Stéphane Rozès: «Une abstention-sanction contre Nicolas Sarkozy»

REGIONALES Le président de la société de conseil Cap revient pour 20minutes.fr sur les enseignements du premier tour…

Propos recueillis par Corentin Chauvel

— 

Des personnes participent au dépouillement des votes, le 14 mars 2010 à Jumeaux, lors du premier tour des élections régionales.
Des personnes participent au dépouillement des votes, le 14 mars 2010 à Jumeaux, lors du premier tour des élections régionales. — AFP PHOTO / THIERRY ZOCCOLAN

Que peut-on retenir de ce premier tour?

Stéphane Rozès: Le premier enseignement est que les dimensions nationales ont pesé sur le fait d’aller voter ou pas. La nationalisation de ces élections régionales par Nicolas Sarkozy a entraîné qu’une partie de l’électorat a voulu afficher son mécontentement. Et comme il n’y a pas de place pour d’autres partis à droite, selon la stratégie de parti unique du chef de l’Etat, l’abstention défavorise plus l’UMP que la gauche. Ensuite, les présidents de région socialistes sortants ont été plus convaincants et moins doctrinaux que les candidats de droite. Les Français ont eu le sentiment qu’ils avaient fait du bon travail.

 

Que dire des autres partis de gauche?

Les écologistes confirment leur place de troisième force tandis que le Front de Gauche devance le NPA et confirme aussi sa percée des européennes. Par ailleurs, les résultats du MoDem sont l’expression de la difficulté de François Bayrou à pouvoir rassembler autour de lui.

 

Est-ce que le Front national (FN) revient véritablement sur le devant de la scène?

Pas vraiment. Le FN n’est qu’une force d’instrumentalisation des déçus de la droite et de la gauche. Ses résultats dépendent de la politique des partis de gouvernement. Nicolas Sarkozy avait réussi à juguler ses forces en 2007, mais pas cette fois-ci où le débat sur l’identité nationale a sans doute profité au FN. La forte abstention explique également ce résultat car l’électorat frontiste se mobilise toujours aux élections. Cependant, si nous avons, par ce résultat, une indication sur l’état d’esprit du pays, cela n’anticipe pas la future élection présidentielle où les compteurs seront remis à zéro par les Français qui répondent toujours correctement aux questions qui leur sont posées.

 

Est-ce que ces résultats sont alors un message adressé à Nicolas Sarkozy?

Oui, mais ce n’est pas un vote sanction. Il s’agit plutôt d’une abstention-sanction contre Nicolas Sarkozy, comme aux dernières municipales. L’enjeu pour la majorité est désormais de récupérer les abstentionnistes du premier tour.

 

Quelles sont justement les réserves de voix du PS et de l’UMP pour le deuxième tour?

Le PS ne devrait pas avoir trop de problèmes à rallier l’électorat des écologistes et de l’extrême-gauche. En revanche, l’UMP est dans une position plus délicate, surtout dans les régions où des triangulaires vont avoir lieu avec le FN.

 

Les électeurs vont-ils plus se mobiliser au deuxième tour qu’au premier?

Ce n’est pas sûr. Il y aura peut-être un surcroît de mobilisation dans le noyau dur des partis, mais ces derniers ne sont pas propriétaires de leurs électeurs. Des forces politiques ne seront pas représentées et les consignes de vote ne seront pas forcément suivies. Ce n’est pas mécanique.

 

Comment s’annoncent les tractations entre le PS et Europe Ecologie?

Elles ne seront pas difficiles. La plupart des personnes qui vont négocier font partie de la même majorité sortante et se connaissent bien. De plus, les négociations vont être très courtes donc elles se feront moins sur les dossiers que sur les machines à calculer. Enfin, les écologistes ont intérêt à rester réalistes et à ne pas faire de surenchère dans le sens où Daniel Cohn-Bendit prépare des arrangements futurs en vue de la présidentielle.