aller s’inscrire sur les listes à la mairie est «une perte de temps».

Des associations «à bout de souffle»

Elvan Uca, candidat Europe Ecologie en position éligible sur la liste de rassemblement signée avec le PS et le Front de gauche la semaine dernière, tente d’analyser ce défaitisme. «Pour beaucoup de jeunes, la politique est un gros mot et l’abstention est trop ancrée, souligne ce jeune cadre commercial de 30 ans qui a grandi à Vaulx-en-Velin. Les gens ont l’impression qu’ils vont sanctionner la politique en ne votant pas, mais ils se sanctionnent eux-mêmes.»

Selon lui, les associations qui avaient énormément milité pour inciter les citoyens à aller voter lors des présidentielles ou des municipales, sont «à bout de souffle». «Leur priorité c’est de rester en vie aujourd’hui.»

Un mauvais souvenir des présidentielles

«A la présidentielle, ils nous ont tous écœurés», explique Hassen, 37 ans, assis dans un café de Vaulx-en-Velin village avec quatre autres amis. Il affirme ne plus exercer son devoir d’électeur depuis près de dix ans, une «mauvaise habitude dont il n’arrive pas à se défaire».

Manu et Farouk, l’envient car ils n’ont pas le droit de vote et tentent de le convaincre, comme Daniel et Gilbert, deux électeurs assidus. «C’est vrai que tout ça c’est les petits arrangements entre amis, note l’un d’entre eux. Mais l’importante abstention, ce n’est pas normal, Ca fait le jeu de l’adversaire.»